L’adieu

Je remonte le petit chemin et mes talons claquent sur le pavement. Les cerises ont été toutes mangées, les merles ont eu leur part –généreuse-, et les vaches sont rentrées à l’étable tandis que le froid s’installait. Le jardin a pris ses allures d’hiver. Les parterres ont été nettoyés de leurs fleurs fanées, le foin une dernière fois coupé dans le champ.

Je pousse doucement la Collégienne devant moi, elle a tenu à m’accompagner, et nous entrons dans la pièce baignée de lumière que nous connaissions si bien.

 

Vous voulez des bonbons ?

 

On entendrait presque sa voix. Lucette accueillait tous les enfants comme les siens, petits et arrière-petits-enfants. Mais aujourd’hui Lucette dort. Nous chuchotons pour ne pas la réveiller, mais nous savons toutes les deux qu’elle ne nous entend plus. Elle a reçu des fleurs pour sa fête, la semaine dernière. Elles fanent doucement sur le rebord de la fenêtre, tout comme elle, à côté des lettres de Scrabble que nous utilisions pour communiquer. S.A.N.T.E. a été son dernier mot, compte triple sur le petit plateau du déjeuner.

 

Quand je partirai, il ne faudra pas me pleurer. J’aurai eu une vie bien remplie, de joies et de peines. J’aurai fait mon temps, m’avait dit Lucette le jour de ses  quatre-vingt-dix printemps.

 

Je lui avais répondu qu’elle était immortelle. Elle avait ri. Les enfants avaient mangé du gâteau. Elle se souvenait des jours où j’avais traversé le jardin pour lui présenter chacun d’eux à mon retour de la maternité, enveloppés dans la couverture au crochet.

Une vie.

Je prends sa main valide et la caresse doucement. Au revoir, Lucette.

Dehors, le froid nous saisit, et le soleil nous pique les yeux. Nous redescendons le chemin pour la dernière fois, nous le savons. Quelques heures plus tard, Lucette s’est endormie pour de bon, sereine et paisible.

 


Double peine

Il a tout juste trente ans. Il dit qu’il vit avec son temps, et que le jour où il aura des enfants, il prendra peut-être sa part de congé parental *, du moins, il y réfléchira, il sait bien que le chef n’y sera pas indifférent. Mais porter le nom de son épouse, ou l’accoler au sien, ah, ça, non, il lui est impossible de se faire à cette idée.

Je dis que nous n’avons pas le choix, que la nature est ainsi faite. Que parfois, ce serait bien que les pères portent les enfants, ils réaliseraient alors que les discriminations que les mères subissent au travail du fait de leur maternité sont une double peine avec l’aspect physique de la reproduction de l’espèce.

Il a trente-cinq ans. Il est papa depuis quelques mois. Sa femme n’a repris le travail qu’à mi-temps. Il trouve cela normal. Elle gère. Il fait carrière.

Je dis que c’est très bien s’ils sont d’accord. Je dis que je ne suis pas sûre qu’elle se soit vraiment posé la question de savoir si elle est d’accord, justement.

Ils disent que c’est normal de faire des choix. Qu’une femme qui choisit d’avoir plein d’enfants, elle sait qu’on ne lui proposera pas de grosses responsabilités. Que si elle veut faire mumuse avec la hiérarchie, elle n’a qu’à pas faire d’enfants.

Je dis « pourquoi ? ». Je dis que ces enfants ne se font pas tout seuls. Je dis que je ne vois pas pourquoi nous sommes plus concernées qu’eux. Je dis que je connais des patrons qui ont plus d’enfants que moi. Je dis qu’on ne demande pas aux hommes combien ils ont d’enfants lors de l’embauche. Ni s’ils en veulent. Contrairement aux femmes, même célibataires. Je dis que je ne vois pas le rapport. Je dis que chaque personne, homme ou femme, a ses raisons personnelles de vouloir évoluer dans son boulot, ou pas. Qu’on est assez grandes pour faire nos choix toutes seules. Et que j’en ai marre qu’on me dise ce que je suis ou ce que je veux parce j’ai des enfants.

Ils ont la trentaine, ils sont pétris de certitudes patriarcales.

Je dis qu’à force de répéter, un jour ils vont entendre ?

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*6 mois pour chacun des deux parents, ici


Bain douceur, mode d’emploi (cadeau)

Dans mon coin, la Sibérie nord-orientale, la nuit tombe sur le coup de seize heures dès la mi-novembre, et la température à l’extérieur des igloos motive les habitants à fermer les volets,  à se rouler dans les couvertures chauffantes, voire à se plonger dans des bains brûlants.

Mais faudrait pas croire qu’on est rustiques, et qu’on se sèche le poil à la peau de phoque. On fait les choses bien.

1. On colle les gosses devant un DVD (la cave est déconseillée en hiver). On verrouille la porte.

2. On choisit une bougie parfumée naturellement, 21 fragances venues de Grasse.

bougie-parfumee-made-in-france-la-belle-toilette

21 couleurs pour 21 parfums

3. On choisit son savon artisanal nourrissant et hydratant enrichi en huile d’amande douce, fabriqué en Provence avec des parfums naturels

savon-artisanal-made-in-france-la-belle-toilette

10 couleurs pour 10 parfums

4. On prépare une serviette toute douce, ultra moelleuse et qui ne fait pas semblant de sécher, 100% coton peigné, coloris assorti au carrelage de la salle de bains (ou à son blog, hu hu)

serviette-de-bain-Vert

24 couleurs pour autant de moelleux

5. On ferme les yeux et on savoure. On ne fait PAS la liste de courses, ni le menu du réveillon avec Belle-Maman, par exemple.

