Et ma main tu la sens?

Il y a tout ce passif que nous traînons depuis des générations.

Il y a aussi ce passif que eux traînent, et qui les autorise, pensent-ils, à faire des réflexions que nous ne nous permettrions jamais.

Des proches.

Je n’aime pas quand tu as les cheveux courts.

Je n’aime pas quand tu mets cette jupe.

Tu ne vas pas avoir froid comme ça?

Des moins proches.

Tu prends l’escalier? Tu as raison, après quatre enfants, le corps se relâche un peu!

(Et ma main molle dans ta tronche, tu la sens?)

Non mais franchement, pour une fille qui a quatre gosses, t’es vachement bien conservée quand-même.

Y a tant de filles qui se laissent aller une fois qu’elles ont des enfants.

Il te fait un beau cul, ce jeans.

Elle est sympa, cette jupe, hehehe.

Alors je vais vous dire, les gars.

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VOS GUEULES.

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Si vous ne voulez pas qu’on vous parle de vos poignées d’amour et de vos chemisettes, de vos coupes de cheveux improbables (voire de votre calvitie naissante) et de vos mariages de couleurs aléatoires, de votre ceinture abdominale qui tient plus du fût de bière que de la tablette de chocolat, fermez-la.

C’est même pas que c’est déplacé, c’est que ça n’a pas lieu d’être, point barre. Même pas pour rire. Même pas en rêve.

Y en a marre. Vraiment.

Nous ne sommes tout simplement pas des objets, nous ne sommes pas votre chose, nous ne sommes pas votre propriété.

Allez faire la vaisselle, plutôt, on ne pourra pas s’empêcher de couiner de bonheur. Rien à faire, on a toujours du mal à se faire à l’idée que c’est juste normal.

 

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Remember

Il y a quelques années, Joli-Papa achète une nouvelle compagne et rencontre un téléphone portable, ou l’inverse, peut-être. Je ne sais plus lequel des deux veut en mettre plein les yeux de l’autre, mais pour le coup c’est sur l’île du Frioul qu’ils y chopent tous les deux plein de sable et d’embruns (la mer était agitée). Tout content de ses deux nouvelles acquisitions, avec l’un il photographie l’autre et envoie le cliché sans commentaire au Jules, qui, toujours élégant, lui répond à peu près en ces termes:

 

Vous êtes bien charmante mademoiselle, mais je crois que vous faites erreur.

 

A son père, donc. Dans la famille, on a le lol dans les gênes.

***

La Collégienne est allée à sa première boum. On peut déduire deux choses de cette phrase. Premièrement que je dis boum si je veux, n’étant pas encore prête à ce qu’elle aille en soirée, encore moins à une party (si ce n’est une pyjama-party). Deuxièmement que prends-toi ça dans la face, elle n’a plus trois ans et demi.

C’était une boum déguisée, j’avais esquivé toute tentative de plante-toi-les-aiguilles-yourself-dans-les-doigts jusqu’à ses douze ans et huit mois, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai dit que nous allions faire son costume nous-mêmes. En même temps, elle a légèrement passé l’âge d’aller danser en Casimir, je ne prenais pas de gros risques.

Moins de vingt-quatre heures avant l’échéance (j’aime vivre dangereusement),  je fis de mes fines mimines à moi toute seule ma première microjupe noire à sequins, pendant qu’elle peignait soigneusement son tish.

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Objectivement, elle déchirait, avec ses jambières violettes, ses lunettes à paillettes que Valoche voudrait les mêmes, et sa crinière de lionne. Tellement canon que je me dis qu’il faut que je montre ça à quelqu’un, et j’envoie ma vie, mon oeuvre à Ginie assorti d’un laconique et tonitruant

 

BABY REMEMBER MY NAME.

 

Hum. Ginie, toujours élégante, nous gratifia d’un

 

Non, je ne remember pas ton name.

