La soupe aux herbes

Les fêtes chrétiennes rythment l’année du travailleur païen en lui offrant régulièrement des ponts de glande et des occasions de sacrifier de l’animal innocent qui ne lui a rien fait: du canard à Noël, de l’agneau à Pâques.

En bons rebelles de l’eau bénite, je crois me souvenir qu’à Noël nous avons mangé du poulet tandoori et à Pâques, des merguez cuites au barbecue. Mais on a tout de même savouré les jours fériés, faut pas pousser trop loin non plus la rébellion.

Puis, comme chaque année, on a fait une chasse aux oeufs. Comme j’étais rentrée très tard samedi, à l’heure où le lapin pose les chocolats dans le jardin, moi, je comptais les plumes de mon oreiller. Il a donc fallu, plus tard, trouver un prétexte fallacieux pour envoyer les gosses, pas très dupes, en balade à l’autre bout du village, alors qu’ils étaient sagement occupés à faire de la soupe à l’herbe et aux cailloux. (Mes enfants ont passé quatre jours en bottes et en cheveux emmêlés, les ongles noirs, avec la complicité d’une canalisation d’eau pétée dans le village, ils étaient heureux.)

Ultime a reconnu le panier à chocolats. Elle a gueulé parce qu’il était vide, avant de repérer le premier nid, au pied du mirabellier, de s’asseoir dans l’herbe et de refuser d’en bouger tant qu’il restait des chocolats à boulotter. Autant dire jamais.

On a gueulé parce que la Collégienne faisait la gueule, elle est rentrée faire claquer la porte de sa chambre.

On a gueulé parce que Moustache avait déjà le panier plein alors que sa soeur se lamentait de ne rien trouver.

On a été rechercher la Collégienne parce qu’on avait planqué des oeufs en hauteur et que ça allait fondre.

On a gueulé parce que Moustache expliquait à la Pili-Pili que le lapin de Pâques n’existe pas, c’est les parents. On a gueulé parce que la Pili-Pili a gueulé que même pas vrai d’abord, t’es qu’un sale menteur et d’ailleurs je t’aime pas.

Puis on a gueulé qu’arrêtez de manger du chocolat maintenant, vous ne mangerez plus rien à midi et qui c’est qui va avoir mal au ventre encore, hein?

Au final, tout le monde était très content.

Pâques, la paix urbi et orbi, mais à la cambrousse, c’est pas gagné.

 


Fashion It Box (et des cadeaux)

Je n’aime pas trop les surprises.

Bon, en fait, si, si je suis épilée-manucurée-coiffée-bien habillée, je veux bien qu’on m’emmène par surprise aux Maldives. Bon, ok, pour les Maldives, je veux bien y aller sans conditions. Disons que les copains qui t’attendent dans le salon pour crier « youhou, surprise, bon anniversaire! » alors que tu rentres l’oeil morne et le cheveu raplapla d’une longue journée de labeur, c’est un peu mon cauchemar. Un peu comme le jour où je terminais de tondre la pelouse et que le Jules m’a dit « Surprise, j’ai coupé l’eau, la douche ça va pas être possible ». Je l’ai mal pris: j’avais rendez-vous pour une échographie une heure après.

 

 

Bref, le concept des box avec leurs surprises dedans, c’est pas trop mon truc. Alors quand Alexia m’a proposé de découvrir sa toute nouvelle Fashion It Box, la première box alliant mode et beauté, j’ai dit je passe mon tour, merci, mais je suis sûre qu’il y a plein de gens qui adorent les surprises ici.

 

 

♣ Dans la Fashion It Box y a quoi dedans?
une robe, un accessoire de mode, un accessoire cheveux, un cosmétique, un cadeau et un magazine de 12 pages. Bien sûr, je personnalise ma box selon ma taille, mon style et mes envies.

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♣ La Fashion It Box elle coûte combien?
29,90 euros frais de port inclus.

 

♣ On aime les surprises, mais on veut voir quand même!
On peut avoir un aperçu des produits phares sur la boutique.

 

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♣ Et ces cadeaux, alors?

Il y en a trois en jeu (trois gagnants, donc): une Fashion It Box complète, un headband, et un serre-tête.

Pour gagner, tu me racontes en commentaire une histoire de surprise (réussie ou foirée, qu’on rigole) ou tu me mets le lien de ton article préféré parmi les produits phares de la Fashion It Box. Ou les deux. Clôture du jeu le lundi 21 avril, 20 heures (Paris).

