Je suppose que je ne me souviens plus du jour où mes parents m’ont traînée dans ce lieu de torture pour les enfants, où il faut se tenir droit à table, ne pas poser les coudes sur la table, ne pas faire de taches et encore moins de bruit, attendre bien sagement son repas, montrer ses bonnes manières, et enfin attendre que les parents aient enfin fini de siroter leur café d’un air affecté, le tout sans bouger de sa chaise. L’enfer, en somme.
Par contre, je me souviens très bien du jour où ils m’ont emmenée au premier Quick qui avait ouvert dans la région. A l’époque, une révolution. Le restaurant à l’américaine arrivait en Europe, au tout début des années 80. On passait commande de nos hamburgers de qualité au guichet, avant de se diriger vers l’énorme buffet de crudités à volonté qui trônait au milieu de la salle, pendant qu’en cuisine on s’affairait encore à peler les pommes de terre à la main et à préparer nos petits pains garnis de steak haché.
Et déjà, le gadget pour enfant qui tuait: je me souviens avoir reçu un minuscule « casse-tête » composé de deux petits Q en plastique orange, reliés par une ficelle rouge et blanche, qu’il fallait désimbriquer. Déjà il y a trente ans, le jouet a traîné pendant des années dans un tiroir de ma chambre… rien n’a vraiment changé finalement. Et moi, j’étais trop fière d’avoir expérimenté ce concept nouveau avant les autres, comme si j’avais eu conscience d’avoir pris part à l’histoire.

