Il y avait des cerises

Ces jours-ci je dévore des textes d’il y a des mois comme autant d’histoires que j’ai laissées filer, trop occupée par la mienne. Trois femmes, trois histoires, un peu la mienne. Elles me touchent beaucoup. Il y a tant de peine, tant de lutte et de gâchis derrière les statistiques toutes froides où l’on ne veut voir que l’émancipation des femmes. Tout cela me semble si loin, je suis de l’autre côté du gué mais je les lis malgré tout comme on gratte une croûte d’une plaie mal cicatrisée.

 

Leur dire qu’elles ont fait le plus dur, le plus gros du chemin, celui vers elles-mêmes.

 

Sur l’autoroute, la nuit, lui dire, tiens, c’est la chanson préférée de ton père. Entendre derrière les mots qu’elle ne dit pas le vide. Derrière la rébellion apparente la détresse de ne pas avoir été chérie à défaut d’aimée, trou béant dans sa vie, d’autant plus que s’il n’avait pas ou plus existé, puisqu’il est à portée de sentiments.

 

Réaliser que dans ces eaux troubles il y a bien longtemps qu’on n’avait pas dit les mots, alors faire un message et terminer par un cœur, l’inférieur à trois, celui qui prend le temps de l’écrire bien plus que le coloré tout fait, et avoir le cœur qui bat un peu plus vite quelques instants.
Leur dire que c’est le calme, le temps de l’amour et de grandir mais ne surtout pas leur dire de prendre des forces parce que dans pas si longtemps il faudra soigner les bobos du cœur comme ceux des genoux autrefois avec les pansements princesse et les bisous qui guérissent tout.

 

J’ai mal au dos et un peu le vague à l’âme je crois, cette langueur d’été qui me fait croire à tort que le temps s’est arrêté, ces nuits hachées depuis maintenant trop longtemps, et puis aussi les seins qui piquent quand je pense à ses yeux qui sourient, à son visage enfoui dans mon cou. Bientôt on tournera une page et en fait tout continuera comme avant, on croit que les choses changent et en fait non, c’est nous, mais on ne s’en rend pas compte tout de suite. Les saisons s’enchaînent et avec elles nos années et puis quand ses parents me l’ont confiée j’ai réalisé que j’étais un peu plus de leur côté que du sien déjà, et ça m’a fait tout bizarre.

 

J’effectue les tâches que l’on attend de moi comme un automate, tenir, simplement tenir heure après heure, je cours après ma vie mais bientôt, bientôt ça ira mieux, je me répète depuis trop longtemps maintenant mais l’essentiel est d’y croire encore après tout.

 

C’est le temps des voyages et je reste au bord du quai, je vis mes rêves par procuration et ça ne fait même pas mal parce que le bonheur est contagieux, je sais que mon temps viendra et ma route je ne m’en plains pas, même si parfois elle est rude, parce que je l’ai choisie.

 

Chez Louise il y avait des lampions, des cerises et de l’amitié.

 


Moi, mon job et mes seins

Près de onze mois depuis la naissance d’Ultime. Déjà. Près de onze mois d’allaitement, donc. Routine. Près de deux mois que j’ai repris le travail. Défi.

Continuer à allaiter après la reprise du travail, voilà un défi pour beaucoup de mères. Challenge plus ou moins ardu selon l’âge de l’enfant au moment de la reprise. En effet, ni la lactation, ni les besoins de l’enfant ne sont identiques. A neuf mois, on peut aisément remplacer une tétée par un produit laitier sous forme de yaourt, par exemple. Continuer à allaiter est alors un pur choix, non diligenté par un besoin vital, et requiert donc une certaine volonté (il serait si simple, tellement plus simple de ne pas y penser en journée).

Là où je travaille, je dispose en théorie de deux pauses d’allaitement de 45 minutes, quel que soit l’âge de l’enfant. Concrètement, il m’arrive très fréquemment de confondre ma pause de midi (30 minutes) avec… une seule pause -tire-lait par jour. Même si la loi est de mon côté, les contingences muettes du monde du travail imposent des compromis. A ce jour, on ne m’a pas demandé de certificat médical attestant de la poursuite de mon allaitement.

Il a fallu informer le service du personnel. Demander un local. Donc informer le service de gestion. Refuser les toilettes handicapés qui donnent sur la cantine. Refuser l’infirmerie sans fenêtre vers l’extérieur, avec les vitres translucides sablées donnant sur le dit service de gestion. Donc renoncer à tout local fermant à clé. Obtenir, sous réserve de disponibilité (à vérifier chaque jour), l’accès à une salle de réunion non vitrée. S’éclipser chaque jour. Donc informer ses collègues directs. Pour la discrétion, on repassera.

