Vivre avec une ado #1: la coiffure

En préambule de cette série que j’ai décidé d’inaugurer ce matin vers les six heures cinquante-trois, il sera bon de lire ceci afin de déterminer si tu es en présence d’un spécimen concerné. Avant que ceci ne te tombe sur le coin de la calebasse, au gré des jours, j’entreprends la réalisation d’un petit manuel de survie du parent d’ado-fille. Parce que ouais, les bébés, franchement, c’est fastoche à côté.

Situation

Dans la salle de bains, au petit matin blême, ton ado-fille te demande de la coiffer. Elle a des boucles superbes, elle est superbe, la tâche est facile. Tu rassembles ses cheveux en une couette haut perchée, tu te retiens de rigoler qu’en fait ça ressemble à un boubou de cabinet, maintiens sa mèche avec une pince en prenant soin de la lisser comme elle aime, arranges les boucles. Une minute trente plus tard, tu quittes la salle de bains, confiante.

Evolution

Quand elle réapparaît, vingt minutes plus tard, l’ado-fille n’a plus de pince, la mèche lui cache le front et presqu’un oeil, les boucles ont été défaites par un brossage vigoureux, et la couette a changé de place.

Possibilité de clash (Don’t)

C’est moche. Enfin, moins joli que ta propre réalisation. Tu gueules: « Ah ben si c’est comme ça je vois pas pourquoi tu me demandes de te coiffer, ni pourquoi je me casse le cul, hein. Maintenant je sais pourquoi tu traînes autant dans la salle de bain! Sans compter que c’est moche, en plus. »

Probabilité de clash: 80%. Mais juste parce qu’elle est encore endormie, sinon, 99%.

Sortie de crise (Do)

Tu la regardes. Tu constates mentalement le massacre. Tu ne dis rien. Tu ne souris pas connement, l’air de dire « tu me prends vraiment pour une bille ». Tu ne fais surtout rien.  Elle a vu que tu as vu, elle sait que tu sais, un jour, quand elle sera grande, elle te sera gré de n’avoir rien dit. Pour le moment, elle pense juste que tu as des goûts ringards en matière de coiffure. Mais comme tu es gentille et que tu ne dis rien, elle ne dit rien non plus.

Probabilité de réussite: 90%. On n’est pas à l’abri d’un spécimen particulièrement hargneux, qui réagit au moindre regard, suivant l’âge et les prédispositions. Mais comme il est tôt, et qu’elle est encore endormie, ça devrait passer.

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Le mieux coiffé des deux n’est pas celui qu’on croit.


Le premier jour où… j’ai été décalée

Il est toujours amusant de penser que nous nous embrassons gaiement sous le gui à minuit pile le 31 décembre, notre minuit, en allumant brièvement la télé sur les cadors du divertissement pour ne pas manquer le décompte fatidique et la seconde qui change tout (quand eux ont enregistré un 15 décembre à 17 heures, maquillés de paillettes et coiffés de bouclettes, faut pas se leurrer) alors que pour d’autres, c’est déjà l’heure de la choucroute de cheveux au citrate de bétaïne des lendemains de fête – quand certains en sont encore à accrocher les lampions de la fête qui n’a pas encore commencé.

 

Des décalages horaires, si on a eu la chance de voyager un tout petit peu, on en a tous pris dans les dents. De la journée interminable quand tu voles vers l’ouest aux pleins phares en pleine nuit quand tu vas vers l’est, ou que tu reviens de l’ouest, forcément… De l’aube qui pointe bien trop tôt aux soirées où tu piques du nez dès vingt heures, pas le choix, c’est vendu en kit avec le voyage.

 

On a tous au moins une fois réveillé un autochtone à point d’heure en cafouillant dans le calcul des heures en plus ou moins au moment de l’appeler. Quand c’est pas la Collégienne globe-trotteuse qui règle celle de sa montre à l’envers, faisant monter mon rythme cardiaque à 200 et baisser mon espérance de vie de cinq ans.

-Oh pardon, tu dormais?

-Grmblxxx, il est trois heures du matin ici!

-Oups… ah ben je te rappelle demain alors! Bonne nuit!

-C’est cela, oui…

 

Le décalage horaire, finalement, c’est pour ceux restés à quai que c’est le plus dur. Ainsi, quand le Jules se dore la pilule est en déplacement professionnel à Tahiti, la communication demande un poil d’organisation pour la réservation du créneau horaire, et donne lieu à des conversations hautement surréalistes et absurdes, en mode l’Allumeur de réverbères du Petit Prince:

 

-Bonsoir!

-Bonjour!

-Tu fais quoi?

-Je prends le petit déjeuner sur la plage, et toi?

-Je vais coucher les enfants, là. Ils aimeraient te dire bonne nuit!

-Bonjour les enfants!

 

Comment tu veux les coucher après ça, hein?

 

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Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de ZetteMHFCathyPapiluc, CambroussienneLilithJoufflettel’Herbe folleLaurentClem la matriochka, Cerysette des bois, Monette, Raquel, Léia,… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble sur la page du groupe Facebook dédiée. Rejoins-nous!

