Opportunistes

Ô Toulouse, ô Montauban, ô Toulouse encore.

Il n’est plus de mots pour dire l’horreur, l’effroi, le dégoût, l’incompréhension, la peur.

Pourtant, certains en trouvent encore, des mots à dire. Plus ou moins appropriés. Plus ou moins ambigus. Plus ou moins douteux. Plus ou moins faux-cul.

Ils courent ventre à terre sur les lieux du drame, leur campagne soit-disant entre parenthèses. Se montrer. Etre là. A quel titre, si ce n’est celui de candidat. A quoi donc, puisque la campagne est suspendue, ils l’ont dit eux-mêmes?

Le deuil ne pouvait-il se contenter de quelques phrases de soutien, de compassion, de condoléances, depuis Paris?

Est-ce que leur présence le jour même, odieux défilé opportuniste, apporte vraiment quelque chose aux familles touchées de très près ou de tout près? Est-ce qu’une présence muette aux obsèques ou commémorations n’aurait pas été suffisante pour témoigner de leur indignation?

Est-ce qu’ils auraient fait le déplacement, s’ils n’avaient pas été candidats?

Finalement, ironiquement, paradoxalement, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette, le seul à avoir une certaine légimité à se trouver sur place, est le Président en exercice. En tant que président. Pas candidat. Subtile nuance.

A-t-on besoin d’entendre en ces moments douloureux pour un pays entier, cette phrase qui me laisse absolument perplexe: « Mon devoir de responsable politique est que tous les Français se sentent citoyens de France. » (F.Hollande) (Mais les autres, c’est pas mieux, hein). Est–ce que je pinaille quand je réclame pour tous le droit de se sentir en sécurité dans la rue, d’envoyer ses enfants en toute confiance à l’école?  Est-ce trop demander de la part de nos chers candidats un peu de décence alors que des innocents ont perdu la vie? (aka, qu’ils la ferment, tout simplement, passés les messages d’empathie évidents).

J’ai juste envie de vomir.

Une minute de dignité et de silence, c’est encore ce qui se fait de mieux.


Paillettes

Hier soir, j’ai mis une couche de paillettes pour rattraper mon vernis framboise qui commençait un peu à faire la gueule (j’avais pas le temps de me refaire la totale) après un WE classique fait de ménage, taxi, cuisine, vaisselle. Moment d’égarement sans aucun doute, certitude de l’instant de toucher au Graal du rajeunissement furtif… (le vernis pailleté en question appartient à la Collégienne) (en même temps, c’est la faute à Pshiiit, aussi. Clique et tu peux mourir, ensuite.)

Las ! Ce matin, au moment de partir, j’ai constaté que la Collégienne en sautant le pas de la porte pour attraper son bus avait oublié ses clés. N’écoutant que mon bon cœur de mère, et ignorant toutes les sirènes d’avertissement qui se mirent à sonner en même temps dans ma tête, je décidai de lui apporter au collège, ça ne me faisait qu’un petit détour, et sur son trousseau, les clés de son casier censé soulager son dos au cours de ce lundi, journée hyper chargée (= elle a piscine, puis sport, puis cours, puis flûte traversière – encore heureux qu’elle ne joue pas du trombone, tu me diras.)

Je traversai les cours du collège à sa recherche, croisai certains visages connus, d’autres non. Sur tous, les stigmates de l’adolescence. Et quand le regard restait vif pour un lundi matin tôt et la peau plus ou moins nette, les ravages de trop de temps passé le matin devant le miroir étaient bien visibles. Je te le donne en mille : avec mes paillettes aux doigts, je fais pas ado attardée, je fais siècle dernier. La mode ado est au vernis mangé, noir ou violet, qu’on se le dise. Et surtout, au putain de trait d’eye-liner mal fichu et à la frange trop longue plaquée à grand renfort de gel qui fait le cheveu gras sur le côté – pour les filles, ça va de soi, alors que chez les garçons, on observe la tendance Bieber versus légionnaire à piques.

Je te vois déjà ricaner, eh bien sache que ma Collégienne a été ravie de me voir, et m’a gratifiée d’un câlin public, et d’un merci plein d’amour. Il n’est pas encore venu apparemment le temps où sa reum lui fichera la teuhon.

Et toc.

Puis ça devait être le petit vent frais qui m’a mouillé un peu les yeux, juste après.


Le premier jour où… j’ai fait un truc de fou

C’était à la fin de l’été 2005.

J’étais en possession d’une charmante fille de tout juste quatre ans, d’un bébé de six mois, et de quelques mois de congé parental devant moi. Je m’étais fait une joie à l’idée de cet été idyllique de liberté, des promenades, des excursions, du temps passé avec mes petits. Nous prenions à peine notre rythme de croisière, les premiers mois du Moelleux avaient été très difficiles, les séquelles de sa naissance longues à guérir pour nous deux. Cet été devait être l’été de la renaissance.

En fait de renaissance, cet été avait été copieusement arrosé, largement trop froid, épouvantablement trop gris, absolument pourri.

J’avais donc entrepris de repeindre un plafond, poncer et lasurer les volets… en regardant la pluie tomber. Nous avions prévu quelques jours de vacances en montagne en septembre, mais que le temps semblait long, enfermés à la maison.

