Entre mes lignes

Lignes de faille

 

Entre mes lignes il y a ces maux que je ne dévoile pas. Il y a ces rires et ces joies que je ne dis pas. Il y a cet arc-en-ciel fabuleux, hier après-midi, après des heures de déluge. Il y a les câlins, les histoires en plein milieu de la matinée sur le canapé, les cookies aux M&M’s improvisés pour le goûter. Les jouets ramassés, les piles de linge rangées, les chansons sous l’eau qui coule.

Entre mes lignes mes soucis, oh tout petits, mais quand-même. Entre mes mots, mes choix, mes idées, mes décisions, mes espérances, mes découragements, mes chutes, mes bleus, mes bosses, mes colères, mes impatiences, mes bonheurs, mes soulagements. Ma vie. Notre vie. Notre quotidien comme nous l’avons voulu, comme nous l’avons pu, et pourtant parfois ce n’est pas facile, parfois on rêve d’ailleurs et d’autrement. Comme tout le monde. Quand on a fini de rêver, on a fini de vivre, je crois.

 

Entre mes lignes tu crois me lire, mais tu ne sais rien. Comment pourrais-tu imaginer une vie entière dont je ne livre que des bribes? De la chaleur des joues d’Ultime au petit matin, de l’odeur des cheveux magnifiques de la Pili-Pili, des yeux trop souvent océans de Moustache, de la Collégienne que-j’aime-tellement-moi-non-plus, de la barbe qui pique du Jules, tu ne sais presque rien. Entre mes lignes, tu crois deviner ton propre reflet. Tu vois mon dos et tu imagines deviner mon visage.

Entre mes mots, tu t’appropries, tu te compares, tu sais mieux que moi, tu ferais mieux que moi, si tu étais moi. Mais tu ne l’es pas. Moi, j’adore l’idée de ne pas savoir plein de choses. Parce que ça me laisse de la marge d’émerveillement. J’adore l’idée d’avouer que je ne sais pas, parce ça m’évite de dire un certain nombre de bêtises. Parce que pendant que je ne dis rien, je t’écoute étaler tes certitudes. Parce que c’est le jeu.

 

Entre mes lignes, il y a juste ce que je veux bien te dire. Toutes les questions n’ont pas forcément de réponse – et encore moins une seule réponse.

 

 

People generally see what they look for, and hear what they listen for.   Harper Lee, To Kill a Mockingbird


Quelle belle journée, par Toutatis!

Vendredi, un texto codé:

 

-Cétaubofix!

 

Huit adultes a priori sains d’esprit avaient passé la semaine à croiser les prévisions météo de toutes les applis disponibles sur le marché.

Dans la voiture, pendant que le Jules mangeait tous les cookies, j’essayais de faire deviner aux enfants notre destination mystère. Enfin aux petits, parce que la grande nous avait grillés, au bout d’un mois à contempler le magnifique astérisque dessiné par mes soins à la date du 27 septembre avec l’œil pas frais du poisson d’Ordralfabétix, elle avait fini par avoir une illumination soudaine.

On a bien mis cinquante bornes.

 

-Alors c’est facile, on va voir un personnage de BD, qui a un chien, des moustaches et un copain qui est gros enveloppé.

-Il a un chien ? C’est Boule et Bill !

-Mais non, il a pas de copain gros enveloppé !

-C’est le Petit Nicolas !

-Mais non, il a pas de moustaches enfin !

-Lucky Luke!

-… (soupir)

 

Bon, Mr Moustache a eu l’air content d’aller passer la journée au Parc Astérix, même s’il en a profité pour moufter que la Collégienne lui avait piqué toutes ses BD, et la Pili-Pili a pleuré, parce qu’elle voulait aller voir Raiponce (gimmick). C’est parce qu’elle ne savait pas qu’Astérix s’est mis au hard rock et qu’il est ma foi très choupi.

 

Photo Mme Statler

 

Avec Paf-le-Paf, Mme Statler, Papa Cube et Fabienne Lepic de la Glaviouse, on était mieux organisés qu’une légion romaine.