Descendre six étages. Récupérer la valise dans la voiture. En remonter cinq. Montrer patte blanche.

Déballer le matériel préparé chaque matin: un tire-lait double-pompe Medela Symphony 2.0 loué à la pharmacie (sur ordonnance, remboursé par la sécu, SAUF le second kit téterelle, ah ah, et 5 € par semaine à ma charge pour ce modèle hyper moderne et efficace – chèque de caution de 500 euros). Une mini glacière contenant des pains de glace et une serviette de table, des lingettes désinfectantes et une petite bouteille d’eau. Fermer les rideaux qui donnent sur l’immeuble de bureaux d’à côté.

Avoir l’impression d’avoir franchi tous les obstacles du 110 mètres haies. Se dire que le monde peut bien s’arrêter de tourner, et savourer cette pause. Souffler. Penser à son bébé. Poser les pieds sur la table rien que par pure provocation.

tire lait

Manger. Passer à l’action. Ranger. Effacer les traces de mon passage. Redescendre cinq étages. Ranger le tout dans la voiture, au frais dans le parking. En remonter six.

Répondre, ou non, aux collègues qui s’étonnent de cet étrange attirail. Maudire la nature humaine qui a toujours besoin de tout savoir. Parler d’allaitement avec une jeune collègue nullipare. Avec bonheur, lui montrer que oui, c’est possible, si on est décidé à faire bouger les mentalités. Répondre que non, ce n’est pas du courage, ni céder à un caprice du bébé, à une collègue proche de la retraite, qui n’a aucune idée de ce qu’est un enfant. Dire que je ne sais pas, quand une collègue demande si je vais « devoir encore faire ça longtemps ». Refuser poliment l’aide salace d’un collègue, en n’oubliant pas de sourire et en pensant très fort « connard ».

Réaliser que j’évolue dans un univers relativement privilégié, avoir une pensée pour les métiers a priori moins compatibles.

Sourire en pensant qu’Ultime refuse de boire du lait au biberon. La victoire est d’autant plus jolie qu’elle est symbolique.


Grandes Oreilles et mes sandales

Big Brother is watching me. Grandes Oreilles me lit, c’est sûr.

L’autre jour, je t’avouais que je faisais parfois des rêves étranges. Apparemment, je ne suis pas la seule. Y a un type qui a rêvé de moi. Tu me diras, ça en fait au moins un (vu que le Jules préfèrera mourir que d’avouer que j’ai remplacé Kim Wilde et Sophie Marceau depuis longtemps).

 

Pendant mon heure de méditation nocturne, quelque chose s´est présenté avec clarité
dans mon esprit.

C´EST VOUS, Mentalo,
LA PERSONNE QUI M´EST APPARUE?

 

Nous avons donc un type, qui, la nuit, au lieu de dormir, médite. Bon. Voit des gens. Avec clarité. Si si. Du coup le gars, il se lève, il se dit, tiens donc, c’est-y pas la Mentalo là, allons donc lui envoyer un petit message qui fait bien flipper.

 

Justement, de quel ordre sont vos problèmes? Sentimentaux, économiques, au travail, des doutes sur votre avenir?

QUEL QUE SOIT LE PROBLÈME, MOI JE PEUX VOUS AIDER, Mentalo.

 

Oui parce que bon, c’est moyen rassurant, un mec qui voit ton adresse mail dans la nuit, moi je dis. Et puis pan, le mec qui tape dans le mille. En criant en plus.  Oui, parce que j’ai effectivement des doutes sur mon avenir. Je sais pas quoi faire. Faut que je me décide. A garder oui ou non ces sandales en 39 ou à les échanger pour du 40 (la chaleur me boudine le pied). Je me demande s’il peut m’aider?

En attendant, Barack, il faut que cela cesse, sérieux. Mon placard à chaussures te remercie.

 


Le premier jour où… c’était une nuit pas comme les autres

Il y eut cette nuit où je pris un train qui m’emmenait pour un an loin des miens. Etape qui serait décisive dans ma vie, quelques années plus tard.

Il y eut cette première nuit blanche, avec les copines.

Il y eut ces nuits dans les salles de naissances, pour mes deux plus jeunes, forcément inoubliables.

Il y eut cette nuit de douleurs atroces, avec au bout une opération, et la décision de tout changer dans ma vie, faire table rase et tout recommencer.

