Armelle et l’Eléphant de porcelaine

Lucie est à l’aise avec son corps tant qu’elle est seule à le regarder. Ou à la rigueur à la piscine avec ses mamies préférées et le prof d’aquagym. Ou encore à la plage, avec tout un tas de monde qu’elle ne connaît pas et dont elle se moque. C’est beaucoup plus difficile lorsque l’intime entre en jeu. Savoir que ce garçon dont elle semble tomber amoureuse puisse la voir nue et la toucher la pétrifie.

 

 

Armelle, c’est la Grosse Blonde Paresseuse. C’est pas moi qui le dis, c’est elle. La grosse blonde paresseuse, c’est le petit nom d’une laitue, pour les citadines. Et c’est un pseudo plutôt pas mal trouvé, pour une fille très nature. Chez Armelle, on parle de trucs glamours qui ne nous arrivent jamais à nous les princesses. On dit des gros mots quand ils s’imposent. On appelle une grosse une grosse, et une pétasse une pétasse. On parle de tour de cuisses, mais surtout de boobs, ça a fait le buzz jusque dans ELLE. On parle de séduction, d’être belle quel que soit le pack de départ offert par Dame Nature. De se sentir belle, surtout.

 

Le livre d’Armelle*, ce n’est pas un condensé de son blog. Armelle, avant d’avoir un blog, elle avait déjà un ordinateur, sur lequel elle noircissait inlassablement des pages de l’histoire de Lucie.

 

elpor

 

Lucie est libraire culinaire dans le centre de La Rochelle. Elle adore cuisiner, abuse parfois des bonnes choses et c’est bien là le problème. Lucie est grosse. pas ronde, ni forte, ni pulpeuse. Elle déteste ces détours polis destinés à ménager les susceptibilités. Non, elle préfère dire grosse. Et elle assume… la plupart du temps. Accro du shopping et du make-up, elle excelle dans l’art de se mettre en valeur pour faire oublier ses rondeurs. Mais comme nous toutes, Lucie n’est pas tous les jours sûre d’elle. Entre désir de plaire et complexes tenaces, Lucie va faire une rencontre qui risque bien de bouleverser sa vie.

 

J’ai posé dix questions à Armelle pour savoir ce qu’elle porte dessous, sans complexe.

 

Lucie a un cœur d’artichaut, est-ce pour cela qu’elle vend des livres de cuisine dans sa boutique ?

 

Lucie a un cœur d’artichaut, des seins comme des blanc-mangers coco, la fesse en jelly, des lèvres cerises, un ventre chamallow. Donc oui, fallait trouver des recettes pour associer tout ça correctement sans que ça vire gloubiboulga (seules les largement plus de 30 ans vont comprendre cette référence).

 

 

Je viens à l’improviste éponger mon chagrin dans ta cuisine, que me prépares-tu de bon ?

 

Mince, les repas à l’improviste ne s’accordent pas forcément avec ma répulsion profonde du ravitaillement. Mais je peux facilement faire un curry de pois chiche avec du riz coco (parce que j’ai tout ce qu’il faut, souvent). Et une Vodka Orange. Ben si, ça va ensemble et puis ça éponge vachement bien le chagrin.

 

 

Avoue, Thibaut, ce gendre idéal, c’est un peu ton Crapaud Poilu, non ?

 

Honnêtement, non. Je n’ai pas pensé à lui en créant ce personnage parce que lorsque j’ai écrit le livre, mon p’tit chou n’était pas encore aussi… ado. Thibault, c’est plus un mix de copains, de mes cousins plus jeunes. Tu trouves qu’il est idéal comme gendre ? … Pas comme amant ? 😉

 

 

Ton livre balaie tous les clichés. Chez Lucie, c’est un peu l’auberge espagnole. Pourquoi est- elle si indulgente avec les autres alors qu’elle l’est si peu avec elle-même ?