On s’est donné rendez-vous dans la toute nouvelle Forêt d’Idéfix. Là, on a pu s’embrasser, t’as pas changé, qu’est-ce que tu deviens, tu t’es marié t’as trois gamins, comparer nos Converse et nos lunettes de soleil, oh la la mais comme il a grandi ce môme, tu lui files de la potion magique ou bien – pendant ce temps-là, nos dix enfants réunis (Ultime gardait RogerRabbixFenouil le lapin à la maison) faisaient connaissance et s’égaillaient sur les manèges conçus pour les petits aventuriers sans se faire trop peur, mais juste un peu.

 

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Après cette mise en jambes, on a fait deux équipes. PapaCube a pris la direction des Jeuxélectronix, composée des poules mouillées et des moins de six ans, tandis que Paf-le-Paf emmenait la troupe des Amourdurix, soit les ados et les vieux qui n’avaient pas froid au zizix.

 

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Ca balance pas mal à Lutèce.

 

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Oziris Oziris Oziris

 

Après toute cette adrénaline, et vu qu’on  criait un peu tous en même temps comme si on avait mangé de l’hélium, nous avons décidé de nous poser et d’assister tous ensemble à Main basse sur la Joconde, un spectacle à mi chemin entre théâtre et danse plein de rebondissements et d’acrobaties à couper le souffle. Les enfants ont adoré, et votre servitrice a un peu craqué et pleurait de rire derrière ses lunettes de soleil griffées (tout court, pas griffées Maui Jim comme la blogueuse hype).

 

Main basse sur la Joconde Main basse sur la Joconde

 

Main basse sur la Joconde

 

Nous avons tous beaucoup apprécié l’atmosphère familiale, sans rose paillettes, sans princesses, sans contes sexistes, mais l’univers testostéroné et franchouillard de nos ancêtres les Gaulois. Le parc encourage aussi vachement l’humour et le jeu de mot pourrix, et ça c’est cool. Validée également, l’organisation du parc : autour de chaque manège à sensation, plusieurs manèges pour occuper les plus petits pendant que les plus audacieux se mettent la rate à l’envers. Des files d’attente raisonnables sur la plupart des attractions, voire inexistantes sur certains manèges pour les petits (dont toute la forêt d’Idéfix).

Un bémol pour le réseau téléphonique bien pourri (pas facile de se retrouver entre groupes) et le wi-fi inexistant, qui rend l’utilisation de l’appli Parc Astérix pratiquement impossible. Et un second pour le prix du parking, dix euros (tarif unique).

 

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Le récit très complet en photos et en dessins de PapaCube est ici. (Je me trouve canon.)

La même journée, vue par Paf-le-Paf, est ici.

Un merci tout spécial à Maïwenn pour cette fabuleuse journée.

Merci à mes compagnons d’aventure pour leur bonne humeur communicative.

 

 

 


L’apnée

 

Ils sont fatigués. Ni plus ni moins que l’année dernière, je n’en sais rien. On se couche tôt, on se lève – avec difficulté – à la dernière minute, on grappille du sommeil en rab dans la chaleur de la couette.

C’est pas nouveau.

Ce qui est nouveau, ce sont les devoirs tous les soirs, les levers tous les matins, les histoires qu’on écourte le mardi soir, les petits déjeuners qu’on presse même le mercredi.

Alors peut-être que les enfants apprennent mieux en classe – je n’y suis pas. Ils rentrent plus tôt, s’ennuient plus tôt, oublient plus tôt ce qu’ils avaient pensé me raconter – c’est déjà bien loin quand je rentre, par effet d’optique seulement, plus tard qu’avant. Pas de théâtre, pas de poterie, pas d’école du cirque, pas de piano – à la campagne, il n’y a ni infrastructures, ni argent.

Le mercredi, la journée qui s’égrenait tranquillement prend désormais des allures d’agenda de ministre en pleine campagne électorale : il faut être partout, et surtout en même temps, le solfège, l’instrument, la danse, le rendez-vous chez l’orthodontiste, les devoirs, l’après-midi file sans un moment pour se poser.

Peut-être que c’est mieux à l’école, je ne sais pas, je n’en sais rien.

