Les jolies colonies de vacances #3

Nous continuons aujourd’hui notre saga estivale et sociologique passionnante (si.) que ça a commencé par les bagages, puis ensuite par le voyage.

Aujourd’hui, dans notre étude ultra-over-sérieuse de notre mode de vie de sédentaires à migration annuelle collective, nous faisons une petite étape théorique. 

Je t’ai laissé l’autre jour sur le bord de l’autoroute. Bon c’est un peu vache, parce que tes chances de survie ne sont pas très élevées, genre dix minutes, mais tu vas voir que y a moyen de bien les occuper, les dix minutes qu’il te reste à vivre.

Bon déjà tu libères les morveux, qu’ils aillent s’ébattre sur l’herbe noire de fumées d’échappement du bas-côté, ça leur fera pas de mal. Comme ça t’aura l’esprit tranquille pour écouter le chapelet de jurons de Chéwi (t’es impressionnée, il en connaît un paquet) et pour t’adonner à une activité hautement intellectuelle féminine : le matage de semblables.

Enfin, semblables, pas trop quand-même. Su l’autoroute, t’as plusieurs catégories.

1. Les familles

Les plus faciles à reconnaître, grâce à des indices qui ne trompent pas :

  • voiture familiale blindée de bagages jusqu’au toit, voire au-dessus
  • stores pare-soleil à l’arrière
  • sièges auto qui coûtent une blinde
  • traces de doigts gras sur les vitres
  • parents cernés jusqu’aux genoux et au bord de la crise de nerfs
  • radio branchée sur 107.07 pour être sûr de s’endormir de savoir en même temps que tout le monde qu’ils sont dans un bouchon quand ils sont dans un bouchon et qu’ils en ont pour 17 kilomètres.
  • ils profitent du bouchon pour ramasser le doudou que le petit dernier a jeté par la fenêtre 100 mètres avant

 

2. Les kékés de la route, souvent seuls à bord

  • voiture super rouge et super propre
  • voire cabriolet pour bien profiter de la pollution du soleil et arrivé déjà bronzé à Saint-Trop’
  • sièges en cuir qui coûtent une blinde
  • on voit pas ses cernes, il a des lunettes de soleil miroir
  • radio branchée sur une radio anglaise hype, il parle pas l’angliche mais c’est pour la frime.
  • il profite du bouchon pour enlever au coton-tige les traces d’insectes explosés sur son pare-brise

 

3. Les beaufs

  • voiture qui a pas dû profiter de la Jupette, avec un autocollant « Espana 1982 » sur le coffre, lui-même attaché avec une ficelle
  • vitres doublées de cello bleu
  • housses de sièges en peau de mouton qui sentent une blinde
  • protège-volant assorti (y avait une promo)
  • radio branchée sur Nostalgie, surtout pour les dédicaces, des fois que Gégé ou Freddy leur fasse passer le message qu’ils ont écrasé le chat en démarrant dans l’allée ce matin et demande à leur passer « Le lion est mort ce souâââr » en souvenir
  • un rouleau de PQ recouvert d’un très joli ouvrage au crochet orne la plage arrière, juste à côté du roquet qui se lèche consciencieusement les roubignolles
  • ils profitent du bouchon pour taper une clope à la bagnole à côté, puis aussi tant qu’à faire pour vider le cendrier sur la route

 4. Les bobos

  • Vélib’ rutilant et suréquipé (sur l’autoroute, oui, oui, parfaitement)
  • selle spéciale en gel silicone pour fessard délicat
  • chemise en lin bio
  • Ray-ban vintage pour protéger ses lentilles de contact
  • dans le panier avant, les légumes bio qu’ils vient d’aller cueillir lui-même et quil ramène à la maison de campagne où il passe des vacances soooo roots
  • ils écoutent France Cul’ sur leur IPhone
  • ils profitent des bouchons pour twitter à leurs followers: « Est dans les bouchons grave. Please RT. »