C’est ainsi qu’un jour de la fin août, je préparai les bagages pour les vacances, et les laissai dans un coin du garage. Je préparai ensuite un grand sac et y fourrai mon copain le Babycook, quelques affaires, repliai la poussette, fourrai le tout dans le coffre de la voiture et traçai la route vers le sud. Pour la première fois, toute seule, avec des petits, un truc de fou.

Six cent kilomètres plus tard, je trouvai le soleil et m’arrêtai pour une semaine. J’eus l’impression de revivre, de sécher mes ailes, et de commencer une nouvelle vie. Le Jules nous repêcha, chargé de nos bagages, pour des vacances tous ensemble cette fois. Depuis, chaque année, sans vraiment le planifier, quand ça me prend, quand ça me démange, j’embarque les enfants pour des vacances un peu bohèmes, un peu improvisées, mais toujours avec le même sentiment de liberté.

Parce que depuis ce jour d’août, je sais que je peux le faire, et que quelques milliers de kilomètres ne m’arrêtent pas.


Solitaire

Le Jules est parti.

Pour la semaine.

Vers des contrées plus riantes, maritimes et chaudes qu’ici. On peut pas lui donner tort, même si c’est quand même un beau salaud. Paraît que c’est pour son travail. Laisse-moi rigoler. Enfin. Je compte bien lui faire un peu la tronche quand il reviendra SAUF S’IL ME RAMENE UN CADEAU, mais en attendant, je lui ai fait croire que j’allais me morfondre sévère pour pas lui faire de peine, mais je vais plutôt en profiter pour…

  • dormir avec des chaussettes
  • et ronfler, tant qu’à faire, en X à travers le lit
  • piquer toute la couette
  • dormir les volets ouverts, pour être réveillée par le jour et le concert des piafs
  • lire jusqu’à pas d’heure
  • me lever trop tard, être à la bourre, arriver en retard au travail
  • traîner dans la salle de bain
  • me vernir les ongles (j’ai mis la base samedi dernier!)
  • récupérer le portable pour trier mes photos et actualiser un site en perdition
  • soyons folle du timing, publier un peu dans la cuisine des copines
  • tout manger le chocolat (mais pas fumer les Craven A)
  • live-twitter mes soirées pilou-doudou passionnantes
  • manger du Boursin à l’ail et des harengs aux pommes et faire des concours d’haleine avec les gamins ravis
  • jeter un ou deux de ses vieux t-shirts pourris
  • remplir des paniers virtuels de fringues, ripper et cliquer quand même sur « valider votre commande », oups
  • téléphoner à une copine, boire une infu avec une voisine
  • dire que du bien de lui, parce que j’ai oublié comme il est agaçant à mieux vieillir que moi
  • autoriser les gamins à veiller tard vendredi soir
  • finir la semaine complètement décalquée

Dommage que mes journées ne fassent que 48 heures de moyenne, tiens.

Reviens, le Jules, merde, c'était pour rire.


Etrangère

Ce matin, j’entendais à mon corps défendant et à l’insu de mon plein gré, une fois de plus, gloser sur cette idée de droit de vote aux étrangers, porte ouverte, OMG, aux étrangers dans les conseils municipaux. (Genre que prendre la nationalité française changerait ipso facto les idées qu’ils ont envie de voir mener à bien, bonnes ou mauvaises, s’entend, comme tout le monde.)

Doudette, dans sa grande sagesse, avait déjà abordé le sujet, et je m’étais promise d’y revenir, notamment suite au débat qui avait suivi dans les commentaires.

D’après ce que je lis, ce que j’entends, y compris dans la bouche de la plupart des candidats, c’est

 

Si tu veux voter, passe ton bac d’abord deviens français d’abord.

 

J’ai déjà dit ici même que je ne suis pas française, et qu’il n’est nullement dans mes intentions de le devenir, même si j’enrage de ne pas pouvoir voter – ce qui ne m’empêche pas de m’investir d’autres façons.

Je vis en France depuis tout juste dix ans. Quand le Jules m’a épousée, la mairie m’a demandé si je souhaitais faire la demande de nationalité française (à l’époque, un an de mariage et tu avais ton passeport bleu blanc rouge en poche). Je les ai choqués en répondant que non, un peu trop vite. Je n’avais pas réfléchi à la question. Je n’étais pas préparée. Depuis, j’y ai réfléchi, et la réponse est toujours négative.

Je serais pourtant une parfaite candidate: je parle le français avec des morceaux de gros mots dedans, je fais la tartiflette mieux que personne, je connais plus ou moins l’histoire et la géographie de la France (mais si tu me demandes de situer le Cantal, j’avoue que j’ai encore un peu de mal), je bats le Jules au jeu des numéros de départements et de Louis, et sûrement aux paroles de la Marseillaise…

Puis surtout, j’obéis aux lois que des gens que je n’ai pas élus ont votées, je paie les impôts que des gens que je n’ai pas élus ont décidés. Depuis dix ans, donc.

A ce titre, et ayant enfanté sur le sol français de rejetons parfaitement français, on pourrait me filer le droit de vote gratos, je trouve.

Sans m’enlever la seule chose qui me reste de ce que mes parents m’ont donnée: ma nationalité.

La seule chose qui me rattache encore à mes origines, si on excepte quelques spécialités culinaires que mes voisins ont eu le temps d’apprécier, en dix ans. Ma particularité. Mon identité.

Alors, je préfère ne pas voter, que d’être obligée de nier une partie de moi.

Là, ce sont les autres qui me nient. C’est pas pareil.