Je sais juste qu’on nous a pris de la douceur de vivre. Celle que j’avais gagnée en choisissant le temps partiel. Des moments ensemble, où nous n’avions pas l’œil sur la montre. Ces heures où l’on lisait dans son lit, ces heures où l’on traînait en pyjama à construire des tours de Kappla. Ces moments où les confidences glissaient, entre deux paniers de linge accrochés au jardin et un tour de balançoire. Le temps des promenades. A la place, on dort, vite, une heure, entre deux, parce qu’on est fatigués. Fatigués de ne jamais s’arrêter.

 

La semaine en apnée du lundi au vendredi. On va s’y habituer, il le faudra. Mais pas tout de suite.


Nous, les formidables

Il nous a dit d’avancer et nous avons tous fait quelques pas en avant, avec nos bonnes têtes de moutons encostumés – un fameux troupeau.

Il nous a expliqué les raisons de notre présence, la sienne, la leur, la nôtre. Nous a rappelé l’obligation de cohésion, de sentiment d’appartenance, les objectifs à atteindre, la chance que nous avions.

Il faisait chaud, et nous étions debout, forcés de regarder l’écran lumineux immense sur lequel notre destin s’écrivait en bullet points et en millions avec des virgules. Nous a dit combien nous étions formidables, tous, et faisions du bon boulot, tous. Même si pour quelques-uns, oh, pas nombreux, le terminus n’était pas loin. C’était obligé si nous voulions rester dans la compétition.

Il a dit restructuration, réduction des coûts, réorganisation, restructuration, transition, motivation. Nous écoutions. Nous regardions sur l’écran les prévisions, les chiffres, les données, les pions qu’on déplace sur l’échiquier, la stratégie. Pas de trace des humains. Oubliés, les gens, les compétences, les synergies, les équipes, les sentiments. Pas de place entre les zéros.

Au bout d’une heure et demie il nous a laissés là, un peu sonnés, le dos douloureux, les pieds ankylosés et les sourires forcés. Nous, les formidables. Nous, les petites mains du Grand Capital.

Le soir, dans mon lit, en y repensant, j’ai eu un peu la nausée, et puis très envie de pleurer.

Et ce matin, comme tous les autres, il a bien fallu se lever.

 

 


De la terre humide et des pommes oubliées

Derniers rayons de mardi

 

Ma tante, bientôt quatre-vingt-trois noëls au compteur, n’a jamais dérogé à la sacro-sainte obligation du ménage de printemps. (Ce qui, dernièrement, l’a vue sortir sur le toit de sa véranda par la tabatière du toit voisin, afin de l’en délester des cadeaux laissés par les pigeons – et se froisser une côte au passage retour.)

Le printemps me donne plutôt une furieuse envie de laisser plantée là la vaisselle, d’exhumer le premier short venu de son placard et de courir ainsi dévêtue offrir ma peau aux premiers rayons. (Ensuite, en général, j’ai une angine. Forcément.)

Mais l’automne… Quand l’odeur de la terre humide et des pommes oubliées parfume la brume du matin me viennent des envies de ranger (les choses qui traînent depuis des mois), de laver (les plaids en ploaire toute douce du canapé pour qu’ils sentent bon, la terrasse), d’ordonner (mon agenda, leurs rendez-vous, ma tête, ma vie), de trier (mes livres, mes chaussures, mon dressing), de faire de la place (aux sentiments, aux souvenirs, aux réserves de thé), de jeter (les vieilles fleurs, les chaussettes trouées, les vieux magazines).

J’ai besoin de me préparer pour l’hiver. D’accorder mon corps et mon esprit, le matériel et l’insaisissable. J’en fais trop, obsédée par les journées qui racourcissent et la température qui chute, je me sens débordée, consciente à la fois de la vanité de mon entreprise et de mon incapacité à renoncer. Alors je cours, cigale pressée avant que ne vienne la bise, je nage, je surnage,  avant que ne volent les feuilles et tapissent les sentiers, je suis partout, sur tous les fronts, jusqu’à épuisement, je n’aurai de repos jusqu’à ce que tout soit prêt, le cocon chaleureux  au coin de la cheminée et le chocolat chaud qui répand ses effluves dans la cuisine. Avec des gaufres, peut-être.

 

Premiers rayons, la forêt Promesse du jour