Miscellanées

Sous mon bureau il y a une crèche Montessori mais elle n’est pas jolie.

J’ai une petite fille qui tousse à pleurer et une autre dont le nez coule.

Parfois la vie est simple comme deux couches de vernis.

On veut libérer les femmes du voile en l’interdisant dans nos facultés et nos lieux publics, et on va finir par les enfermer à la maison tout simplement, parce qu’on est tellement bouchés.

Il y a cette amie chère dont le mail me hante. Il y a cette autre dont je n’ai plus de nouvelles.

Il y a la brume du matin et le soleil qu’on devine prometteur.

Il y a la fatigue, les bleus à l’âme et au corps.

Rien n’adoucit autant les moeurs qu’un gâteau au chocolat.

Tous ces gens qui meurent en faisant plus de bruit que les autres qui meurent aussi.

Il faut que je prenne ce rendez-vous, il faut que je prenne le temps d’un rendez-vous.

Samedi est un grand jour mais est-ce que je les reconnaîtrai?

Acheter un tutu rose pour une princesse blonde qui se rêve en petit rat.

Un jour j’aurai le temps mais aurais-je encore envie?

D’espoir en déception et de déception en espoir fou.

Les sandales oranges, encore une fois, avant.

L’automne.

 

brumes

 


Lucette

Lucette a de la chance. Elle a une jolie maison, avec un grand jardin. Des fleurs, dans le parterre juste devant la fenêtre. Des vaches, au bout. Et puis des cerises, quand les merles veulent bien lui en laisser. Lucette aime sa maison. Parfois, elle a habité ailleurs, pendant l’exode, et puis après, aussi, quand son mari est mort, mais toujours, elle est revenue à la maison, son port d’attache.

Lucette a eu beaucoup d’enfants. Elle en a enterré trois, adultes. Comment on se relève après ça? Lucette ne le sait pas – elle a toujours tenu debout. Droite, toute habillée de noir, le temps réglementaire. Après, la vie reprend, tout simplement. Aller de l’avant.

Lucette n’a plus tout à fait vingt ans. Mais toujours vingt ans dans sa tête, comme si elle allait partir danser. En vérité, Lucette a fêté ses quatre-vingt-dix printemps. Au milieu des bouquets de fleurs, en coupant le gâteau dont les enfants allaient mettre des miettes sur le tapis, elle a dit qu’il ne faudrait pas la pleurer, le jour où… Elle aurait eu une vie bien remplie. Elle aurait fait son temps. On a promis: Lucette, de toutes façons, est immortelle, intemporelle, on ne prenait pas grand risque.

Lucette n’est jamais seule. Quand un de ses enfants ou petits-enfants ne lui rend pas visite, elle a son ordinateur, le monde entier au bout des doigts. Les enfants se relaient pour entretenir le jardin, les petits-fils grimpent dans le cerisier, elle les regarde faire, se poussant du pied dans sa balancelle. Les voisins viennent prendre le café, les enfants les bonbons qu’elle insiste toujours pour leur donner devant leurs refus polis. Lucette, elle trotte, elle tricote, jamais elle ne radote. Lucette, elle donne envie de vieillir comme elle: de bonne humeur, en pleine forme.

Lucette a beaucoup de chance, vraiment. Ce matin-là, sa petite-fille est arrivée juste à temps, en traversant le jardin. Depuis, Lucette ne parle plus, est hémiplégique. Mais elle peut toujours regarder les fleurs de son jardin, à travers la fenêtre, et puis les vaches, tout au bout. Parce que Lucette a fait non des yeux, quand ils ont parlé de maison de retraite. Alors Lucette est rentrée à la maison, une fois encore, entourée des siens. Son port d’attache.

 

 


Sauf un peu vers la fin

Il y avait celui qui pensait en se rasant le matin. Il y a eu celui qui a refilé les gosses à garder à bobonne (oh, ça va), engraissé Dunkan et son coiffeur (tiens, je me demande s’il utilise des produits L’Oréal). Nous avions déjà celui qui sait que rien ne sert de courir, il faut partir à temps, du coup, ça fait un moment qu’il court, là. Nous avons désormais celui qui ne se présentera, selon ses dires, ce matin même, plus à aucune élection, sauf la présidentielle. Un jour. Monsieur Redressement Productif. On ne peut que lui souhaiter d’avoir redressé la France d’abord.