 

Ta question remue pas mal de choses au fond de mon moi-même. Sans doute parce que cet aspect-là de Lucie est proche de moi (avec la taille de son cul), et que je n’en avais pas conscience avant de lire ta question… En vrai, même si je suis un peu la Queen des langues de putes, j’ai aussi l’indulgence bien ancrée. Je ne trouve jamais que quelqu’un est complètement « moche » ou « stupide », je trouve toujours des yeux charmants, un fond de gentillesse, quelque chose à mettre dans la colonne des plus. Lorsque je me juge, c’est plus compliqué pour moi d’être indulgente ou en tout cas, c’est par période. Blonde paresseuse en a parlé il n’y a pas longtemps : il faut s’astreindre à chercher les bons côtés, même si certains matins, c’est plus compliqué que de trouver un McDo sur Koh Lanta.

 

 

Lucie rêvait d’ouvrir sa boutique. Tu rêvais de publier ton livre. La pugnacité, c’est dans la famille ?

 

Attends, je vais vérifier ce que ça veut dire (interlude…)

Pugnacité, c’est comme combativité. Bof, j’ai pas l’impression. En tout cas, pas tout le temps. De temps en temps, je me sens prête à tout (j’allais écrire « déplacer des montagnes » mais franchement ça sert à rien de déplacer des montagnes, on s’ferait chier pour rien). Et certains jours, je me sens juste comme un petit tas de cendre. L’avantage, c’est que je change d’humeur comme de vernis à ongles donc… ça ne dure pas !

 

 

Lucie a un sacré gang de copines à-la-vie-à-la-mort. A part Thibaut, peu de personnages masculins trouvent grâce à tes yeux. C’est un peu le girl power dans ton livre, non ?

 

Ouais. Parce que comme dit la grande philosophe Beyoncé « Who runs the world ? GIRLS ! ». Mes amies sont importantes, elles sont mes piliers, mes béquilles et ma vie serait chiante sans elles. Elles sont toutes différentes et m’apportent toutes quelque chose de particulier. J’ai des copains aussi, des vrais, des costauds… mais on parle moins souvent de problèmes fondamentaux comme les bienfaits de l’épilation intégrale pour avoir un cunnilingus digne de ce nom (ceci étant, ils auraient certainement un avis sur la chose) (les canaillous).

 

 

La fin, est comment dire… piquante. Si on te supplie « LA SUITE, LA SUITE ! » tu te lances ?

 

Vas-y, supplie pour voir… Tu es convaincante mais … c’est pas gagné. D’abord, j’aimerais trouver un vrai éditeur pour celui-ci 😉 Et ensuite, si je me décide à écrire un autre roman, je ne suis pas certaine que ça sera la suite des amours de Lucie. A la fin du livre, chacun peut imaginer l’évolution de la vie des personnages de façon différente et c’est donc potentiellement une source de déception en fonction de ce que j’écrirai. J’ai pas envie de te décevoir, mon p’tit chat.

Éventuellement, si je m’y recolle,  je ferai un prequel. Ça en jette de coller un mot comme ça dans la conversation, je trouve, et j’ai pas souvent l’occasion. Donc j’écrirai sur Lucie… avant, plus jeune. Ado peut-être ? 😉

Et puis réecrire un roman signifierait mettre Blonde paresseuse entre parenthèses et… j’ai pas trop envie ! Tout peut changer, rien n’est définitif, rien n’est écrit (au propre comme au figuré).

 

 

Avec ce livre, et après le succès de ta mosaïque de boobs, as-tu conscience que ton livre ne raconte pas seulement l’histoire d’une grosse (Lucie revendique le terme), mais celle des femmes en général ?

 

Nan, j’en n’ai pas conscience. J’avais surtout envie de raconter l’histoire d’une grosse fille, de sa vie, de ses complexes plus ou moins assumés et je suis contente que certaines puissent y retrouver des choses familières. Ce qui m’a fait rigoler, c’est quand une copine de bureau m’a dit que le passage dans lequel elle s’était le plus reconnu était celui de Lucie et sa balance. Alors qu’elle flotte dans un 36. Comme quoi, les soucis des filles sont souvent les mêmes, peu importe la morphologie…

 

 

Donne nous ta meilleure adresse gourmande à La Rochelle ?

 

The best of the best : Christopher Coutanceau. Deux étoiles au Michelin et si t’as un beau cadeau à te faire, sans déconner, c’est topissime… mais pas souvent !

