Zoo-logique

 

 

Les gens, je suis débordée.

La nuit, je rêve que je cours dans les rues pour aller me faire poser du vernis autocollant au nailbar du Séphora d’une ville où il ny en a même pas. De Séphora. Donc de nailbar non plus. Je sais, bonjour la misère culturelle. C’est te dire le degré obsessionnel de futilité du moment. Autocollant en plus. Non mais, vraiment.

La journée, je joue à saute-mouton roule à saute-chevreuil. C’est un bon moyen de tester tes réflexes, mais c’est relativement épuisant, sérieux. J’aimerais pas les abîmer, ces petites bêtes. Là, on a la famille complète, ils sont un peu concons sur les bords, à toujours se jeter devant tes roues, quelle que soit l’heure de la journée, en plein milieu du village.

Puis ce matin, on a aussi freiné pour un écureuil qui se faisait les ongles au milieu de la route, une famille de tourterelles qui tapait la causette, et puis pour un énorme lapin, juste au coin du jardin. J’ai émis l’hypothèse qu’il s’agissait sans doute du lapin de Pâques en repérage pour la distribution des oeufs en chocolat. Il n’en fallut pas plus à la Pili-Pili pour le déclarer cromignon (distinction suprême, ex aequo avec crogénial et crosuper), et au Moelleux pour nous assurer qu’il avait bien vu de ses yeux vu que le lapin transportait des petits sachets d’oeufs accrochés à ses oreilles.

Parfaitement.

Je vis dans un zoo.


Toujours tort

Les parents ont toujours tort, c’est bien connu. Ceci dit, parfois, tu en prends conscience de manière assez jouissive, à tel point que tu te vois conforté dans ton idée première. J’ai toujours trouvé ça d’abord assez énervant, et puis au final, allez, assez drôle.

Jeudi soir je m’entretenais avec l’équipe pédagogique au complet (aka la maîtresse de mon fils et le directeur) de l’épineuse question des devoirs, que bon, quand il y en a un peu ça va, c’est quand il y en a beaucoup que ça fait des problèmes.

Je te rappelle qu’à l’époque des faits incriminés, je m’étais fendue d’un mail charmant, poli et convenable à la dite équipe pédagogique, que je n’avais reçu aucune réponse, mais que je n’abandonnai pas pour autant mon ton charmant, poli, et convenable, ayant pour but unique l’ouverture de la réflexion, et non la polémique sur le sujet brûlant du moment ou une quelconque remise en cause de leur travail.

 

  • Stratégie de réponse 1 (défensive)

La maîtresse ne voit pas de quoi je veux parler.

J’évoque le cahier de texte de ce funeste jeudi soir, pour exemple.

 

  • Stratégie de réponse 2 (évasive)

Les devoirs ont été communiqués à l’avance, le Moelleux aurait pu les faire pendant le week-end.

Certes, mais le week-end, il fait déjà ceux du lundi et du mardi, alors lui coller ceux du vendredi, à tout juste sept ans, bof. Il sont pas un peu le temps pour être grands?

 

  • Stratégie de réponse 3 (triomphante)

Mais il y a le mercredi !

Je rappelle gentiment que le mercredi est fait pour se vider la tête, faire du sport, et revenir le jeudi plein d’entrain à la tâche, non pour se fader deux longues heures de devoirs, à sept ans. Je tackle un peu sournoisement, rapport qu’elle m’a avoué en début d’entrevue qu’en gros, les mômes, ils sont déchaînés, vivement les vacances.

Et que le mercredi, quelle surprise, il fait les devoirs pour le jeudi, déjà.

 

  • Stratégie de réponse 4 (acculée)

Ah, mais si l’école doit s’adapter à l’emploi du temps des enfants ET des parents !

Non, mais c’est juste que bon, sept ans, c’est pas encore bien grand, hein…Déjà, ils sont incapables de préparer leur cartable, puisqu’ »on » n’a jamais pris le temps de leur apprendre…

 

  • Stratégie de réponse 5 (victorieuse ET contradictoire) (c’est là que tu laisses tomber)

Il faut a-bso-lu-ment qu’ils apprennent au plus vite l’autonomie et l’organisation.