 

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EDIT: Les gagnants sont Juliette pour la FashionIt Box, Poops pour le head-band et Hermine pour le serre-tête. J’attends vos adresses (mentaloleblog  chez gmail)!

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Vingt mille lieues sous l’amer

Chouette, d’ici trois ans, mes filles, si elles le souhaitent, pourront être sous-mariniers. (Sous-marinières, ça fait un peu moule de basse qualité, on va éviter.)

Chouette, d’ici pas longtemps, peut-être même tout de suite, le harcèlement sexuel, ainsi que les violences du même style, seront, en gros, traitées avec plus d’égards pour la victime qu’actuellement.

Je n’aime pas trop l’armée. En soi. Je suis pour la paix et contre la guerre, c’est mon côté Miss France. Mais enfin, on va dire que l’armée ne fait pas que la guerre. Et que bon sang, il est un peu temps que ces métiers qui ne sont pas plus réservés aux hommes que celui de garagiste ou de maçon ou même de pompier, tolèrent que nous y mettions nos soutifs.

Il était où le problème des sous-marins? Ah oui, la tentation pour les hommes, lors des longues missions dans les sombres abysses. Tiens, si on y va en burqa, ils nous feront une petite place sur l’étagère pour un flacon de vernis à ongles? Reste à convaincre leurs compagnes qu’à vingt mille lieues sous les mers, comme à des kilomètres de la Terre, on peut aussi songer à travailler et pas qu’à tâter du pompon rouge. Comme eux. Tout simplement.

 


L’impatiente

Elle a couru vers son père dès qu’elle l’a aperçu dans l’encadrement de la porte et s’est jetée dans ses bras. Elle était si fière. Il était si fier. Il a signé la décharge, puis ils sont sortis main dans la main. Elle a cligné des yeux sous le soleil, le vent était frais encore.

 

La musique médicale, c’est quand la fermière regarde si on peut aller au CP, avait-elle déclaré un soir de grosse fatigue.

 

L’infirmière n’était plus toute jeune, et pourtant, elle l’a trouvée très belle : elle avait de longs cheveux blonds, comme elle, et puis elle avait du bleu sur ses yeux. Les yeux de cinq ans sont de magnifiques lunettes roses pour les adultes.

Elle s’est pliée de bonne grâce aux examens. Des jeux, des dessins, des questions, la colonne vertébrale, la latéralisation. Les vaccins, le vocabulaire, les oreilles, les yeux. Le pouce qu’elle suce un peu trop encore, dernier bastion d’enfance.

Mon bébé d’hier encore est donc apte au CP.

Dans son lit, le soir, son index gauche court sur la feuille blanche où elle a exigé qu’il lui écrive les syllabes, et inlassablement, elle répète : la, le li, lo, lu, da, de, di, do, du, ra, re, ri, ro, ru,…

Bientôt. Une question de jours.

Elle ne peut, elle ne veut plus attendre.

Lire.

Grandir.

 

Le départ

Je rêvais de liberté

Et puis j’eus treize ans, et puis je n’en voulus plus de ces coupes au carré toutes droites, avec la frange coupée courte. Sans doute avais-je aussi abandonné le short en éponge? Je ne m’en souviens plus. Que portait-on l’été 1988?

J’avais gardé les espadrilles, ça je m’en souviens tès bien. Et de mes pieds bicolores, aussi, quand je les enlevais: bronzés sur le dessus, les orteils tout blancs.

Cet été-là, j’avais d’autres plans. Au bout de semaines entières de négociations, j’obtins pour la première fois de ma vie d’aller chez le coiffeur. J’ai coupé, pour la première fois de ma vie également, mes cheveux très courts. J’avais treize ans, j’étais plate comme une limande, je rêvais que j’étais un garçon parce que les garçons sont plus libres, mes cheveux s’éparpillèrent sur le sol et moi je me sentis légére, légère. Libre!

J’entends encore mon pas sur le gravier de l’allée, ma mère à mes côtés. Nous marchions vers la voiture où mon père nous attendait. J’ouvris la portière, le sourire insolent de cette vie qui s’ouvrait devant moi se figea sur mes lèvres au moment où il prononça ces trois mots, implacables:

 

T’es laide.

 

Ma mère retint mon mouvement. Pour la première fois de ma vie encore, je la vis se rebeller. Je n’entrai pas dans la voiture, et nous rentrâmes à pied. J’eus tout le temps de pleurer mon rêve de liberté sur le chemin du retour.

J’ai attendu onze ans avant de couper mes cheveux à nouveau. Rebellion. Enfin. Liberté.

 

Photo Alicia Bock

Photo Alicia Bock