La fille d’à côté

L’hiver je vais en vacances à côté de Chamonix, l’été à côté de Saint-Tropez. Je suis née dans un petit pays à côté d’un grand, dans un petit village à une vingtaine de kilomètres d’une grande ville.

Je travaille dans le pays à côté d’où  je vis, je vis dans un tout petit village à côté d’une toute petite ville, à une quarantaine de kilomètres d’une plus grande ville.

Je ne suis ni l’aînée ni la plus jeune de la fratrie, je n’étais ni la meilleure ni la plus mauvaise à la fac, je ne suis ni la plus riche ni la plus pauvre, je ne suis ni la plus belle ni la plus moche, je ne suis ni la plus douée ni la moins instinctive dans mon travail, ni la meilleure ni la pire des filles, sans doute, ni la meilleure ni la pire des mères, sûrement.

La liste est longue de tout ce que je ne suis pas, alors qui suis-je?

Je suis la fille d’à côté, toujours.

 

sardine

 


Et goûter à nouveau aux oranges

Je vais la tuer, vocifère-t-il, le plus indiscrètement du monde, au milieu des clients indifférents.

 

Elle ne sourcille pas. Toutes ces années. Elle est habituée maintenant, même si la peur est toujours là, en souvenir d’autrefois. Elle ne l’entend même plus. Soixante ans que ça dure. Ils sont si vieux maintenant. A quoi bon se quitter? Il est presque invalide, que deviendrait-il, sans elle? Et elle, où irait-elle, à son âge? En maison de retraite, là où on dit qu’on est souvent maltraité aussi?

Il s’impatiente, au rayon frais.

Mais qu’est-ce que t’as foutu jusqu’ici? T’es vraiment bonne à rien!

Elle se hâte. Quelques pommes, de ses mains tremblantes, les moins chères, toujours. Des pommes de terre, qu’elle cuira à l’eau. Au moins, depuis qu’ils n’ont plus de jardin, il ne l’oblige plus à se casser le dos, chaque soir, pour biner les cinq rangs de tubercules du potager.

Elle a envie d’une orange, depuis le temps qu’il a interdit toute frivolité, elle n’est plus sûre de leur goût. La dernière fois, c’était à l’hôpital, il y a six ans, pour la fracture, l’escalier, avait-elle expliqué au docteur incrédule. Alors, elle se contente de leur couleur, même si ses yeux la trahissent, recouvrent tout d’un voile blanc.

Alors, tu te dépêches?

Il n’a toujours pas bougé, campé sur sa béquille, près des salades.

Vite, la balance. Du riz. Du café, Pas de sucre, jamais, il ne le permet pas. Après, ils rentreront, elle portera le lourd cabas, comme toujours, jusqu’à leur petit appartement au troisième, sans ascenseur.

Ils n’ont pas eu d’enfants. Le petit chien est mort depuis longtemps. L’infirmière est toujours si pressée, la pauvre.  La solitude. La vieillesse est un naufrage. La délivrance ne devrait plus tarder maintenant. Parfois, elle se surprend à espérer qu’il parte le premier, grappiller quelques semaines de liberté, bien qu’elle ne sache même plus ce qu’elle en ferait. Rien, sans doute. Ouvrir les fenêtres grises de poussière des ans, et respirer. Vivre.

Et goûter à nouveau aux oranges.

 

orange-tree

 

 

Edit: Dialogues de supermarché, situation et personnages véridiques. Le reste est le fruit de mon imagination.


Something blue

8 mai 2014

 

Lorsque j’ouvre mon sac pour y prendre un stylo quelques brins de lavande exhalent leur parfum de Méditerranée tandis que mon train s’en éloigne à grande vitesse.

J’ai laissé mes enfants là-bas, au pays des vacances, chez leurs grands-parents, au milieu des vignes. Ils sont heureux, tous. Les petits et les grands. Moi, je ne me fais jamais à l’idée de les quitter, même un peu, un tout petit peu.

J’ai toujours aimé écrire sur les pages de droite des cahiers, comme on en commence un neuf. C’est sans doute plus facile pour se remettre à écrire, s’imaginer un nouveau départ, une page vierge,  après une longue pause de sable et de bleu.

Bleu ciel, bleu mer, bleu piscine, bleus aux genoux quand les trottinettes ratent une bordure, bleu au coeur quand l’Aimé, si loin, soudain nous manque tant.

Le train tangue au gré des kilomètres, comme ce bateau que nous avons pris pour les Iles d’Or l’autre jour, et mon écriture se fait saccadée par moments, comme la vie, comme la mer,  jamais tout à fait calme.

Je file vers Paris célébrer l’amour et l’amitié.

 

Something new, something blue, something old, something borrowed.

 

La mariée portait des chaussures bleues.