Sinon, je viens de découvrir Ragazzi Da Peppone, un italien bien goûtu avec des pâtes à tomber.

Et en asiatique : Pattaya ou mon p’tit préféré Cyclo-pousse Saïgon : toujours délicieux,  pas cher et … délicieux !

Mince, tu n’en voulais qu’une peut-être ?

 

 

Lucie symbolise l’appétit de tous les sens. Et toi, fromage et/ou dessert ? (c’est le moment de te lâcher)

 

Pas ou. Fromage ET dessert.

Comté, Roquefort, Brie de Meaux, Munster, Chaource, Parmesan, Mimolette vieille, Rocamadour, Camembert, Chèvre frais ou cendré, Cantal, Morbier, Gorgonzola, Maroilles, St Nectaire, Reblochon, Vache qui rit. J’aime tout.

Desserts… je suis plus chiante mais je n’envisage pas de finir un repas sans une touche sucrée. Ok pour tout ce qui est aux fruits (sauf le melon). Ok pour tout ce qui a de la chantilly. De moins en moins des trucs au chocolat (le mi-cuit, j’en peux plus)… Bof la glace. Oui les tartes. Et mes deux gâteaux de boulangerie préférés (impossible d’en choisir un seul) : Millefeuille et St Honoré. Ou l’inverse.

 

 

*Armelle Beuzit-Adam, Un éléphant de porcelaine, à commander sur Lulu.com, 11,01€

Un roman pas compliqué, l’histoire d’une grosse fille et de ses amours souvent contrariées, de sa vie oscillant entre le désir d’être une fashion-victim et la réalité de ses mensurations.


Paris go-round

Il y a eu le train et c’était déjà les vacances. Le métro ne semblait même pas sale, les lunettes roses sans doute. Et puis elle, si jolie, pieds nus sur le trottoir devant la petite grille, notre tornade qui investit la jolie maison.

Les cris de joie, quand pour la première fois ils l’ont vue, leur Dame de Fer tant rêvée. Les bateaux, d’où il est plus fascinant d’observer le ballet des barges de sable que la verrière du Grand Palais ou la façade du Musée d’Orsay. Sur le Champ de Mars ils préfèrent les aires de jeux, sur les Champs Elysées les rappeurs reubeus. Ils sont heureux, Paris est à eux et leur Paris est le mien.

L’accueil chaleureux de J. et O. qui m’émeut, les enfants qui investissent chaque parcelle de leur maison comme s’ils étaient chez eux, et toujours leur sourire et leurs jeux.

La Tour Eiffel, enfin, dessous, dedans, dessus et leurs coeurs qui battent un peu plus fort. Notre-Dame, les moineaux apprivoisés et les vitraux ensoleillés. Les crêpes, l’amitié, les sourires encore, les jolies âmes. Les sushis, inévitables, et les rires en attendant le livreur, à notre tour, pieds en chaussettes sur le trottoir à pas d’heure.

Les jardins du Château de Versailles et quelques instants debout, seule, sous les applaudissements des Japonaises, avant de retrouver l’écharpe et la sieste pendant que nos pieds n’en finissent plus de s’user. Les goûters sortis du sac pour les pauses ensoleillées, le cadeau de l’été indien.

Trois jours à Paris joli.

Merci.

 

eiffel

 


Un an de lavables

Quand j’ai passé commande d’Ultime, comme c’était mon quatrième enfant, je me suis dit qu’il fallait un peu varier les plaisirs, renouveler le lol, faire de nouvelles expériences  et j’ai coché les cases

-crapahute à quatre pattes

-est disposé à tenter l’allaitement long

-intolérant au lactose  (Là j’ai pas fait exprès, j’ai rippé,  j’ai pas vu la case « fait ses nuits à trois semaines », c’est super ballot.)

-refuse de porter des chaussures

-porte des couches lavables

J’avoue. J’ai toujours dit que le plus important, c’est ce que tu mets dans la tête de tes mômes, un peu moins ce que tu leur mets dans l’estomac, et définitivement moins ce que tu leur colles aux fesses. Ca m’a pas empêchée d’avoir envie d’essayer – surtout que tout le monde me le déconseillait (argument généralement décisif en ce qui me concerne) (tout le monde est généralement bien intentionné).

