All I want for Christmas is…

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Il y autant de manières de fêter Noël (ou pas) que de familles (…ou pas), de celles qui mettent le petit Jésus en mie de pain dans la crèche artisanale le 24 décembre à minuit, à celles pour qui le Père Noël est vraiment une ordure, en passant par celles qui pourraient afficher « statut: compliqué ». Puis il y a celles qui ont décidé un lendemain d’orgie que même sur internet, même sans devoir risquer un orteil dans un magasin bondé à filer la nausée, il n’est pas question qu’un seul cadeau de plus franchisse la porte de la salle de jeux familiale pour y laisser sournoisement traîner ses petites pièces vicieuses sous le canapé dès la première (et donc seule, puisqu’après il manque des pièces, des pions, des dés, des morceaux, des éléments, des dominos, des jetons, des chevaux, des ouistitis, des cartes, des lapins, que sais-je) utilisation. La nôtre.

De même, ça nous démangeait depuis quelques années, ça nous a pris le temps d’assumer de dire à  nos Belles-Mamans respectives:  nous ne viendrions plus nous plomber le foie en leur compagnie. Et puis, l’an dernier, les enfants ont trouvé une enveloppe au pied du sapin, qui, tout de même, continuait à clignoter dans notre salon. Dedans, des billets d’entrée au Parc Futuroscope. Les questions fusent: c’est loin? Très. C’est comment? Génial, vous verrez. Vous n’imaginez pas ce qui vous attend, comme ils disent à PoitiersDépart immédiat. Cette histoire de cadeaux et d’agapes familiales était oubliée.

L’avantage du Futuroscope par rapport aux parcs « classiques », c’est que l’écrasante majorité des activités se passe à l’intérieur, vu qu’elles sont basées essentiellement sur l’image. Pour une visite d’hiver, c’est donc parfait.

Alors bien sûr on en a pris plein les yeux, bien sûr ils n’avaient jamais vu d’écrans aussi géants, bien sûr j’ai à nouveau pleuré devant Les ailes du Courage, on a ri beaucoup, crié un peu de peur, voyagé tellement, rêvé beaucoup, dansé trois fois de suite avec les robots… Si les enfants ont adoré La Machine à voyager dans le temps des lapins crétins, mon coup de coeur va au poétique voyage du Petit Prince, tandis que le Jules est fan d’Arthur et les Minimoys. La féerie du spectacle nocturne ne laissera personne indifférent, même si le scénario est un peu léger – mais ça, les mômes s’en foutent un peu. Parce que oui: le Futuroscope se visite idéalement sur deux jours, à moins d’habiter à côté. Tous les hôtels à proximité proposent des formules de séjours incluant les billets d’entröe au parc, et bien souvent le séjour des enfants (jusqu’à 16 ans!) est gratuit.

Le truc en plus: la gentillesse  et le sourire du personnel. Se mettant en quatre pour retrouver un bonnet égaré notamment… Le truc un peu moyen: les restos, comme dans tous les parcs.

Je n’en raconte pas plus, se laisser surprendre est encore la meilleure façon de découvrir ce parc tellement différent des autres. Pas interdit du tout qu’on nous y croise à nouveau dans les allées et les fauteuils moelleux le 25 décembre…

 

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All I want for Christmas is… move!

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Point déclaration d’intérêts:

Merci au Futuroscope, ayant appris notre réservation spontanée, de nous avoir offert des Pass Premium, permettant (entre autres) de ne pas attendre lors d’un seul passage aux cinq principales attractions (valeur: 15€ , tellement pratique en hiver que nous en avons racheté lors de la seconde journée!)