 

bleu

 

 


La dot de mes filles

J’ai fait des enfants avant internet. Ca paraît dingue, et aussi lointain, le temps où tu te relevais la nuit pour lire ton Laurence Pernoud au lieu de Doctissimo ou le blog d’une nana pas avare de détails intimes.

Aujourd’hui, tu as plutôt trop de sources d’informations que pas assez. Des bonnes et des moins bonnes, des mauvaises et des totalement vides. La grossesse n’est pas une maladie, on en survit dans la majorité des cas, et un peu de bon sens remplace facilement les conseils d’un autre âge de Tata Simone.

Ca n’empêche pas qu’à passer neuf mois à faire du jogging autour de son nombril, on finit par avoir envie de savoir ce qui se passe dedans, et aussi si ce qui nous passe par la tête est normal. Oui,on veut toutes être uniques, mais, surtout à ces périodes là de notre existence, normales, juste normales. Va comprendre une femme enceinte.

J’imagine que j’aurai un jour des petits-enfants (raaaah). A défaut de malles entières de linge de maison brodé à leurs initiales, j’aime assez l’idée de transmettre à mes filles les livres que mes amies ont écrits – une manière de leur filer quelques conseils sans avoir l’air d’une vieille tata pénible.

 

Dans ma bibliothèque sont donc arrivés ces dernières semaines deux petits nouveaux (merci les copines).

 

 

De la grossesse à la naissance, par Marie Perarnau, du blog Les mamans testent

Marie a eu quatre enfants en six ans, on peut dire qu’elle a (presque) tout vu, tout entendu. Et préfère en rire que d’en pleurer, ça fait couler le mascara qu’elle n’a plus le temps de mettre, souvent.  Un livre pour dédramatiser si tout n’est pas parfait, pour arrêter de s’inquiéter si tout ne se passe pas vraiment comme prévu, des astuces pour s’organiser, des bonnes idées. Marie ajoute à tout ça une petite dose de mauvaise foi, parce qu’enceinte, plus que jamais, on y a droit.

 

grossesseànaissance

 

Editions du Chêne, 16,90€

 

 

120 astuces pour une grossesse sereine, par Marjolaine Solaro, du blog Marjoliemaman

Au compteur de Marjolaine, trois enfants en quatre ans et un karma qui s’acharne un peu quand tout est trop calme pour être rose Barbapapa. Sinon, faut bien avouer, on n’y croirait pas, nous non plus.

Après Le Dico des petits et gros bobos et Ma grossesse en 300 questions/réponses qui sont des mines d’informations, ce petit carnet cartonné, plus léger, est idéal à glisser dans son sac pour les longues heures de salles d’attente qui ponctuent la grossesse. Des astuces santé, beauté, travail, organisation, famille pour vivre ces neuf mois particuliers au top!

 

120astucesgrossesse

 

Editions First, 6,90€

 


Lorsque les fleurs pleuvent je suis déjà si loin

Arrête. Ca me gêne. Je ne sais pas quoi faire de ton admiration.

Ca me flatte et je n’aime pas ça, d’aimer ça. Ce sentiment d’imposture, toujours. Tu ne sais de moi que ce que je te dis. Je ne vais pas te dire le côté sombre, les doutes, les erreurs, les cris.

Tu dis qu’ils ont de la chance. Je ne sais pas. Pas tous les jours, je crois. Tu dis que je suis mince, toujours bien coiffée, maquillée, habillée, les ongles vernis. Tu ne peux pas imaginer mes yeux collés ce matin de trop de fatigue encore, bien sûr. Tu ne vois pas que le vernis cache la misère, que le jeans couvre aimablement ces hanches que je trouve trop rondes. Ne crois pas ce que tu vois.

Tu voudrais ma vie mais qu’en sais-tu? Pas un instant je la regrette, mais serais-tu capable de tenir mon rythme? Qui sait, si je pouvais recommencer, si je ferais tout pareil? Invente-toi ta vie, je ne veux pas servir d’exemple.

 

Arrête. Ca me gêne.  Je n’ai jamais su répondre aux compliments. C’est étrange ce sentiment. Je ne souffre pas la médiocrité, encore moins la mienne que celle des autres, plutôt me taire que de dire le vide. Je lance mes mots au regard de tous, ce n’est jamais anodin, et pourtant lorsque les fleurs pleuvent je suis déjà si loin que je ne les comprends plus.

Je romance, je force le trait, je regarde et j’invente une histoire à ce que je vois, je laisse sortir les mots de mon ventre sans bien savoir ce qu’ils font là, je te les offre, mes mots, s’il te plaisent, tant mieux, je ne m’offre jamais, moi. Ne crois pas ce que tu lis.

 

Observe.

Savoure.

Invente.

Souviens-toi.

Rêve.

 

les fleurs dans les cheveux de Louise ♥