Il faut que les parents regardent chaque soir les cahiers de leur enfant, et le cahier de texte sur plusieurs jours à l’avance. En gros, VOUS n’aviez pas fait votre devoir de parent ! Mais vous allez être contente, ce week-end, en raison des évaluations de la semaine, pas de devoirs ! Vous êtes libre !

Je me suis mordue sur la langue pour ne pas lui demander si je devais alors faire ceux du mardi, du jeudi et du vendredi…

Et j’ai fini par conclure avec le directeur, responsable de la classe des grands et beaucoup plus détendu du slip avec le sujet et la pédagogie en général, qu’elle faisait son job, moi le mien. Et qu’à la maison, c’était à moi de décider si mon fils n’en pouvait plus.

 

Il n’y a pas que l’école dans la vie.

Surtout à sept ans.

Et même à douze, tiens.


Helpdesk #2: camembert!

Un lecteur anonyme, dénoncé par l’outil statistique impitoyable de wordpress (oui, si tu tapes «troquez vos enfants contre un martini blanc» (je n’invente strictement rien!) dans Google, je te vois, parent indigne) nous pose la question suivante :

 

les sourie aime t elle le camenbert

 

En voilà une question qu’elle est bonne et qu’elle concerne tout le monde. Moi-même, personnellement, il m’arrive dans certains moments d’égarement d’en croiser une aussi grande que moi et qui rend ma marmaille hystérique, c’est vrai, on aimerait souvent savoir comment lui faire plaisir. Puis si elle peut la boucler trois minutes avec sa voix nasillarde là, que ce soit avec du camembert, c’est toujours moins cher que des macarons.

Les pois, c'est dans l'autre sens que ça amincit, Minnie.

Pour le reste, celles que j’ai croisées jusqu’ici étaient soit trop timides (c’est clair qu’avoir la tête coincée dans le piège n’aide pas beaucoup à la badinerie), soit muettes (ou relativement connes, j’ai pas pu me décider) pour que je puisse leur demander. Mon frère en avait une trüs mignonne au demeurant qu’il avait baptisée Prokofiev, et il me semble bien me rappeler qu’ils avaient en commun l’amour du fromage en boîte.

Mais qu’est-ce qu’ils puaient du bec, tous les deux, après.

 


Décryptage de survie parents-enfants

Le môme est machiavélique, t’as beau le savoir, il te surprend tous les jours. T’as beau avoir nettement plus de bouteille que lui, et pas que celle de rosé, tu te fais encore toujours avoir.

Moi-même, pas plus tard qu’hier soir, garde baissée sans doute, je fus mise au tapis en beauté par la Pili-Pili, pourtant bien occupée à manger son Ebly aux champignons, ça doit être pour ça que je ne me suis pas méfiée.

 

Pili-Pili : Je pourrai aller chercher la Collégienne avec toi ?

Mentalo : On verra ! (sous entendu non, t’as vu l’heure, tu vas au lit, mais si je te le dis comme ça, je sens bien que tu vas gueuler, donc j’élude : gros fail).

Pili-Pili : Ouééééé, supeeeeer, le Moelleux, je vais chercher la Collégienne avec Maman et toi tu vas au lit !

 

En gros, on en parlait l’autre jour, les gosses ils ont vraiment le cerveau monté pas tout comme nous, les parents.

 

  • Tu dis :

Dépêche-toi, prends tes affaires, on y va !

Il comprend :

Bon, voyons, je me dépêche OU je pense à prendre mon cartable ET mon sac de piscine ? (toute ressemblance avec un gros fail ayant eu lieu ce matin même est purement fortuite, évidemment)

 

  • Tu dis :

Tu t’es lavé au moins depuis une heure que t’es dans le bain ?

Il comprend :

Je suis dans l’eau depuis une heure, donc je suis propre.

 

  • Tu dis :

Lave-toi les dents !

Il comprend :

Chouette, je vais battre mon record d’avalage de dentifric eparfum Bubble Gum en moins de dix secondes chrono!

 

  • Tu dis :

J’aimerais qu’on range un peu la salle de jeux, là !

Il comprend :

Je suppose qu’elle parle à ma sœur. Moi, j’ai mon circuit à reconstruire.

 

  • Tu dis :

Va falloir rentrer, là, il fait presque noir !

Il comprend :

J’ai pas peur du noir, pourquoi il faut que je rentre?

 

  • Tu dis :

A taaaaaaable !

Il comprend :

On a bien le temps, non, pour la torture des légumes ?