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Le pain

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Tous les samedis c’était le même rituel. On débarrassait la table du déjeuner. Il pesait soigneusement la levure fraîche, la délayait dans l’eau tiède avec une cuillerée de sucre, et la laissait démarrer gentiment pendant qu’il pesait la farine, ajoutait un peu de sel, pas trop. Dans le grand plat en plastique jaune canari, il formait une montagne, puis dégageait le cratère du volcan, où il verserait ensuite la levure, tout doucement. Il mélangeait alors quelques instants, le temps d’absorber l’eau, avec une spatule, formait une grosse boule qu’il transférait alors sur la table en formica gris. Il relevait ses manches, et se mettait à pétrir, longuement. Le plateau de la table grinçait sous l’effort, se soulevait parfois légèrement. Je vois encore les muscles saillant de ses bras maigres, ses longs doigts, ses grandes mains enserrer la pâte.

Assise au bout de la table, derrière la rallonge, je n’avais pas le droit de toucher, mais je ne perdais pas une miette du spectacle. Parfois, quand il se retournait pour reprendre un peu d’eau, j’allongeais le bras, et de mon index je touchais le pâton, l’y enfonçait légèrement pour y former un petit trou, puis je retirais prestement la main avant de m’attirer ses foudres.

Le pâton restait quelques temps sur le radiateur de la cuisine, dans le plat jaune, recouvert d’un linge, et il veillait à ce que personne n’en approche. Puis, il reprenait son pétrissage, les mains dans la farine. Sur la balance, il divisait alors le pâton en quatre pains, qu’il alignait sur le buffet pour une dernière levée sous un torchon blanc. Les jours de liesse, je pouvais sauver un tout petit bout de pâte que je dégustais en cachette en m’imaginant qu’il s’agissait de chewing-gum…

Plus tard dans l’après-midi, l’odeur de pain cuit envahissait la maison. Si je ne devais garder qu’un souvenir de mon père, ce serait sans doute celui-là. Trente-cinq ans plus tard, je n’ai encore rien trouvé de mieux en rentrant de voyage, que de faire du pain pour me retrouver pleinement chez moi. Bien sûr aujourd’hui le robot ménager fait le travail pour moi, mais quand je sens l’odeur de la levure, j’entends encore grincer la table de la cuisine en formica gris de mon enfance. Mais je distribue généreusement les petits bouts de pâte crue que mes enfants roulent en boule avant de les déguster comme des bonbons au parfum d’antan.


Des rides au coin de mes yeux et des rêves

 

Cinq mois déjà que j’ai passé ce cap qui me préoccupait tant en début d’année. Est-ce parce que je m’y étais préparée ? Est-ce parce que finalement, on s’en fait toute une montagne alors que tout le monde y passe ? Ca ne fait pas mal, je vous le promets. A désormais quarante ans et cinq mois, je sais qui je suis, je sais ce que je ne veux plus, je sais où je vais. Quarante ans, c’est définitivement mieux que vingt, et ce ne sont pas les rides au coin de mes yeux, celles du sourire, qui me contrediront.

 

Cette année, j’ai appris à dire non. A me délester de ce qui me pèse. A penser à moi. A réaliser que faire du bien à mon corps apaiserait mon esprit. A me dépasser. A me rendre compte que je n’en étais qu’à la moitié de ma vie, et qu’à ce titre, il serait fou de s’empêcher d’avoir un tas de projets, de se lancer un tas de défis. A refuser ce qui ne m’apporte rien de bien. A penser à moi, pour mieux penser aux autres. A faire la paix. A comprendre. A douter. A me détacher. A ne pas culpabiliser de ne pas être parfaite, de ne pas toujours être là où on m’attend, à ne pas toujours être à la hauteur. A assumer ce que je suis, et ce que je ne suis pas. A m’autoriser à réaliser doucement mes rêves, et certains de ceux de mes enfants, parce que rappelez-vous, la joie partagée est toujours multipliée, c’est un des grands mystères de la vie.

Il me reste quelques bougies à souffler à l’autre bout du monde avec ceux que j’aime à la folie.

A bientôt.