J’ai donc passé la fin de ma grossesse à benchmarker frénétiquement. A me renseigner. A questionner. Pour un quatrième et a priori dernier enfant, tu n’as pas trop envie de tâtonner pour trouver ce qui te convient, et convient à ton bébé, en te disant que ça servira bien toujours au suivant. Non, niet, nenni, c’est fini j’ai dit (d’ici à ce que j’ai récupéré mon quota de sommeil réglementaire, je serai ménopausée depuis longtemps).

Mon cahier des charges était simplissime: les couches devaient convenir à la morphologie d’Ultime, et être faciles à utiliser – j’aurais eu du mal à convaincre le Jules puis la nounou s’il fallait un CAP Petite Enfance pour s’en sortir.

Ca tombe bien, le site Eco-Bébé propose un kit d’essai à composer soi-même. Dedans, plusieurs marques, plusieurs systèmes, que tu peux essayer (enfin, ton baybay) (note, c’est lui qui les salit, c’est pas lui qui les lave, le baybay est une arnaque à lui tout seul) tranquille, pour mieux choisir ce qui te convient ensuite.

J’ai choisi les BumGenius V4. Des couches TE1. Ca veut dire qu’il s’agit d’une couche-culotte avec une poche où l’on glisse un insert – ou deux pour la nuit – et c’est tout.

Je tourne avec trente couches évolutives à scratch, parce que j’ai décidé arbitrairement que ça s’ajuste mieux et que c’est plus facile à fermer sur un bébé modèle anguille.

PICT0111.JPG_effected

Concrètement, au bout d’un an d’utilisation, qu’est-ce que ça change? Rien, ou presque, mais en mieux, et c’est ça qui est cool.

-Je fais en moyenne deux à trois lessives de couches par semaine. Rapporté au nombre de machines total d’une famille de six: peanuts. Lavage à 60° avec prélavage quand c’est un peu cradopoulos, sinon, sans, avec une lessive bébé friendly.  Séchage indifféremment au soleil, au coin du feu, ou au sèche-linge.

-Plus jamais je pleure un samedi soir à 22 heures que le paquet de couches est vide.

-Plus jamais je peste au supermarché que mon caddie est plein juste avec un carton de couches.

-Je ne passe plus des heures à comparer les prix dans un rayon de cinquante kilomètres. J’ai investi une fois, j’ai déjà oublié le prix. Je change sans compter, sans me dire qu’elle a déjà dépassé le budget mensuel.

-Ultime n’a jamais eu les fesses rouges. Pas plus de fuites qu’avec des jetables. Un popotin un peu plus gros, mais amortisseur de chocs de casse-cou, ça compense.

-Il paraît que j’épargne à la planète je ne sais combien de tonnes de déchets. Je consomme un peu plus d’eau, mais dans ma région, on va dire que c’est pas ça qui manque.

Le truc en plus? Pour les sorties, j’ai demandé à Ariane, créatrice de mignonneries sous le nom de Silly&Billy de créer rien que pour moi ces mignons pochons à couches (le pochon pour les couches sales est doublé de plastique).

PICT0032.JPG_effected

Pour chez la nounou, des modèles plus grands, mais tout aussi choupis.

PICT0031.JPG_effected

Kit découverte offert par le site Eco-Bébé en juillet 2012 (no comment).


Papa où t’es? (demande à Christine Castelain Meunier)

Bande de parents, tu connais forcément le blog participatif Les Vendredis Intellos. Alimenté chaque semaine par des parents qui se posent des questions sur la parentalité dans tous ses aspects, et qui cherchent des solutions, des pistes de réflexions, des réponses à leurs interrogations à travers tous les ouvrages qui leur tombent sous la main.

 

Chorale fond gris format image

 

Pour aller plus loin, la seconde Rencontre des Vendredis Intellos aura lieu à Lyon, les 2 et 3 novembre prochains. Le thème choisi cette année est la co-éducation. Parce que même s’il arrive de faire un bébé toute seule, l’enfant grandit rarement seul.

