Dans notre grande folitude estivale, pour faire passer le temps pendant que tout le monde peste contre le sable qui s’infiltre dans les bonnets C, nous entamons aujourd’hui une grande série sociologique hautement scientifique et ultra sérieuse. Nous allons donc, une fois n’est pas coutume, être or-ga-ni-sés, histoire de gagner un chouïa en crédibilité. (Parce que j’ai bien remarqué ton petit sourire en coin, là, quand je dis qu’ici on cause sérieux et 100% scientifiquement prouvé.)
Chapitre 1: Les Bagages
Grande épreuve s’il en est, à moins d’être Robinson, l’Humanus Simplex aime à emporter quelques menues affaires avec lui en vacances, histoire de se rassurer et de se sentir un peu à la maison (ce qui est tout de même un comble.) Figure-toi que j’ai même connu quelqu’un qui emporte avec lui sa télé. Et aussi sa femme, pour lui décapsuler les bières.
Alors pour les bagages t’as deux écoles: les flippées , les grandes aventurières et les routières. Oui, je sais, ça fait trois. Donc t’as trois écoles on disait.
T’as remarqué que je parle au féminin? Parce que si tu as à la maison le modèle masculin qui fait les bagages de toute la famille, je dis simplement bravo. Le mien se contente de faire les siens, et c’est déjà très bien, parce que ho, chuis pas sa mère non plus (et il est bien d’accord).
Paragraphe 1: la flippée
La flippée fait des listes trois mois à l’avance. Y note absolument tout, y compris le nombre de petites culottes qu’elle va emporter. Pense à noter d’emporter son meilleur couteau, celui de grand-mère, qui coupe si bien les tomates, soigneusement emballé dans du Sopalin, pour ne blesser personne. (Toute ressemblance avec une personne connue serait bien évidemment absolument fortuite.)
Le risque chez la flippée, c’est qu’elle perde sa liste entre avril, moment où elle débute sa liste, et disons mi-juillet, moment du départ. A moins qu’elle ne fasse une liste des endroits où elle a posé sa liste.
Le second risque avec la flippée, c’est la nécessité de louer un semi-remorque pour transporter les trois quarts de la maison, parce qu’on ne sait jamais. Qu’il pleuve. Qu’il ne pleuve pas. Qu’il fasse chaud. Froid. Tiède. Venteux. Qu’il y ait des people. Ou des beaufs. Un bal. De la boue. Un concert. Un petit déjeuner sur l’herbe. Des pavés. Du sable. Une allée en gravier.
Je te parle même pas de la trousse à pharmacie, je te perdrais en route.
Bref la flippée n’a pas assez d’un rouleau de PQ pour faire tenir sa liste, et elle risque de se trouver bien dépourvue quand elle voudra aller aux toilettes du camping municipal de Pèrpette-les-Ouilles se retrouvera en octobre, à force.
Paragraphe 2: la grande aventurière
La grande aventurière, au siècle dernier, elle partait encore en stop. Depuis que c’est plus trop conseillé à cause de tous les dingues qui courent en liberté dans la nature, elle a investi dans une caisse / un scooter, ou un billet de train / d’avion. Pour te dire, hier, elle ne connaissait toujours pas sa destination. C’est te dire si pour ses bagages, c’est la grande improvisation. Elle s’y prend à la dernière minute et ne voit pas le problème. Au hasard, deux culottes et un tube de Génie sans frotter (parce que c’est pas une dégueulasse non plus), trois hauts, un short en jeans à franges, un maillot, une paire de Converse, une paire de spartiates, et vogue la galère.
Elle se dit que comme ça elle a la place pour faire les marchés provençaux et en ramener plein de jolis trucs. Si elle est à Stockholm, ça craint un peu, mais y a toujours H&M.
Si elle rencontre le Prince Truc Machin de Suède, tu sais, le joli garçon en route, bon, évidemment, le dress-code laisse un peu à désirer, mais elle s’achète vite fait une robe gitane au marché, quelques bracelets qui font la blague, et elle l’emmène danser jusqu’au bout de la nuit dans une crique déserte. Il est ravi par tant de fraîcheur et lui demande de l’épouser, après tout, ils ont déjà un sportif dans la famille, alors pourquoi pas une gitane. (Eviter cependant de lui faire écouter Notre-Dame de Paris, il risquerait de changer d’avis).
Paragraphe 3 : la routière
La routière est un savant mélange de la flippée repentie et de l’aventurière. Elle s’y prend quelques heures à l’avance, dans le plus grand calme. Ouvre les armoires. Pose sur le lit ce qu’elle pense emporter. En dispose savamment la moitié dans la valise, remet l’autre moitié dans l’armoire, en sachant très bien qu’elle aura de toutes façons trop. Checke mentalement de haut en bas: chapeau, hauts, bas, sous-vêtements, chaussures, pour être sûre de ne rien oublier.
Pour une location, fait un sac séparé, style cabas qui resservira pour les courses sur place, avec tout ce dont elle aura besoin sur place. Emmène un autre cabas coloré qui servira de sac de plage à toute la famille. Fait une trousse à pharmacie de première nécessité.
Se dit que tout le reste, à moins de partir en Ouzbékistan septentrional, elle le trouvera sur place, ou elle s’en passera. Checke juste qu’elle a les papiers qu’il faut pour pas être emmerdée. Pour elle, les vacances ont déjà commencé.
Ensuite, comme dans toute famille traditionnelle, c’est à Monsieur que revient le plaisir de charger la voiture. Ou de peser les bagages, si départ en avion. Et là, je préfère jeter un voile pudique sur cette scène qui pourrait choquer les plus sensibles d’entre nous, et je te laisse imaginer. Moi, je vais me reposer, et je reviens bientôt pour la suite de cette saga estivale passionnante (si.).