Comme la mémoire joue avec nos vies

Chaque année, c’était le même rituel. Dès le cartable une dernière fois jeté dans l’entrée, le 30 juin, immuablement, je courais me changer. Un débardeur, un short en éponge et des espadrilles, je ne quitterais pas cet uniforme pendant deux mois, si tout allait bien.

Je m’installais ensuite sous la véranda, tournée vers le jardin, tout près de la table ou ma mère avait installé son matériel. Alors mes cheveux châtains tombaient en longues mèches sur le sol. Un carré court et droit, toujours, chaque été. La frange courte, elle aussi.

Adieu pinces et élastiques, adieu les nœuds, adieu les ondulations, adieu les contraintes.

Alors les vacances pouvaient commencer pour de vrai. Dans mes souvenirs, ma mère ne tardait pas ensuite à faire les bagages, étalant sur le grand lit les vêtements soigneusement comptés et pliés de toute la famille, avant de les faire rentrer comme par magie dans deux minuscules valises – elle excellait à cet art, je la regardais toujours, fascinée.

En réalité, il se passait souvent plus d’un mois entre ces deux événements. C’est amusant comme la mémoire joue avec nos vies.

Samedi, la Collégienne est allée seule chez le coiffeur. Bientôt, nous ferons les valises pour notre escapade annuelle sans le Jules. Dira-t-elle plus tard qu’elle se coupait les cheveux avant de partir en vacances avec sa mère et ses frère et soeurs ?

 

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La jolie photo d’ Alicia Bock provient, qu’elle me pardonne, du tout aussi joli blog de Fanny Grangier.

 


A l’aube tes cheveux blonds

Il n’est pas encore seize heures et j’ai déjà fini mon goûter.

Ce matin la bonne humeur et les instants volés, le dernier baiser dans l’entrée de l’école, et le clin d’œil pour celui qui n’en veut plus, devant les copains.

A l’aube sur la brosse à cheveux, des blonds et des  châtains entremêlés.

Hier soir une tarte meringuée à la mirabelle à quatre mains et six bouches heureuses, avant le contrôle de la valise, déjà prête, elle n’a plus besoin de moi, alors les échanges pour de rien, assises sur le sol moutonneux de sa chambre.

Hier après-midi il arrose les semis qu’il vient de m’aider à faire.

Hier midi mangera-t-on dehors et puis finalement non, pourtant.

Dans la nuit je suis rentrée, elles ont ouvert les yeux et tendu les bras pour m’enlacer.

Le métro, la foule, le train, la voiture, la campagne, maison, douce maison.

Les amies, les gourmandises, les bulles, les rires, les confidences, les joues rosies et les sourires niais, le vernis et la dame qui me demande si je ne fais jamais de manucures. Les enfants choupis.

Le soleil, la promenade, la découverte, ce n’est pas la saison des tomates mais bien du monstre Granouille, le bœuf au basilic et les liserons d’eau, les éclats d’or dans les yeux ces merveilles, se quitter mais pourquoi si vite.

Le train, les pages du livre et les larmes, promis, juré, plus jamais sans toi, on donnerait tout pour sécher des larmes de cinq ans, fussent-elles de crocodile.

Les joues chaudes et roses comme des pommes d’amour au quitté de la peau d’agneau.

La photo est de Louise ♥

L’envol du héron

 

Je lis en ce moment L’envol du héron, de Katharina Hagena. J’avais profondément aimé Le goût des pépins de pommes, son précédent opus,  sans doute pour cela ai-je voulu persévérer malgré les cinquante premières pages qui m’ont laissée de marbre, étrangère.

Et soudain, page 66, ces quelques phrases, que je pose ici pour mon amie C., parce que mes mots ne suffisent pas. ♥

 

Je craignais aussi ce monde subaquatique dans lequel on s’enfonce pendant la grossesse et d’où l’on ne ressort plus pendant des années. Tout est atténué, sons, couleurs, odeurs, tous les gestes sont ralentis par la résistance de l’eau. Comme si l’on vivait avec son enfant dans une gigantesque poche des eaux. Le retour à la surface est douloureux, on a les poumons qui manquent d’exploser, le soleil vous éblouit, les bruits vous déchirent les tympans et l’on est saisi de vertige.

 

Page 118, une autre clé, pour nous, mères, face à l’adolescence de nos filles.