 

Elle a perdu mon numéro au fond d’un jacuzzi, c’est tout ce qu’elle a trouvé pour s’excuser. (Ca me donne une furieuse envie de faire des blagues téléphoniques 2.0.)


Fleur bleue

J’écoute la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorjak hier soir et je suis dans les plaines herbeuses, chevauchant des jours derrière un troupeau à mener, le linge froissé capitulant sous mon fer sans même y penser pour rejoindre les paniers alignés.

Il a encore plu une bonne partie du week-end et nous avons guetté un rayon de soleil pour sortir, la petite dans mon dos, les autres dans leurs bottes, leurs bottes dans la gadoue des fossés, le bonheur est décidément dans les prés.

Ma mère fait le printemps aussi sûrement qu’une hirondelle, « la vie est belle » m’a-t-elle dit en me racontant son fou-rire nocturne, et les grues qui reprennent bruyamment la direction du nord ne la font pas mentir.

Nous sommes comme sonnés, les vacances sont là et nous n’avons rien vu arriver. La vie soudain ralentit et se fait plus douce, comme mes pointes de pieds sur le carrelage pour ne pas les réveiller en partant travailler ce matin.

Il fait gris, si gris encore et pourtant la Pili-Pili m’a cueilli ces minuscules fleurs bleues que je n’avais même pas remarquées. Est-ce parce que ses yeux sont plus près du sol ou parce que son âme d’enfant est restée plus près de la beauté?

 

fleursbleues


Futilité

Elle a repris ses quartiers d’hiver, un petit tour de manège encore, puisqu’il le faut bien, puisque la seconde vie qu’on lui a offerte sera moins légère que la première.

Une fois encore la famille est sur le pont, on organise la veille. La différence, c’est que cette fois c’est elle qui mène la danse. Commande à distance la gestion du frigo, décide le menu de la fête dans un mois, donne les instructions, interdit les visites.

Puisque je suis loin, puisque ce n’était pas prévu, je l’appelle ce matin pour prendre des nouvelles. Ma mère va bien. Elle a fait changer la couette marron pour une jaune, « parce que tu comprends, j’avais l’impression de faire du camping. Là, c’est printanier au moins ». Elle voulait pas qu’on repeigne la chambre non plus ?

Tant qu’il y a de la futilité, y a de la vie, moi je dis.

 


Quelques minutes dans mes bras

Hier soir, j’ai tenu un nouveau-né dans mes bras. Bon, il avait un mois, il était encore tout neuf et bien mignon. Encore une fois j’avais oublié que c’était si petit, un petit d’homme.

Ca sent si bon un bébé, sous son duvet le crâne tout chaud, dans son pyjama les minuscules pieds. J’avais cru qu’on ne se vaccine jamais contre ce genre de choses –le nourrisson est malin. Il m’a aidée, le pauvre : il a beaucoup pleuré.

Et moi, j’étais là impuissante, avec mes jolies idées. J’ai donné mes bras, j’ai proposé l’écharpe, j’ai massé, chanté, câliné. Oh comme je savais combien les premiers temps sont difficiles quand un bébé arrive avec le mode d’emploi en chinois. Comme j’ai essayé de les encourager, de leur dire comme je comprenais leurs yeux fatigués et leur mine presque déçue. Comme je me suis maudite de ne servir à rien qu’à leur dire ma compassion, pendant qu’on éclusait tous le planteur en cherchant en vain une solution.

Comme c’est moche de voir un tout petit souffrir sans pouvoir répondre et le soulager. Alors j’ai juste dit que j’avais des bras et tellement d’enfants qu’un de plus ou de moins ne ferait pas la différence, que je n’étais plus à quelques pleurs près, s’ils avaient un furieux besoin de calme chez eux, quelques heures, ou une furieuse envie de le passer par la fenêtre, quelques secondes.

En les laissant à leurs doutes, je me suis sentie bien misérable. Vraiment.

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