On ne fait que parler de ça depuis quelques jours, maintenant qu’on a fini de compter les morts et les impacts de balles, quelques parents fatigués de se prendre le chou avec des problèmes de trains et de robinets en rentrant du boulot se sont rappelés qu’au fond du grenier, traîne sous une bonne couche de poussière depuis 1956 une bonne vieille circulaire des familles qui interdit les devoirs à la maison pour nos chérubins de primaire (et du collège ? je sais plus – mais c’est pas la même chose à mon sens).
Alors, y a les ultra-pour, les maîtres de la vieille école, qui rappellent que les devoirs n’ont jamais tué personne, que ça fait 35 ans qu’ils enseignent le CP, et qu’ils ont toujours fait comme ça (tousse, tousse), et que l’argument d’inégalité à la maison ne tient pas : y en a toujours eu. Heu…
Y a les ultra-contre, assez comiquement tiens donc plutôt du côté des parents qui rentrent tard et qui en ont un peu ras le pompon de repasser eux aussi leur certificat d’études avec leur môme à l’heure de faire réchauffer la pizza congelée. Heure où de toutes façons le môme il est moyen réceptif, rapport qu’il a les crocs et que tout le monde est fatigué après une longue journée. Parce qu’un môme de primaire, il est rarement autonome, faut pas se leurrer. Pis dans le meilleur des cas, maman et papa, ça fait vingt cinq ans qu’ils étaient à l’école, et de leur temps (hu hu) on ne parlait pas, je cite, de « trouver la valeur approchée par excès » (WTF ?) mais d’ « arrondir à l’unité au dessus ». Passé 19 heures, ça peut mener à l’infanticide, ce genre de différend, sérieux.
Puis y a ceux qui voguent entre les deux. Qui se disent que tout est dans la mesure, comme d’hab, qu’un juste milieu ne nuirait à personne, hein. Et bien sûr, je suis de ceux-là, tu l’avais deviné.
Que mon gamin (en CE1, l’année de la peur) ait cinq mots d’orthographe à apprendre, une page de lecture et deux opérations de maths à effectuer, ça ne me défrise pas outre mesure. Surtout que pour être tout à fait honnête, il a le temps de le faire chez la nounou.
Qu’il ait une nouvelle poésie à apprendre pour chaque vendredi, que pour te situer le niveau je m’épate toujours du fait qu’il y arrive, parce que moi pas, et je commence déjà à me poser des questions quant à l’égalité des chances, et au bien-fondé de la chose (je sais : apprendre à apprendre, en théorie) le vendredi, en fin de semaine, quand la fatigue se fait doucement sentir.
Que quand j’arrive chez la nounou un jeudi dernier à 19h, journée où ils ont eu piscine (donc grosse fatigue), qu’il est à ses devoirs depuis plus d’une heure, que nous y investirons encore plus d’une heure trente tellement la liste des devoirs est longue comme le bras (dont une page A4 d’homonymes, arrrghhhh), il ne m’en faut pas plus pour envoyer un mail gentil, poli et bien comme il faut à la maîtresse : le Moelleux n’a pas fini ses devoirs, il est épuisé, et au bout de deux heures, j’estime qu’il y a manifestement abus. Et pourtant, d’habitude, si tu me cherches, tu me trouves plutôt du côté des enseignants, mes mômes le savent et à la base ne voient absolument pas les devoirs comme une corvée (au contraire presque, la plupart du temps).
Elle ne m’a pas répondu. Elle aurait pu me dire que les devoirs étaient donnés depuis le vendredi précédent. Certes. J’avoue que c’est ma faute, je n’avais pas regardé si loin dans le cahier de texte. Parce que j’estime que des mômes de sept ans n’ont pas à penser à s’organiser une semaine à l’avance. Et que les vacances sont faites, à cet âge, pour vivre leur vie d’enfant et d’insouciance, et non une parodie de notre vie d’adulte avec son cortège de « toujours plus, toujours plus haut, toujours plus fort, sois le meilleur ou crève ».
Et si le secret d’une scolarité réussie, c’était de laisser aux enfants le droit d’être des enfants, et de leur donner le goût et l’envie d’apprendre, tout simplement ?
Je doute que cet objectif passe par des engueulades à des heures indues pour des trucs qu’il aura oubliés avant la fin du mois, de toute façon. Et interroger mes enfants sur leur journée, on fait ça à table le plus souvent, ce qui me fournit 50% des anecdotes que je te raconte ici, d’ailleurs.
Bon, je te laisse, le Moelleux a huit évaluations cette semaine, deux par jour, parfaitement, on a du boulot.

Edit : le souci ne s’est jamais posé pour la Collégienne, comme quoi à maîtres différents, politiques différentes, et résultats équivalents. Au final, elle est régulière et méga organisée au collège.