 

 

Co-éduquer, co-éducation?? Ça veut dire quoi au juste?? 

Le terme n’est pas vraiment stabilisé, certains parlent d’éducation partagée, d’autres de communauté éducative… Wikipédia quant à lui réserve le terme co-éducation à l’apprentissage par les pairs pour les pairs…

Comme d’autres, nous avons décidé d’utiliser le mot Co-éducation pour illustrer le vieil adage « Il faut tout un village pour élever un enfant » et pour décrire la collaboration, coopération (ou tout simplement le partage) qui doit s’opérer entre ces différents « éducateurs » pour mener à bien leur action auprès de l’enfant.

 

Au cours de ces deux jours, différents spécialistes de la parentalité interviendront lors de conférences, débats, ou ateliers. Le programme est disponible ici.

Parmi ceux-ci, Christine Castelain Meunier, chercheure au CNRS, sociologue de la famille spécialisée sur la question des places et rôles parentaux. Elle a aussi été à l’origine du congé de paternité, de la proposition et de la création du livret de paternité, ainsi que de différentes mesures en vue d’un rééquilibrage des places, des rôles et des responsabilités entre les hommes et les femmes, dans le sens de la parité parentale. Elle vient enfin de sortir tout récemment un ouvrage sur une question voisine Le ménage: la fée, la sorcière et l’homme nouveau.

 

C’est quoi être père en 2013? En quoi est-ce différent de ce que nos parents et grands-parents ont connu? Comment se partagent les rôles entre père et mère autour de l’enfant? Comme se négocie la place de chacun? Comment celle-ci évolue-t-elle au fur et à mesure que l’enfant grandit? De quelle façon les pratiques de parentage dit « proximal » font-elles évoluer le rôle du père?

 

Autant de questions, et bien d’autres, qui se posent dans notre société où les repères sont plus que jamais flottants, remis en questions, et où le champ des possibles semble infini.

On me souffle dans l’oreillette que Lyon, contrairement à Paris, n’est pas le centre du monde. Ce qui ne t’empêche pas d’avoir envie de participer, même de loin. D’avoir des questions, toi aussi.

L’équipe des Vendredis Intellos te propose donc de participer à distance et de poser ici même en commentaire les questions que tu aimerais voir aborder par Christine Castelain Meunier. Parmi les questions proposées, une sera sélectionnée et posée lors des Rencontres. Tu pourras suivre les échanges en live  sur Twitter , et je donnerai la réponse de la spécialiste sur ces pages la semaine qui suivra les Rencontres.

Elle est pas belle la vie de parents?

 

 

 


J’ai écouté le silence

Le vent a séché la légère buée qui voilait mes yeux, j’ai repris la voiture et le chemin de la maison.

Il était fatigué de sa course d’endurance, elle avait un trou dans son collant de danse, elle avait faim.

J’ai mis la clé dans la serrure et enchaîné les gestes du soir, rôdés. Le repas, la douche. Les devoirs de l’un étaient faits, ceux de l’autre en cours. J’ai couché les petits qui ont sombré immédiatement, rappelé à la grande de me parler autrement. Je suis redescendue ranger la cuisine, préparer machinalement les sacs pour le lendemain, comme tous les soirs.

Mais ce soir un calme étrange régnait, son absence remplissait l’air. Ce soir il ne rentrera pas, demain non plus, et puis les autres jours, on n’a pas assez de doigts pour compter, m’a dit la Pili-Pili. J’ai dit non, c’est vrai, mais regarde, avec les orteils, on y arrive tout juste. Je me suis assise et j’ai écouté le silence. Avant d’aller me coucher j’ai glissé ma tête dans l’entrebâillement de la porte de leurs chambres et j’ai écouté leur respiration régulière. J’étais seule à veiller sur leur sommeil et la tâche m’a paru soudain immense.

Le Jules est parti escalader des montagnes, les plus hautes, les plus fabuleuses du monde,  et ce matin, je me dis qu’il a sans doute raison: nulle n’est infranchissable, si on met inlassablement un pied après l’autre.

Tout simplement.

annapurna-098