LE CADEAU, LE CADEAU!

La Belle Toilette  m’a proposé de choisir un produit de mon choix. Le temps que je me décide parmi tous ces coloris, mon bain avait refroidi. Alors c’est pour toi. Tu vas visiter le site de La Belle Toilette, tu reviens me dire en commentaire ton produit préféré et surtout sa couleur, tu as jusqu’au jeudi 28 novembre 2013 minuit, et je tire au sort le gagnant d’ un bon d’achat de 50 € sur tout le site La Belle Toilette.

Edit: C’est le commentaire n°13, Chiawaze, qui remporte le bon d’achat de 50€! Bravo!


Fin novembre

La clé tourne doucement dans la serrure et elle se raidit, imperceptiblement. L’enfant dans ses bras fige son sourire et l’interroge de ses yeux muets, si verts, les mêmes que ceux de sa mère.

Il entre. L’enfant est prête, elle l’embrasse et la pose dans sa coque, l’harnache, se concentre sur la tâche pour ne pas penser, surtout ne pas penser, ne pas trembler, ne pas lui montrer qu’elle a peur.

Elle va dans la cuisine chercher les biberons, les petits pots qu’elle a préparés pour le week-end. Il la suit, s’arrête dans l’ouverture de la porte. Elle veut ressortir, il ne bouge pas. Elle ne comprend pas. Il ne dit rien. Machinalement, elle protège son visage d’une main, pendant que l’autre tient le petit sac isotherme, et passe la porte, alors qu’il ne bouge toujours pas.

Sa main s’abat, et avec lui la puissance de son bras. Il a cru qu’elle allait le frapper quand elle a levé la main au dessus de son visage, alors il l’a devancée.

Soudain tout est noir. Dans sa coque, au salon, l’enfant hurle.

Il s’arrête enfin, la laissant à terre, saisit la coque, le sac,  et disparaît dans le couloir.

Elle reste seule avec ses larmes, et le doudou tombé par terre dans l’entrée. Elle se traîne jusqu’à lui, le ramasse, le respire, il sent le bonheur brisé d’un bébé.

On peut aussi lire ceci, ou encore regarder ça:

 

[youtube=http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=wokOgLqdtf4]


Nez

Je suis la fille qui peut instantanément se rappeler des vacances au ski de 1993 en reniflant la crème de jour qu’elle utilisait à l’époque.

Je suis la fille qui au hasard d’une rencontre olfactive se téléporte à des milliers de kilomètres, des dizaines d’années en arrière.

Je suis la fille qui sourit le matin dans sa salle de bain: ce parfum,  je l’avais déjà utilisé en 2008. A Madagascar.

Je suis la fille qui se rappelle du parfum d’une rose dans le jardin de Trianon, en 1980 environ. Je me rappelle l’avoir respirée, profondément, pour ne jamais l’oublier.

Je suis la fille qui se rappelle de l’odeur de vapeur de lessive qui s’échappait d’une cave sur le chemin entre l’école et chez ma grand-mère, chaque mardi.

Je suis la fille qui oublie les visages au bout de quelques secondes mais peut passer une demi journée à se dire: bon sang, où ai-je senti cette odeur, sur qui, bon sang!

Je suis la fille qui sait si les gens fument ou s’ils font sécher leur linge dehors, où le Jules a mangé à midi et chez quelle copine la Collégienne a passé l’après-midi.

Je suis la fille qui se rappelle de l’odeur de l’antibiotique des années 1980, et puis celle du cirage dont mon père enduisait les chaussures de la famille chaque dimanche après-midi, en rang sur le papier journal disposé sur la table de la cuisine.

Je suis la fille qui sait l’odeur de la mer en Bretagne et celle de la Méditerranée, celle de l’enclos des flamants roses du zoo d’Anvers et puis l’odeur de la locomotive diesel qui laisse des traces sur le basalt. Celle de la bibliothèque de mon enfance et celle de la chambre de bonne de Mademoiselle Fernande, au dessus de la banque.

Je suis la fille à qui l’odeur des gaufres rappelle instantanément les jurons paternels et les larmes maternelles – le gaufrier hérité de ma grand-mère datait d’avant l’invention du teflon.

Je suis la fille qui peut penser très présicément à l’instant même à l’odeur de la nuque de chacun de ses enfants.

Je suis la fille qui peut évaluer la température d’un biberon à l’odeur du lait. Je suis la fille qui sait l’odeur de la première pluie après la sécheresse, de la forêt en automne et de l’hiver qui n’en finit pas.

Pour autant, ce n’est jamais moi qui détecte une couche moisie, une fuite de gaz ou  une béchamel qui accroche. J’ai, somme toute, un très mauvais odorat. Mais une mémoire proustienne, sans doute.

 

 

 

Le talent (et la photo) c'est Louise.

(Je crois que Louise aussi ♥)