Je n’ai pas voté: je n’en n’avais pas le droit, j’en ai déjà parlé.
Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un avis sur la question, et surtout, surtout, d’avoir la nausée à la lecture des résultats dans mon coin de France. Mais ce n’est qu’une confirmation bleu marine sur blanc de ce que nous pressentions depuis quelques années déjà. Aujourd’hui, plus personne ne s’en cache, de village en village, les élus en principe sans étiquette, pas à l’abri d’une contradiction, comme les simples citoyens, c’est un tsunami bleu marine.
Et moi, qui n’ai pas voté, j’ai honte. Honte d’être associée à ça, alors que je n’y suis pour rien. Et envie de déménager, loin. Comme ce n’est pas trop possible, je cherche, moi aussi, à comprendre. Et j’ai beau retourner le problème dans le sens que je veux, je dois être butée, aveugle, mais je ne comprends pas ce qui, dans le programme du front National, peut pousser les gens que je croise tous les jours à y adhérer à ce point. Il me reste juste à soupçonner mes voisins du vote de l’infâmie, et bien noter dans ma petite tête que le sujet est à jamais tabou sous risque de Clochemerle imminent…
Bien sûr, le danger immédiat et apparent est passé, le duel présidentiel reste un classique gauche-droite. Il n’empêche que ce résultat gangrène tout le reste, l’extrémisme gagne du (sous)-terrain, et nous n’avons pas fini de le subir.
Dans ce contexte, je suis particulièrement attentive aux tentatives de récupération de part et d’autre de ces brebis soi-disant égarées, que la crise, le rejet de la politique actuelle, que sais-je, auraient fait pencher vers la droite très à droite. Tous les coups, toutes les excuses foireuses sont permises, toutes les hypocrisies, des deux côtés: l’enjeu est de taille.
Et puis, au milieu de ce brouhaha nauséabond, ces deux tout petits mots qui résonnent particulièrement à mon oreille d’étrangère: préférence nationale.
C’est à dire: réservons nos ressources aux vrais Français.
C’est quoi être un vrai Français? avoir la nationalité française, peu importent les conditions dans lesquelles elle a été obtenue? Depuis combien de générations? avec quelles origines? Et si on vit en France depuis des années en contribuant financièrement, socialement, associativement à l’effort collectif, mais qu’on n’a pas la nationalité française, doit-on pour autant en être exclu? Y a-t-il des étrangers plus étrangers que d’autres, comme me l’a fait clairement comprendre le premier adjoint au maire de mon village, il y a à peine quelques semaines?
Vous avez deux heures pour développer.
Vivement que tout ça soit fini, parce que j’oscille entre la migraine et la nausée.

Je sais, la photo n'a rien à voir. Mais c'est pour le plaisir. (Je crois que la mer penche.)