Le Jules et moi, on forme un couple mixte. J’entends, pas qu’au niveau de la nationalité ou de l’accent. Mais au niveau de la télé. Y en a une qui ne l’a pas regardée depuis dix ans (et pas que parce qu’elle est incapable de l’allumer), y a l’autre qui s’en sert de berceuse et de réveil-matin. C’est le champion toutes catégories d’endormissement record devant un documentaire de montagne, et de comatage très petit matinal avec perfusion de caféine devant les infos. En boucle et sans le son, pour pas me réveiller, moi qui dors -aussi- dans la pièce à côté.
On le vit très bien. C’est juste qu’au bout de quelques années à ce rythme, le Responsable ès Audiovisuel de notre foyer s’est dit que bon, son abonnement Canal Plus et Canal Satellite, c’était tout de même très superflu. Surtout quand on s’assoupit dès les dix premières minutes des matches de foot, et qu’on se réveille fréquemment en sursaut devant des images où ils sont aussi nombreux que sur la pelouse, mais nettement moins habillés.
Alors le Jules s’est fendu d’une lettre de résiliation de ses abonnements. Et m’a bien briefée: s’ils appellent, tu dis qu’on n’a plus la télé, ils devraient te foutre la paix.
Hier, ce jour funeste avait donc sonné, en même temps que le téléphone. L’argument massue porta ses fruits, puisque je crus pendant une bonne dizaine de secondes que la communication avait été coupée. Vraisemblablement, on ne la lui avait pas encore faite, au monsieur de Canal, et ça rentrait pas dans ses petites cases à cocher. Débarrassée, jubilai-je dans le dedans de moi-même.
C’est alors que je déchantai légèrement.
-Bon, très bien, votre résiliation sera donc effective en mars 2013.
-PARDON???
-Oui, notre contrat stipule que toute résiliation devra être demandée un mois avant sa date anniversaire, soit en mars pour vous, et votre courrier nous est parvenu en avril.
-AHU?
-Sinon, ce que je peux vous proposer, c’est une réduction de 30%, eu égard à votre fidélité de plus de quinze ans, mais vous vous réengagez pour douze mois supplémentaires.
-HEIN?
(Je m’épate moi-même tellement j’ai un vocabulaire riche, des fois.)
Comment, te dire, cher Monsieur Canal? Je suis pas contente. Certes, tu as la loi pour toi, sans doute dans les caractères en tout petit, en gris clair, tout en bas du contrat. Mais on a vu des entreprises prendre en compte une date trimestrielle, ou faire un geste commercial, eu égard à notre fidélité de plus de quinze ans. Sans compter toutes les chaînes où tu nous as abonnés à l’insu de notre plein gré, pour les trois premiers mois gratuits, et qu’il a fallu patiemment désabonner, sous peine de facture bien alourdie… pour des programmes que personne ne regarde.
Les temps sont durs pour tout le monde, Monsieur Canal, et laisse-moi te dire, sur ce coup-là, tu la joues très petit.
A la place, on regardera des chatons, tiens.
Celui-ci s’appelle Chaussette.