Nous continuons aujourd’hui notre saga estivale et sociologique passionnante (si.) que ça a commencé par les bagages, puis ensuite par le voyage.
Aujourd’hui, dans notre étude ultra-over-sérieuse de notre mode de vie de sédentaires à migration annuelle collective, nous faisons une petite étape théorique.
Je t’ai laissé l’autre jour sur le bord de l’autoroute. Bon c’est un peu vache, parce que tes chances de survie ne sont pas très élevées, genre dix minutes, mais tu vas voir que y a moyen de bien les occuper, les dix minutes qu’il te reste à vivre.
Bon déjà tu libères les morveux, qu’ils aillent s’ébattre sur l’herbe noire de fumées d’échappement du bas-côté, ça leur fera pas de mal. Comme ça t’aura l’esprit tranquille pour écouter le chapelet de jurons de Chéwi (t’es impressionnée, il en connaît un paquet) et pour t’adonner à une activité hautement intellectuelle féminine : le matage de semblables.
Enfin, semblables, pas trop quand-même. Su l’autoroute, t’as plusieurs catégories.
1. Les familles
Les plus faciles à reconnaître, grâce à des indices qui ne trompent pas :
- voiture familiale blindée de bagages jusqu’au toit, voire au-dessus
- stores pare-soleil à l’arrière
- sièges auto qui coûtent une blinde
- traces de doigts gras sur les vitres
- parents cernés jusqu’aux genoux et au bord de la crise de nerfs
- radio branchée sur 107.07 pour être sûr de s’endormir de savoir en même temps que tout le monde qu’ils sont dans un bouchon quand ils sont dans un bouchon et qu’ils en ont pour 17 kilomètres.
- ils profitent du bouchon pour ramasser le doudou que le petit dernier a jeté par la fenêtre 100 mètres avant
2. Les kékés de la route, souvent seuls à bord
- voiture super rouge et super propre
- voire cabriolet pour bien profiter de la pollution du soleil et arrivé déjà bronzé à Saint-Trop’
- sièges en cuir qui coûtent une blinde
- on voit pas ses cernes, il a des lunettes de soleil miroir
- radio branchée sur une radio anglaise hype, il parle pas l’angliche mais c’est pour la frime.
- il profite du bouchon pour enlever au coton-tige les traces d’insectes explosés sur son pare-brise
3. Les beaufs
- voiture qui a pas dû profiter de la Jupette, avec un autocollant « Espana 1982 » sur le coffre, lui-même attaché avec une ficelle
- vitres doublées de cello bleu
- housses de sièges en peau de mouton qui sentent une blinde
- protège-volant assorti (y avait une promo)
- radio branchée sur Nostalgie, surtout pour les dédicaces, des fois que Gégé ou Freddy leur fasse passer le message qu’ils ont écrasé le chat en démarrant dans l’allée ce matin et demande à leur passer « Le lion est mort ce souâââr » en souvenir
- un rouleau de PQ recouvert d’un très joli ouvrage au crochet orne la plage arrière, juste à côté du roquet qui se lèche consciencieusement les roubignolles
- ils profitent du bouchon pour taper une clope à la bagnole à côté, puis aussi tant qu’à faire pour vider le cendrier sur la route
4. Les bobos
- Vélib’ rutilant et suréquipé (sur l’autoroute, oui, oui, parfaitement)
- selle spéciale en gel silicone pour fessard délicat
- chemise en lin bio
- Ray-ban vintage pour protéger ses lentilles de contact
- dans le panier avant, les légumes bio qu’ils vient d’aller cueillir lui-même et quil ramène à la maison de campagne où il passe des vacances soooo roots
- ils écoutent France Cul’ sur leur IPhone
- ils profitent des bouchons pour twitter à leurs followers: « Est dans les bouchons grave. Please RT. »
5. Les djeuns
- voiture tunée au ras du sol
- sièges en skaï qui brillent une blinde
- radio Jamaïque à donf pour arriver jusqu’à leur cerveau embrumé
- une légère fumée parfumée et entêtante
- des cartons de pizza vides jonchent la plage arrière.
- ils profitent du bouchon pour faire un concours de rots, aidés par leur dizaine de bières depuis le péage, là, il y a trois kilomètres
6. Les Hollandais
- voiture tractant une caravane, forcément, ou alors une remorque chargée de fauteuils pliants et d’une tondeuse à gazon (je te jure que j’en ai vu !)
- radio Nederland, tu comprends rien mais c’est pas grave
- les passagers font dépasser leurs pieds par les fenêtres, décrivant de jolies arabesques, pour pas que t’oublies que la Hollande, c’est l’autre pays du fromage
- ils profitent du bouchon pour sortir les pliants, la table et le thermos de café sur la bande d’arrêt d’urgence (je te jure que j’en ai vu aussi)
7. Les pauvres gens qui vont bosser, eux, merde, dans tout ce foutoir
- ils ont pas l’air de bonne du tout
- ils écoutent France Inter
- ils gueulent dans leur oreillette Bluetooth
- sur la plage arrière, une veste et quelques dossiers
- ils profitent des bouchons pour insulter les millions de touristes qui ont décidé de le faire chier pile poil à l’heure de pointe
Tu vois que le temps passe vite et que c’est super intéressant de mater ses congénères, hein ?
Bon je te rassure on va pas coucher là. La semaine prochaine, si t’es sage, on finira bien par y arriver, en vacances !