5. Les djeuns

  • voiture tunée au ras du sol
  • sièges en skaï qui brillent une blinde
  • radio Jamaïque à donf pour arriver jusqu’à leur cerveau embrumé
  • une légère fumée parfumée et entêtante
  • des cartons de pizza vides jonchent la plage arrière.
  • ils profitent du bouchon pour faire un concours de rots, aidés par leur dizaine de bières depuis le péage, là, il y  a trois kilomètres

 

6. Les Hollandais

  • voiture tractant une caravane, forcément, ou alors une remorque chargée de fauteuils pliants et d’une tondeuse à gazon (je te jure que j’en ai vu !)
  • radio Nederland, tu comprends rien mais c’est pas grave
  • les passagers font dépasser leurs pieds par les fenêtres, décrivant de jolies arabesques, pour pas que t’oublies que la Hollande, c’est l’autre pays du fromage
  • ils profitent du bouchon pour sortir les pliants, la table et le thermos de café  sur la bande d’arrêt d’urgence (je te jure que j’en ai vu aussi)

 

7. Les pauvres gens qui vont bosser, eux, merde, dans tout ce foutoir

  • ils ont pas l’air de bonne du tout
  • ils écoutent France Inter
  • ils gueulent dans leur oreillette Bluetooth
  • sur la plage arrière, une veste et quelques dossiers
  • ils profitent des bouchons pour insulter les millions de touristes qui ont décidé de le faire chier pile poil à l’heure de pointe

 

Tu vois que le temps passe vite et que c’est super intéressant de mater ses congénères, hein ?

Bon je te rassure on va pas coucher là. La semaine prochaine, si t’es sage, on finira bien par y arriver, en vacances !


Bons baisers #4

image www.tangorturizm.com.tr

Ma chère Mentalo,
Monsieur Nanou, le Haricot et moi t’envoyons cette petite carte des Cyclades pour te dire que nous pensons bien à toi. En fait, non, on pense pas à toi mais vu que tu nous a filé ce bon plan vacances à Sifnos, on s’est sentis obligés !
Bref, l’eau est bleu marine, la bouffe délicieuse et les gens sympathoches à souhait.
Avant de partir, nous avons reçu une carte d’Alorom qui bronze du côté de Dunkerque, quelle veinarde !
Je te quitte car je dois retourner boire un délicieux cocktail sur la plage !

Bisous Bien Baveux

Nanette (la plus chouette) et sa ptite famille

P.S : Demain nous prenons le bateau pour rejoindre Béa, LMJ et bbflo qui bronzent à Mykonos entourées de mecs très gais et sympathiques !

P.S 2 : Je ne suis toujours pas enceinte mais j’y travaille activement, tous les jours entre 14 et 16h quand le Haricot est au mini-club.

 

 

 

 

Toi aussi tu veux comprendre et participer à ce nouveau délire? Tout est expliqué ici.


Bons Baisers #3

Béa, de passage dans un hôtel poucrave d’une sombre province…*

Toi aussi tu veux comprendre et participer à ce nouveau délire? Tout est expliqué ici.

 

 

 

*Pour être franche, faut que j’avoue que Béa est passée dans cet endroit douteux juste pour y récupérer un sac que j’y avais oublié un petit matin où mon esprit était passablement embrumé. Béa, paix à ton genou droit sur cinq générations.


Faire ses comptes

1 premier job – 12 ans d’ancienneté – 1 porte poussée chaque matin – 130 km quotidiens – 1 motivation profonde d’apprendre chaque jour– 3 congés de maternité – 1 job passionnant – 130 collègues qui ne parlent  pas ma langue – 1 rage d’y arriver – pas une seule tasse de café – 1 temps plus que plein – des responsabilités – 1 sacrée organisation – des litres de thé – 1 position enviée – des milliers de mails – 1 joyeuse bande – des fous rires mémorables – 1 ambiance détendue – des preuves de confiance