Moi, ça m’épate. Qu’on puisse avoir envie de ce poste. Le haut du haut de la hiérarchie. Déjà le poste de mon BigBoss, très peu pour moi. Ceux qui se rayent les dents sur la moquette épaisse du couloir de la Direction me laissent indifférente, vaguement amusée même, et puis reconnaissante aussi. Parce qu’il en faudra toujours pour faire les jobs de merde, qui ne sont pas toujours où on le croit. Plus haut tu montes, et plus tu te fais mal au cul quand tu tombes, est sans doute ma devise personnelle au travail. Faire mon job sans faire de vagues. Travailler pour vivre, et non vivre pour travailler. Sans aucune ambition, pourrait-on penser. Sauf un peu vers la fin du mois, quand même, je répondrais.

Plus encore, attendre patiemment son tour de manège, faire des plans pour 2017, ou 2022, ça force mon respect (un tantinet goguenard, j’avoue), quand moi, je ne sais pas encore ce que je fais pour Noël de cette année.

Heureusement, la France peut dormir sur ses deux oreilles: les candidats se bousculent au portillon pour défaire ce que leur prédecesseur a fait et inscrire leur nom dans l’Histoire de France. Ca claque, ça doit être pour ça.

Nous, en bas, on attend, on fait comme les vaches. On regarde passer le train. Et on achète des marinières, ça nous occupe.

 

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Merci Louise.


Poor Brian

Qui ne connaît pas de langues étrangères ne sait rien de la sienne.

C’est pas moi qui l’ai dit. C’est Goethe. Ca fait un sacré bail, donc. A cette époque, il faut bien avouer que parler français était un gage de chic et de raffinement. Les Français se sont-ils reposés sur leurs lauriers? Ont-ils été aveugles au glissement certain vers la culture anglo-saxonne? Il faut se rendre à l’évidence: l’avenir appartient aux polyglottes*.

L’enseignement des langues étrangères dans nos écoles primaires et collèges, est, à peu d’exceptions, indigent. Dispensé par des intervenants non compétents, peu ou mal formés, tétanisés par l’idée de sortir du cadre. Pourtant, certains y mettent du coeur, et je rêve qu’un jour mes enfants trouvent sur leur chemin quelques enseignants un peu concernés ou motivés** ou encore à qui on aura seulement donné les moyens de leurs ambitions.

Une langue s’apprend non pas dans les livres, mais sur le terrain. Un supermarché, une rue commerçante, un marchand de glaces, sont des lieux d’apprentissage formidables. Quand le déplacement est trop loin, trop cher, il est facile de trouver une classe intéressée par la mise en place d’un partenariat, basé sur internet (mail, Skype,…), sans aucun budget, puisque la plupart des classes s’enorgueillissent aujourd’hui de posséder l’outil informatique et d’y initier les enfants.  Les séries télé anglo-saxonnes populaires se comptent par centaines, l’accès aux versions originales est sans doute la clé d’un apprentissage joignant l’utile à l’agréable (Manu en a parlé très bien cette semaine).

Des classes d’immersion précoce, ou appelées européennes, se répandent un peu partout pour les plus motivés. Qui prendront quelques longueurs d’avance sur les autres. Qu’en est-il de l’enseignement des autres, ceux qui n’ont pas forcément d’atomes crochus avec les langues étrangères, mais qui y seront confrontés un jour ou l’autre, même rhétoriquement, au moment de rédiger leur curriculum vitae? Même pour montrer sa demi-douzaine de maillots de bain sur son blog mode, il faut apparemment aguicher le chaland en briton – dépasser le stade du Google Translate est assez bien vu sous peine de se ridiculiser. Pour être influent, sois fluent.