 

 


Heaven

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Le premier jour de l’été lorsqu’on piqua son talon minuscule encore fripé et qu’on le pressa afin d’en extraire quelques précieuses gouttes de sang qu’on déposa sur un carton buvard et qu’elle hurla, je ressentis, surprise, la même douleur au talon, faisant écho au creux de mon ventre désormais vide. J’avais enfanté mon âme jumelle, mon alter ego, je partagerais ses joies, ses peines seraient les miennes. De son côté, elle porterait mes douleurs, et sublimerait mes rires. Nous nous battrions ensemble contre les mêmes fantômes. Dotées d’un même fonctionnement de cerveau, nous serions imbattables au Pictionary, bien qu’aussi médiocres en dessin l’une que l’autre. Elle est ma fille, elle est la sœur que je n’ai pas eue et qui m’a tant manqué, peut-être.

 

Alors l’autre soir mes yeux n’étaient pas rivés sur la scène, mais sur elle. Ses yeux brillaient de plaisir, sa danse hurlait sa joie d’être là, elle irradiait. Il en faut peu quand on a quatorze ans. J’étais là, à quelques pas d’elle, et son bonheur simple faisait le mien. Alors j’ai chanté comme elle, dansé, tapé des mains, été émue parfois aussi, comme elle.

 

J’ai repensé à toutes ces discussions du pourquoi, pourquoi on fait des enfants, pourquoi on les laisse user de notre temps précieux – je n’utilise volontairement pas le mot perdre, le temps passé auprès d’un enfant n’est jamais perdu, mais ce serait trop long à vous expliquer – , pourquoi (comment ?) on supporte les nuits hachées et les soucis, les attentats sur le compte en banque et les réunions parents-profs, les montagnes de linge sale et les contrôles anti-poux, les verres de lait renversés et les fêtes d’anniversaire, les heures d’angoisse dans les salles d’attente et les roller-coasters, les kilomètres de voiture et les copains qui vont et viennent, les concerts où tu vas sans entrain et les devoirs à surveiller, les permissions de minuit et la vaisselle qui traîne sur l’évier, et l’explication était là, sous mes yeux : pour ces moments de joie simple qui ricochent et nous éclaboussent.

Pour l’heure de gloire d’une licorne voyageuse, parfois, aussi. If it’s the end of the world, let’s party.

 

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Les lys blancs

 

 

 

Il n’était pas tout à fait huit heures ce matin d’automne-là et les brumes venues de la rivière toute proche recouvraient encore la campagne de leur manteau blanc cotonneux. Je frissonnai et remontai la fermeture éclair de ma veste polaire jusqu’au cou. Il était là avant moi, semblait indifférent au froid. La soixantaine indéfinie, il portait ses cheveux gris mi-longs, de petites lunettes cerclées d’argent, un blouson ouvert sur une chemise blanche.  Il ne me remarqua même pas, absorbé par les bouquets de fleurs de l’étalage qu’il scruta longuement et avec soin un à un avant d’arrêter son choix sur une composition de lys blancs.

 

Etait-ce une mère qu’il voulait fleurir ? Etait-ce son anniversaire ?

Etait-ce une tombe, un souvenir ?

Une fille qui avait quitté le nid ?

Une compagne de longue date à honorer? Une conquête toute fraîche à ravir?

 

Et s’il me demandait mon avis, moi qui croisais sa route ce matin-là, que lui dirais-je ? Que toutes les fleurs sont belles, de par les mains et le cœur qui les offrent. Mais que si les roses rouges ne manquent jamais leur but, les roses roses sont plus douces, les blanches plus pures, et les pivoines mes préférées. Il ne me vit pas, ne me parla pas. Il prit les lys blancs au parfum entêtant – je ne pus m’empêcher de penser à ma mère, qui prétend que les lys sentent le cimetière, en les exilant avec un soupir dans le vestibule – et en reprenant ma route je gardai l’image et le mystère du vieil homme qui avait mis tant de cœur à offrir les éphémères.