 


Pour tous

La journée avait pourtant bien commencé. Ultime avait ouvert les yeux en même temps que son sourire peu après cinq heures, après une nuit correcte, si on n’est pas puriste.

Une fois l’enfant rassasiée, je rejoignis le Jules qui comatait devant les infos, café à la main. Et ce que je vis m’atteignis en pleine face, comme s’il avait fallu attendre de voir ces images pour réaliser pleinement. La guerre quelque part? La pauvreté sous la neige? Que nenni. Les gens dans la rue. Tout sourires, balade dominicale des bien-pensants.

La « manif pour tous ». (Ou contre certains?)

Soudain, la tristesse m’envahit.

Des centaines de milliers de personnes, peu importe le nombre exact, défilent en criant au respect la démocratie, au vu de leur nombre.  Au passage, l’exercice de la démocratie a eu lieu en mai 2012, pour rappel. Et ce jour-là, les manifestants-votants étaient autrement plus nombreux.

Au-delà du motif officiel de cette manifestation, le mariage, transpire avant tout la préoccupation chez les manifestants de la question de la filiation.

Au-dessus de leur tête flottent des drapeaux blanc et rose, où est représentée l’archétype de la famille parfaite contemporaine: un papa, une maman, un fils, une fille. Oui, si tu n’as fait que des garçons, ou que des filles, ou plus d’enfants, clairement, tu as raté ta vie.

Une banderole m’interpelle: « Un papa, une maman: on ne ment pas aux enfants »

Mais qui a parlé de mentir aux enfants? Croient-ils encore aujourd’hui qu’ils naissent dans les choux ou dans les roses? Ment-on à un enfant adopté sur ses origines? Certes, en 2013 et pour de nombreuses années encore j’imagine, la procréation nécessite l’intervention de deux personnes de sexe opposé. Mais élever un enfant n’est-il pas avant tout l’aimer? Et cela, n’importe qui peut le faire.

« Demande aux enfants des orphelinats ce qu’ils en pensent! » me rétorqua-t-on vivement ce matin. Je ne veux pas m’avancer, mais j’imagine que si effectivement on leur demandait, ils répondraient: « sortir d’ici, et être aimé ». Et s’il venait à répondre « un papa et une maman », je pense sincèrement qu’il ne reproduirait là que le cliché véhiculé par les adultes qui s’occupent de lui.

J’ai du mal à saisir où se situe réellement le problème. Que ces manifestants, à qui, bien sûr, il ne pourra jamais arriver d’avoir un proche homosexuel, désirant se marier et/ou avoir des enfants (ou pas), sont réticents à l’idée de devoir expliquer à leurs propres enfants pourquoi leur petit copain de classe a deux papas ou deux mamans? Les enfants ne jugent pas, si les adultes ne jugent pas. Les enfants ont besoin de mots qui expliquent, qui parlent d’amour et de tolérance. Et ça, je pense très fort que les enfants de couples homosexuels ont un train d’avance sur les autres. Forcément.

Les droits des enfants, ce n’est pas d’avoir un papa et une maman (sinon pourquoi autoriser -hypocritement- la PMA et l’adoption aux célibataires?). Le premier droit d’un enfant, c’est d’être aimé. Le droit, bizarrement, le plus bafoué. Parce qu’il ne suffit pas de nourrir un enfant ou de lui fournir un toit et une montagne de jouets pour le rendre heureux. Un enfant élevé par ses grands-parents peut être tout à fait heureux, comme un enfant élevé par un couple hétéro- ou homosexuel. A condition qu’on ne lui mente pas. Il y a tant d’autres manières de mentir aux enfants, tant d’autres situations, a priori normales (« qui entrent dans la norme ») où l’on cache ses origines réelles à un enfant, que je me plais à imaginer que ce mensonge-là est le dernier qu’on lui ferait.

Qui plus est, combien de milliers d’enfants ont déjà « deux papas » ou « deux mamans » (sans parler des familles recomposées pour qui c’est un état de fait non contesté, ah tiens, et pourquoi pas? ) et vivent, actuellement, dans une totale insécurité affective dans le cas d’une séparation ou d’un décès? Nier l’un de leurs parents leur est-il plus favorable, n’est-ce pas aussi un peu nier leur existence propre? Comment peut-on alors prétendre protéger tous les enfants en refusant ce mariage? Qui cela met-il en danger?

Je viens d’un pays où le premier article du certificat d’us et coutumes dit en toutes lettres: « le mariage est autorisé entre deux personnes de sexe opposé ou de même sexe. » depuis une quinzaine d’années je pense. Je ne me souviens pas de vagues de protestation. Et il ne me semble pas que la société y parte à vau-l’eau, ni que les enfants y soient plus malheureux qu’ailleurs – du moins, pas pour ces raisons-là.

L’essentiel est-il dans ce débat? Oui, s’il s’agit de défendre les mêmes droits pour tous. Les Hommes naissent libres et égaux en droits. Tout simplement.

Pour tous.