Cherry on the cheesecake, juste avant l’été, certaines grandes écoles de commerce font le constat que le niveau d’anglais de leurs élèves est lamentable et les pénalise donc fortement au niveau international pourtant lié intimement à leur filière. Et émettent donc l’idée brillante que certains cours se donnent désormais en anglais, par des native speakers. Tollé général. Protectionnisme franco-français. Un peu comme dans les années ’90, où ce cher Mr Toubon avait exigé des radios de passer en majorité des chansons en français***. On ne peut pas faire une chose pareille à notre belle langue française. Mais continuer à enseigner dans un français haché d’expressions anglophones inhérentes au sujet dont la traduction frise le ridicule, ça oui, on peut.

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Pendant ce temps, dans les pays voisins, on sous-titre les films mais on ne les double pas, on enseigne l’histoire ou les mathématiques dans une autre langue quand il n’y a pas de professeur disponible dans la langue première, on n’imagine pas perdre sa langue et en gagnant une, voire plusieurs autres. Si apprendre une langue sur l’oreiller reste la méthode la plus efficace, encore faut-il maîtriser l’approche toute en finesse. Je crains que le mythe du French lover n’y résiste pas longtemps.

Parler une langue étrangère, au delà de l’aspect linguistique, c’est tendre la main à son voisin, engager le dialogue, s’intéresser à lui. S’enrichir. Se sentir enfin européen et non franco-français.

*Je pars volontairement sur le postulat anglo-saxon, bien que l’idée vaille également pour n’importe quelle autre langue, européenne ou non.

**Réunion de parents-profs de 5ème de la Collégienne, en décembre 2012, le prof d’allemand: « Votre fille a un excellent niveau pour une 5ème, je n’ai plus rien à lui apprendre. »

***A ce sujet, je ne peux malheureusement lui donner entièrement tort, ayant entendu, l’été 2012, ma fille chanter « I just wanna make you sweat », jusqu’à ce que nous fassions une explication de texte d’une seconte trente-quatre centièmes –  la chanson anglophone souffre rarement la traduction.


Et mon coeur soudain se serra

Elle a émergé péniblement, comme toujours, quelle que soit l’heure. Hésité longuement devant son dressing, pourtant délesté la veille des vêtements devenus trop petits – encore maman, je suis trop dégoûtée. Traîné sous la douche, quémandé mon aide pour lisser sa frange rebelle. Qui a bien sûr refrisé à peine la porte de la salle de bains passée. Elle a glissé son portable dans une poche, ses clés dans l’autre, retourné l’armoire à chaussures pour trouver ses baskets, et puis disparu en sautillant par dessus les limaces qui traversaient la terrasse, indifférentes au temps qui passe – ces inconscientes.

Elle a pris son petit cartable à fleurs, avec dedans sa serviette et son goûter qu’elle avait soigneusement préparés. Elle a rejoint sa copine et elles sont montées jusqu’à l’arrêt, m’oubliant presque, plantée là au bord de la route. Au dernier moment elle s’est retournée, m’a fait un bisou, et sur ma joue j’ai senti son sourire, avant de filer à nouveau vers des histoires de petites filles à couettes blondes.

Il a mis sur son dos son cartable bleu, il avait tout bien rangé, bien appris la poésie et puis aussi les listes de mots pour toute la semaine, reprenant de suite les bonnes habitudes de l’an dernier. Il m’a lancé son Bonne journée, maman, de loin, habituel, les bisous c’est pour le soir dans son lit, pas devant les copains, et déjà il était parti, dépassant au passage sa soeur qui protesta bruyamment.

Un dernier câlin et elle fila sur le carrelage blanc, profitant de l’absence de ses camarades de parc pour s’approprier tous les jouets colorés à sa disposition. Une petite musique provoqua chez elle une petite danse, je respirai encore un peu ses cheveux, y déposai un baiser et il me fallut moi aussi tourner les talons.

Personne n’avait jamais pleuré le jour de la rentrée. Au quatrième jour d’école, quand je fermai la porte et vis le bus s’éloigner, mon coeur soudain se serra.

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