 

  • Tu dis :

C’est très bon les poivrons, enfin !

Il comprend :

Je suis sûr que les petits Soudanais adoreraient, oui.

 

  • Tu dis :

Finis ton assiette !

Il comprend :

Mais elle est vide, là, non ? C’est tout ce que je veux pas qui reste dedans.

 

  • Tu dis :

Je vais éteindre, attention !

Il comprend :

Elle va attendre que j’ai fini de lire ma page de Garfield, ne bougeons pas d’un cil.

 

  • Tu dis :

Hola, le soleil est déjà bien haut dans le ciel !

Il comprend :

J’ai encore trois minutes de couette chaude avant qu’elle pète un câble.

 

  • Tu dis :

Faudra penser à faire tes devoirs !

Il comprend :

J’ai un truc méga important à finir avec mes Playmobil, si je m’en souviens encore j’y penserai après !

 

  • Tu dis :

Ce serait gentil de vider le lave-vaisselle !

Il comprend :

J’ai des parents vachement gentils, en fait.

 

  • Tu dis :

Oui bon, c’est très très moyen, comme note, là, non ?

Il comprend :

Pour ce que j’ai branlé pour cette éval’, j’aurais cru au moins être de corvée dressage de table, trop cool en fait la reum !

 

  • Tu dis :

Tu m’éteins cette DS ?

Il comprend :

Je tente de terminer ce niveau avant qu’elle s’excite…yesss ! voyons le suivant… elle voulait quoi déjà ?

 

Tu as compris, un chien obéit mieux qu’un gosse, mais c’est parce qu’au chien, tu lui donnes des ordres précis, clairs, sans équivoque. Après, je te conseille pas de parler à ton gosse comme à ton chien, si tu veux pas devoir le sortir pendant la pub.

 

-T'as une banane dans l'oreille. -QUOI? -T'as une banane dans l'oreille! -QUOI? Parle plus fort, j'ai une banane dans l'oreille!


Le premier jour où… j’ai pris la parole en public

Du plus loin que je me souvienne, dans les saynètes de classe, je me faisais oublier lors de l’attribution des premiers rôles. Moi, j’aspirais à celui de figurant, quitte à être déguisée en poubelle sur un coin de la scène, voire à celui de public. Silencieux, le public.

Quand il fallait un volontaire pour lire un texte devant la classe, j’étais très absorbée dans le taillage de mes crayons de couleur. Surtout le blanc. Celui qu’on ne voit pas.

Si l’école attendait une visite officielle, et que le directeur désignait un élève pour le discours de bienvenue, j’approfondissais l’étude scrupuleuse des joints du carrelage.

La technique ne me réussissait pas trop mal, à quelques exceptions près… Contrainte et forcée, j’émettais des croassements, bafouillais, devenais plus rouge qu’une tomate bien mûre… un jour, je fus même poussée dans le dos : mon nom avait été appelé, et je me concentrais tellement à espérer qu’il n’en fut rien, que je ne l’avais pas entendu.

J’aimais parler, mais pas en public. En grandissant, ça ne s’est pas vraiment arrangé.

J’avais vingt-et-un ans quand un ami très proche me demanda d’être témoin de son mariage. On n’attendait pas de moi un discours digne de comédie romantique américaine, j’acceptai. (Surtout pour le chignon.)

Une semaine avant l’événement, sa dulcinée m’envoya alors ce mail qui ne souffrait aucune contradiction :

Chéri-Chéri m’a dit que tu étais partante pour lire un texte lors de notre messe de mariage, le voici donc. Encore merci !

L’église était immense. Je m’avançai comme une condamnée dans le couloir de la mort. Je suppose que j’ai bafouillé. J’espère ne pas avoir pleuré. Je crois bien que j’ai chuchoté, et que personne n’a rien entendu. A vrai dire, j’occulte un peu le souvenir, c’est préférable. je me souviens juste que c’était un extrait du Cantique des Cantiques.

Quelques années plus tard, en pareilles circonstances, je n’hésitai pas à emmener lâchement ma fille alors âgée de six ans par la main (que je lui massacrai à force de la serrer) pour lire mon texte. De trois lignes, cette fois. J’avoue que j’avais même tenté de la soudoyer pour le faire à ma place, c’est dire. Elle a dit non: « c’est MA marraine, mais c’est TON amie. »