Il y eut cette nuit à refaire le monde et l’amour.

Il y eut ces nuits de fête, juste avant d’être grande pour de vrai.

Il y eut ces nuits à danser, danser encore jusqu’au matin, et rentrer pieds nus.

Il eut ces nuits de Saint-Sylvestre, derniers soubresauts de jeunesse dans notre vie de parents.

Il y eut ces nuits aux urgences, ces nuits de réa, ces nuits d’angoisse.

Il y eut ces nuits à bercer, à pleurer, à écouter, à consoler.

Il y eut ces nuits à marcher pour épuiser le corps et ne pas penser.

Il y eut ces nuits à rouler, en chantant à tue-tête pour ne pas s’endormir.

Il y eut ces nuits à trembler.

Il y eut ces nuits à étudier, à travailler.

Il y eut ces nuits au téléphone.

Il y eut ces nuits dans les avions.

Il y eut ces nuits à dormir, heureusement.

Et puis il y eut cette nuit où j’ai rêvé que je lui rendais visite comme prévu dans la maison de soins où elle se reposait après son hospitalisation. Arrivée à l’accueil, on me prévint que sa chambre était vide. Au petit matin, l’appel de ma mère que je n’ai pas laissé parler.

 

Elle est morte, n’est-ce pas ?

 

 

 

nuit

 

Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de Zette, MHF, Cathy, Papiluc, Cambroussienne, Lilith, Joufflette, l’Herbe folle, Laurent, Clem la matriochka, Cerysette des bois, Monette, Raquel, Léia,… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble sur la page du groupe Facebook dédiée. Rejoins-nous!


Partage

Je cuisine. Il fait les omelettes. Je fais les vitres. Il fait des trous dans les murs. Je repasse. Il refait l’électricité. Nous travaillons. Ils mettent la table. Je fais la lessive. Nous peignons murs et plafonds. Je tonds la pelouse. Il tronçonne les arbres. Nous montons les meubles Ikea. Nous faisons le taxi. Je fais les courses. Ils remplissent le frigo et les placards. J’emmène les enfants en vacances. Il décharge la voiture. Nous payons le restaurant. Ils descendent leur linge sale. Il monte les paniers de linge propre.  Ils font leur lit. Je change les draps. Ils rangent leurs chambres. Il construit le nid familial. Je nage, gymnastique, monte à cheval. Il marche, nage, trekke . Je déjeune avec les copines. Nous invitons les voisins. Il voit des amis. J’appelle son père. Il appelle sa mère. Nous covoiturons. J’emmène la voiture au garage. Il nettoie la piscine. Nous sortons les poubelles. Je commande les pneus. Il fait des tonnes de poussière. Je mets pas mal de bordel. Je range, sans relâche. Il gère le barbecue. Nous rentrons du bois pour l’hiver. Je sers l’apéro. Il ferme les portes. Ils rentrent leurs vélos. Je taille la haie. Il monte le toit. Je vais à la déchetterie. Ils rangent leur linge dans leur armoire. Je passe l’aspirateur. Ils font les poussières. Nous lavons la salle de bains. Je prépare le sac des enfants. Nous emmenons les enfants chez la nounou. Il regarde la télé. J’écoute France Inter. Ils dessinent à la craie sur le trottoir. Je nettoie le frigo. Ils rangent la salle de jeu. Je menace de poubelle. Ils connaissent le mode emploi du lave-linge.  Il invente les histoires du soir. Je débouche les canalisations au Kärcher. Ils rient de ses grimaces. Je lave la terrasse. Nous faisons front. Je fais les déclarations d’impôts. Il emmène son fils chez le coiffeur. Je fais des tresses aux filles. Il se coltine les rendez-vous chez l’orthodontiste. J’ai congé le mercredi. Il travaille très tard un jour par semaine pour s’occuper des enfants le matin. Je fais des photos. Il fait des vidéos. Nous randonnons. Ils débarrassent la table. Je supervise les devoirs d’école. Il travaille solfège et instruments. Nous courons beaucoup, tout le temps. Il se lève très tôt. Je marmotte. Il prépare le petit déjeuner. Ils rangent leurs chaussures. Je gueule un peu. Ils râlent, beaucoup. Il soupire. Nous leur apprenons le respect des autres et du travail des autres. Nous remercions. Nous exigeons. Nous félicitons.

Nous sommes heureux, je crois.

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Photo Louise, évidemment, comme d’hab ♥♥♥

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