Et puis…

1 changement de service suite à réorganisation – 1 année  – 1 chef inhumain (et con) – 1 petit chef version roquet – 1 ambiance de merde – 1 douzaine d’arrogants – 1 dizaine de coups bas – 1 lutte pour sa survie personnelle – 1 mal fou à se lever le matin – 1 Supradyn Boost par jour, à en avoir la nausée – 1 entretien annuel d’évaluation d’humiliation – 1 négation complète de mon travail malgré des clients ravis – 1projet d’évolution qui ne me convient pas – 1 organisation foireuse – 1 déménagement en vue  – 1 bouffée de regrets – 1 tablette de chocolat quotidienne – 1 rage au cœur – 1 combat – 1 carapace – 1 découragement  – 1 sourire, parfois, qui te fait hésiter – 1 sentiment de rester l’alien après autant de temps – 1 envie d’en finir – 1 goutte d’eau qui fait déborder le vase – 1 motivation à zéro  – 1 peu moins d’humanité chaque jour –  1 boule à l’estomac en garant la voiture sur le parking – 1 sensation de gâchis  – 1 décision : je cherche un job – 1 lueur d’espoir : le jour où je claquerai ma démission sur le bureau du DRH.


Les jolies colonies de vacances #2

La saga sociologique hautement passionnante (si.) de l’été continue, si tu as manqué le début et que tu veux savoir comment faire tes bagages, c’est .

Chapitre 2: le voyage

 

Aujourd’hui nous abordons le délicat sujet du voyage, avec tout le sérieux que demande cette étude scientifique de qualité, en prenant pour postulat que tu pars en voiture, parce que j’ai décidé.

1. Le départ de nuit

 

La fixation de l’heure du départ a donné lieu à des négociations houleuses à base de rapport entre heures de sommeil des parents dans leur pieu et heures de sommeil des morveux dans la voiture.

 

 

Donc si t’as décidé de partir de nuit, tout le monde pionce profondément à l’heure du départ, sauf toi qui n’a pas fermé l’œil – le stress et le check mental du chargement dont tu as alourdi ta caisse la veille. C’est con, Chéwi a rangé l’eau et les lingettes tout en dessous, rapport qu’il y avait juste un petit trou là, tout au fond.

Tu secoues Chéwi et lui prépares son intraveineuse de kawa. Tu négocies avec les gamins: oui, ils ont le droit d’emmener des doudous, mais que deux par personne. Nan, pas l’éléphant grandeur nature.

En voulant réveiller la petite dernière à la tour dernière minute pour pas qu’elle chouine, tu manques de l’oublier dans son lit. Heureusement que ta grande y a pensé, et tu fais donc ton premier demi-tour en bas de ta rue.

Chaque année c’est pareil, et chaque année tu te retrouves avec la voix nasillarde de cette connasse de  Dora qui te hurle dans les oreilles à 5h du matin sur les DVD embarqués, rapport que tes grands principes éducatifs, tu t’assois dessus, et encore, avec une valise par-dessus, pourvu qu’ils la ferment. Tu leur as aussi filé le paquet de bonbons annuel en guise de petit dej, prenant ainsi de grands risques sur la suite de la journée.

Pour tenter de pas les réveiller complètement, tu laisses tes mômes en pyjama. Vu qu’il n’y a personne en route, tu arrives avec cinq heures d’avance sur ta prise de location, et tu investis la première boulangerie avec salon de thé pour changer ta marmaille. A sept heures du matin, c’est blindé de monde. Tu mets les gamins à poil, avant de te rappeler que tu as oublié le sac avec les affaires de rechange sur la table de la cuisine, où tu avais pensé rajouter le reste du pain juste avant de partir… Tu remets les mômes en pyjama, et tu t’en vas tenter de trouver un truc à faire avec une voiture blindée de bagages et des morpions surexcités, en attendant que ton deux-pièces-tête-du-canapé-lit-dans-la-machine-à-laver-à-what-mille-boules (le deux pièces pas la machine à laver) se libère.

2. Le départ de jour

 

Variante amusante du départ de nuit réservée aux aventuriers, tu peux te brosser pour que tes mômes dorment. T’es pas encore à l’autoroute que le gamin a déjà vomi, et toi maudit Chéwi qui a rangé la trousse à pharmacie avec le Nausicalm, ainsi que les lingettes, dans le compartiment de la roue de secours, qu’il a laissée à la maison parce qu’elle prenait trop de place. Comme t’es pas encore loin tu fais demi-tour pour changer le gamin, laver les sièges, les couvrir d’une nappe en plastique, vaporiser du spray anti-odeurs dans tout l’habitacle (c’est pratique : du coup, la mouche super énervante crève d’un coup, et tes mômes sont subitement nettement moins en forme) et emporter une réserve de sacs plastiques. Comme il n’est pas contrariant ce petit, il ne vomit plus.