 

L’astuce consiste à mettre à profit le fait que la situation pourrait être ou devenir encore pire au lieu de le retourner contre soi. Je n’y arrive pas toujours.

 

C’est clair, limpide, évident. A se répéter face à la dernière porte qui vient de claquer.

 

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L’envol du héron, Katharina Hagena, Editions Anne Carrière

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On devient ce que l’on mange

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Hier, je suis allée retirer ma première commande à La Ruche qui dit oui!. J’ai eu un peu l’impression de pénétrer dans une secte, d’autant que la distribution avait lieu dans une cave (comprendre: un local sombre dans les remparts d’un château). La secte du bon miam local, quoi.

J’ai été élevée au bon grain et au grand air. Les bonnes années, celles où il ne neige pas jusqu’en mai et que la conjonction lune en gémeaux est favorable et non incompatible avec mes cours de poney, j’aime planter mes salades, courgettes, tomates, radis et autres fraisiers dans mon jardin. J’ai un amour sans borne pour les cucurbitacés qui me font le plaisir de pousser tout seuls et sans trop d’entretien. A l’inverse des tomates qui trouvent toujours le temps trop sec, trop mouillé, trop chaud ou pas assez, bref.

Tout ça pour dire que je préfère manger moins, mais manger mieux. Et si possible, en sachant d’où vient ce que je mange, et comment il a été produit. Plus encore, je suis attentive à ce qui arrive dans l’assiette de ma progéniture. Plus ça va, et moins le supermarché est mon dada.

Notre alimentation a évidemment des retombées sur notre santé, et ce n’est pas qu’une question de poids.

Il y a quelques jours, une amie chère m’a proposé de donner un tout petit peu de mon temps pour participer à une grande étude internationale sur les relations entre la nutrition et la santé. L’objectif est d’atteindre 500.000 participants pour aider la recherche publique à comprendre les déterminants des comportements alimentaires. Pour l’instant, un peu plus de la moitié s’est portée volontaire. Et toi?

Quels sont les liens entre l’alimentation et le risque de maladies ?  Quelles sont les conséquences lorsque nous mangeons sous le coup de l’émotion ?  L’alimentation a-t-elle un impact sur le sommeil ?  Le Bio est-il meilleur pour la santé ?

Concrètement, il s’agit dans un premier temps de répondre à quelques questionnaires. Cela prend environ dix minutes. Ensuite, notre comportement alimentaire sera étudié sur trois jours non consécutifs. Chaque année pendant cinq ans, un petit mail dans ta boîte viendra te rappeler de répondre à nouveau à ces questions.

Rejoins-moi!

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(Billet évidemment NON sponsorisé)


Les jolies robes des jours heureux

Il y a des dimanches qui sont inversément proportionnels au vernis à ongles qu’on a posé la veille un peu fébrilement, justement parce qu’on voulait qu’il soit impeccable.

Il y a des dimanches qu’on attend avec impatience, et puis tout d’un coup ils sont là et on n’a rien vu venir.

Il y a des dimanches qu’on a imaginés, qu’on a préparés depuis des mois, qu’on a espérés jusqu’au bout.

Le soleil était de la partie, les jolies robes d’été défroissées,  à nos pieds les sandales pour la première fois de l’année, la route était longue mais si jolie le long de la petite rivière qu’on aurait voulu continuer à suivre ses méandres et retenir encore un peu le moment des retrouvailles et de la joie.

Il y a des dimanches où rien n’est feint. Il y a des dimanches où nous sommes simplement heureux d’être là, tous ensemble à nouveau et encore, au nom du passé, de l’amour donné et jamais repris, même s’il a pu nous arriver d’en douter.

Il y a des dimanches où tout est simplement parfait, tellement parfait qu’il n’y a rien à en dire.

On a sans doute parlé bien trop fort, chambré l’un ou l’autre, soigné une égratignure, plié bien trop vite une chasse au trésor, essuyé une moustache de chocolat, remonté la tyrolienne quelques centaines de fois, tenté de s’envoler sur les balançoires, pris des centaines de photos pour ne surtout rien oublier des jours heureux.

Parlé du futur, obstinément. De la vie, tout simplement.

Il y a des dimanches « qu’on a tellement préparés, et puis qui passent si vite, comme une journée de mariage », a dit ma mère, toute à son bonheur de nous voir réunis et hilares.

Soixante-dix ans fois deux, ce n’est rien du tout.

 

La jolie robe à flamants roses vient de chez Zara :-)