 

 


Le premier jour où… j’ai mangé de la galette des rois

Il y a longtemps loin d’ici, j’ai fréquenté quelques temps, pas beaucoup, en raison d’une actualité familiale difficile, l’école maternelle. Je me souviens de m’y plaire, tout en me demandant bien ce que je faisais là, entre deux longues absences. Je crois que c’est à cette période que j’ai développé un handicap sévère qui allait plus tard freiner ma vie sociale en m’empêchant de danser le YMCA ou la Macarena sans m’emmêler les pinceaux (et je te cause même pas de Madison) (oui je sais on a des plaisirs simples à la campagne): impossible d’apprendre la chorégraphie de « Savez-vous planter des choux? » quand on passe son temps à courir après sa mère dans des couloirs de gare, pour pas louper la correspondance. J’ai eu une enfance difficile, voyez.

Un jour de janvier dans cette école, la maîtresse partagea une galette, distribua les parts, et le temps que je comprenne l’enjeu de l’histoire, un de mes petits camarades bondissait déjà, triomphant, la quenotte douloureuse et la fève dans la main. Aussitôt, il fut pressé de choisir sa reine, et dans mon petit coeur de cinq ans, je dus comme les autres espérer secrètement être choisie. Tu t’en doutes, le morveux ne m’a même pas calculée, et la couronne me passa à côté. Mais pourquoi on veut toujours avoir une breloque sur la tête, que ce soit couronne des rois, diadème de Miss France ou de Duchesse de Kensington, alors qu’un bonnet à pompon suffit largement au bonheur?)

Des années après, quand je fus en âge de manier le four à gaz familial sans le faire exploser une fois de plus, ce qui obligeait mon père à chercher les petits ressorts à quatre pattes dans la cuisine, je pris l’habitude de confectionner moi-même la galette et de repérer où je planquais la fève, faut pas déconner non plus.

Aujourd’hui, je repère toujours où je planque la fève. Parce que ce midi, la Pili-Pili est rentrée de l’école bien tristoune: évidemment, point de fève pour elle dans la galette partagée au goûter, et les yeux du petit Loan se sont arrêtés sur la petite Madison. Alors ce week-end, je serai bien obligée de faire une galette, et de lui réserver la meilleure part, celle qui donne droit à la couronne sur la tête, à la joie d’un jour, au baume au petit coeur toujours.

 

Et pour ma recette, rendez-vous il y a deux ans.

 

 

Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de ZetteMHFCathyPapiluc, CambroussienneLilithJoufflettel’Herbe folleLaurentClem la matriochka, Cerysette des bois, Monette, Raquel, Léia,… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble sur la page du groupe Facebook dédiée. Rejoins-nous!

 

 


Mentalo d’or 2012

Selon le bon usage, ça sent le sapin pour ton sapin depuis hier déjà, et je manque à la tradition.

Tousse, tousse, un deux.

Après délibération du jury (moi), et de longues nuits d’études qualitatives à traîner sur les internets les Mentalo d’Or 2012 ont été décernés à l’unanimité des voix (je fais très bien ma mère). Tenue de gala (pyjama en pilou, chaussettes duveteuses et plaid sur les épaules) et rafraîchissements (des litres d’infusion camomille) étaient bien sûr de rigueur lors de la cérémonie de remise des précieuses décorations (une feuille de menthe séchée), pour lesquelles ni votes pipés, ni trafic d’influence, ni fausse modestie, ni coups de stilettos dans les tibias, ni hi-hi-je-ne-mange-pas-de-ce-pain-là-mais-quand-même ne furent à déplorer.

 

A Petit Bruit, parce que ses mots dansent en silence

A Doc Adrénaline, pour sa passion. Parce que le jour où je me prends encore un tilleul au bord de la route, malgré son interdiction formelle, j’aimerais que ce soit elle qui joue à Tétris avec mes morceaux.

A Sophie Sage-Femme, parce que OH. MY. GOD. On a envie de fermer les yeux, elle nous les ouvre sur l’indicible.

A Fluorette, pour son courage en terre hostile. Pour ses portraits ciselés. Pour l’empathie qui transpire de ses mots.

A Requia, wondergirl dans ma cuisine

A Libelul, pour son arc-en-ciel même les jours gris

A Fyfe, parce que la superglu, ça la connaît

A Marcelle, pour son étude du kangourou oriental

A Aubergine Divine, pour son énergie

A Ingliche Titcheur, parce qu’un jour peut-être

A Griottes, parce que tant de talent dans une seule fille, c’est indécent

A Mlle., parce qu’elle met des mots là où il n’y en a plus. Parce que son écriture grandit avec elle. Parce que c’est joli de la voir apprendre le bonheur, trébucher et se relever.

A Hélène, pour l’instant chamallow

A Padre Pio, pour la caution mixte de ce blog. Et pas que. Evidemment. Oh, l’autre.

Au duo de choc de Vergeturement Vôtre, ou la maternité-décomplexée-qui-fait-pas-chier. A noter qu’elles en chient comme les autres, surtout la nuit.

A Sand, à consommer sans modération.

A Bree, la cuisine à quatre mains, dont deux sont moins feignasses que les autres.

 

Les lauréats de 2011 ont bien sûr été disqualifiés d’office, mais ils n’ont absolument pas démérité en 2012.

 

Hello, coton.

Hello, coton.