3. L’autoroute

 

Ayant réglé le problème de l’agitation du siège arrière à base de sucres rapides, de niaiseries américaines et d’une bonne gueulante parce que merde, non on n’est pas bientôt arrivés, non on ne s’arrête pas pour faire pipi fallait y passer avant, et vous allez vous calmer parce qu’ici on n’est pas dans une salle de jeu, si vous continuez on va avoir un accident et on va tous MOURIR, tu te cales dans ton siège et tente de mettre ton esprit en mode vacances en soupirant d’aise dès la barrière du premier péage passé.

Vu que t’étais tournée vers l’arrière à gueuler, t’as pas remarqué que Chéwi a doublé toute la file d’attente de trois kilomètres du péage grâce à son biiiiip télépéage, et d’un coup ton sourire se fige quand tu ouvres les yeux pour voir pourquoi il n’accélère pas après le passage de la barrière.

 

 

Ah quand même. Y a environ douze millions d’abrutis qui ont eu la même excellente idée que toi, pour l’heure du départ. Y compris ceux qui n’ont que deux heures de route, mais que les bouchons font kiffer. Tu te dis que tu mimerais bien un accouchement imminent, un attentat à la bombe, tu sais pas mais tu réfléchis, quand soudain tu es interrompu par le bruit caractéristique d’un remplissage de couche à gaz mortifère.

Comme de toute façon t’es déjà à l’arrêt, tu fais passer le puant à l’avant, et tu entreprends de le changer sur tes genoux, sous les hurlements dégoûtés des autres passagers. Tu t’octroies un diplôme de supermaman, parce que tu n’as laissé qu’une toute petite trace sur le siège (et une autre sur ton tish, mais c’est pas grave, hein, il passera en machine au retour dans 15 jours ! Puis c’est bien, ça se confond dans le décor jungle, ça tombe bien, comme t’as emmené que 4 tishs pour pas prendre trop de place pour pouvoir caser le micro-ondes (spéciale dédicace à Lola.))

4. Le pique nique

 

Au bout de sept heures de route et environ 200 kilomètres, tu cèdes enfin aux revendications de ta marmaille – et, il faut bien le dire, à celles de ton estomac, aussi.

T’avais pensé faire des sandwiches, tu AS fait des sandwiches, mais c’est con, ils sont restés dans le frigo, dans la précipitation du départ.

Donc t’achètes des trucs dégueu que tu sais pas si c’est du carton, mais du carton doublé d’or alors, vu le prix. Et la file d’attente digne de la Russie de 1985.

Tu récupères ton gamin qui a vomi son déjeuner (l’or, sans doute) dans le minable château gonfalble de l’aire d’autoroute, tu éponges le sang qui coule de son front (une rencontre avec un copain d’infortune), tu rachètes une provision de bonbons à prix d’or (encore !) pour la route, tu laisses ta contribution aux toilettes puantes après avoir fait la file une heure et demie, et tu reprends la route, persuadée de sentir déjà l’air de la mer. Chéwi te dit que c’est à cause de la benne à ordures du poissonnier qui macère un peu, là, juste en bordure d’autoroute, mais tu ne te laisses pas gâcher ta joie pour si peu.

Dans douze heures, si tout va bien, les vacances commenceront vraiment. Enfin, si la dépanneuse arrive à passer pour te rejoindre sur la bande d’arrêt d’urgence, rapport au radiateur qui a pas aimé la canicule, comme d’ailleurs celui de deux mille de tes compagnons d’infortune…

 

 

T’en profites pour faire une superbe analyse hautement sociologique de la population autoroutière qui défile devant tes yeux comme des bœufs, mais si tu veux bien ce sera pour demain, c’est que c’est les vacances et faudrait pas que je me fatigue les phalanges, non plus !