Puces

Bribes de vie étalées sur un bout de trottoir, vestiges improbables d’un autre siècle.

A même le sol, les souvenirs des jours heureux, délaissés à présent au profit de jouets plus modernes.

Les bébés ont grandi, les vêtements devenus trop petits, les poussettes inutiles, les baignoires superflues.

Les enfants sont partis au lycée ou faire leur vie, et dans la chambre vide, pourquoi garder encore ce qui ne trouvera plus grâce à leurs yeux.

Sortis de la bibliothèque, les livres d’une autre époque prennent la poussière,  attendent une nouvelle vie, d’autres mains pour les feuilleter.

Quelques verres dépareillés espèrent venir compléter une étagère dont leurs congénères ont autrefois chu, provoquant désespoir ou colère d’une maîtresse de maison.

Objets d’un autre âge, fers à repasser anciens, appareils photo d’époque, trouvent l’œil des connaisseurs, voisinent avec tant de choses qui ont vieilli trop vite, passé de mode avant même de s’abîmer vraiment.

Les badauds se pressent, en quête de la bonne affaire, indifférents à la nostalgie qui suinte de partout.

Les vendeurs attendent, espèrent quelques piécettes, et surtout, le soir venu, ne pas avoir à ranger une fois encore dans le coffre de la voiture les cartons qui reprendront leur place à la cave, en attendant un autre dimanche, ailleurs, dans un autre village de campagne.


Gagné!

Les gagnants du concours Vanille dans le Foin ont été désignés par le chapeau, il s’agit de

Trois Fois Rien

Laora

Tournicoton

La gagnante du bon d’achat d’une valeur de 100 euros pour la location d’un mobilhome Homair, désignée par le même chapeau, est:

Cambroussienne

Vous pouvez m’envoyer vos coordonnées au plus vite à mentaloleblog  (@)  gmail.com

Merci à tous pour vos participations, et à bientôt pour d’autres concours!


Le premier jour où… j’ai tremblé aux présidentielles

Je suis arrivée en France au printemps 2002. Soit, si tu calcules bien , pile poil il y a deux quinquennats. Je suis tombée, tel un cheveu dans la soupe au tapioca, en pleine campagne électorale. De quoi me faire apprécier à leur juste valeur mes tout nouveaux concitoyens, et tout ce dont ils étaient capables. De promettre, de médire, de beaux discours et de mauvaises pensées. Oui, déjà.

C’était le temps de Chichi avec son pantalon remonté sous les aisselles, c’était le temps de la cohabitation, c’était le temps de Jojo dont la chevelure me faisait furieusement penser à un mouton prêt à tondre. Et pour cause: ce fut aussi, très vite, le temps de Jean-Marie, de son succès incroyable d’un soir et du choc qui nous anéantit tous…

Pendant quinze jours, nous fûmes comme hébétés.  Très vite, les manifestations s’organisèrent. La gauche mit son honneur dans sa poche, au nom de la tolérance et de l’humanisme, et il devint à peu près clair qu’un sursaut de fierté animerait le peuple français dans l’isoloir. Ce dimanche 5 mai, vers 20 heures, comme des milliers d’autres, je retins mon souffle. 82% et des poussières, c’était le prix de l’espoir.


Canal Plus ou Moins

Le Jules et moi, on forme un couple mixte. J’entends, pas qu’au niveau de la nationalité ou de l’accent. Mais au niveau de la télé. Y en a une qui ne l’a pas regardée depuis dix ans (et pas que parce qu’elle est incapable de l’allumer), y a l’autre qui s’en sert de berceuse et de réveil-matin. C’est le champion toutes catégories d’endormissement record devant un documentaire de montagne, et de comatage très petit matinal avec perfusion de caféine devant les infos. En boucle et sans le son, pour pas me réveiller, moi qui dors -aussi- dans la pièce à côté.

On le vit très bien. C’est juste qu’au bout de quelques années à ce rythme, le Responsable ès Audiovisuel de notre foyer s’est dit que bon, son abonnement Canal Plus et Canal Satellite, c’était tout de même très superflu. Surtout quand on s’assoupit dès les dix premières minutes des matches de foot, et qu’on se réveille fréquemment en sursaut devant des images où ils sont aussi nombreux que sur la pelouse, mais nettement moins habillés.

Alors le Jules s’est fendu d’une lettre de résiliation de ses abonnements. Et m’a bien briefée: s’ils appellent, tu dis qu’on n’a plus la télé, ils devraient te foutre la paix.

Hier, ce jour funeste avait donc sonné, en même temps que le téléphone. L’argument massue porta ses fruits, puisque je crus pendant une bonne dizaine de secondes que la communication avait été coupée. Vraisemblablement, on ne la lui avait pas encore faite, au monsieur de Canal, et ça rentrait pas dans ses petites cases à cocher. Débarrassée, jubilai-je dans le dedans de moi-même.

C’est alors que je déchantai légèrement.

-Bon, très bien, votre résiliation sera donc effective en mars 2013.

-PARDON???

-Oui, notre contrat stipule que toute résiliation devra être demandée un mois avant sa date anniversaire, soit en mars pour vous, et votre courrier nous est parvenu en avril.

-AHU?

-Sinon, ce que je peux vous proposer, c’est une réduction de 30%, eu égard à votre fidélité de plus de quinze ans, mais vous vous réengagez pour douze mois supplémentaires.

-HEIN?

(Je m’épate moi-même tellement j’ai un vocabulaire riche, des fois.)

Comment, te dire, cher Monsieur Canal? Je suis pas contente. Certes, tu as la loi pour toi, sans doute dans les caractères en tout petit, en gris clair, tout en bas du contrat. Mais on a vu des entreprises prendre en compte une date trimestrielle, ou faire un geste commercial, eu égard à notre fidélité de plus de quinze ans. Sans compter toutes les chaînes où tu nous as abonnés à l’insu de notre plein gré, pour les trois premiers mois gratuits, et qu’il a fallu patiemment désabonner, sous peine de facture bien alourdie… pour des programmes que personne ne regarde.

Les temps sont durs pour tout le monde, Monsieur Canal, et laisse-moi te dire, sur ce coup-là, tu la joues très petit.

 

A la place, on regardera des chatons, tiens.

Celui-ci s’appelle Chaussette.


Déni

Tu es née hier, je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais aller t’inscrire à l’école demain.

Quoi, tu me dis que tu es grande, que tu roules à vélo et à trottinette mieux que personne, et alors?

Tu sais boutonner ton gilet, fermer ton pantalon, et bien souvent quand j’arrive pour te réveiller, tu m’attends, toute habillée et hilare, et alors?

Tu manges proprement, tu prends ta douche toute seule, tu utilises les toilettes, tu enfiles tes collants, tu te sers dans le frigo, tu vis ta petite vie, et alors?

Tu décides, organises, choisis. Tu es la reine des puzzles et de l’iPhone, sur lequel tu nosu fais ta playlist perso, pour pouvoir danser peinarde, et alors?

Tu es capable d’allumer la télé, et moi pas, et alors?

Je te signale que tu n’as que trois ans et demi, c’est quoi ces vélléités d’indépendance?

On avait dit qu’on resterait toujours collées serrées, et toi, tu vas aller t’amouracher de tes copains de banc?

Mais n’importe quoi. Et si on restait jouer avec tes copains les escargots?

Fais gaffe, je crois qu’eux aussi se font la malle.