Vous l’infâme

Vous l’infâme patron qui méprisez les lois et continuez de sous-payer, sous-estimer et sous-évaluer vos collaboratrices,

 

Vous l’infâme mari, frère, père violent et/ou intolérant,

 

Vous l’infâme chef d’état qui opprimez votre peuple, maintenez une guerre civile dont vos concitoyennes sont toujours les premières victimes,

Vous l’infâme geôlier qui maintenez des innocentes derrière les barreaux,

 

Vous l’infâme prédateur détraqué qui m’empêchez de traverser la ville seule le soir, ou même la forêt le dimanche après-midi,

 

Vous l’infâme fou dangereux qui traversez les villages pied au plancher, dont les quelques minutes d’avance sont si précieuses au regard des petites vies que vous fauchez,

 

Vous l’infâme macho, qui en 2012 ne voyez toujours pas où est le problème,

 

Vous l’infâme politicien(ne), qui par vos discours consternants mettez en cause les libertés chèrement acquises par nos mères,

 

Vous l’infâme qui avez fini hier soir la tablette de chocolat aux noisettes, ne me laissant que les miettes,

 

La révolution XX est en marche. Et je te cause pas de film porno.

 

(Julio, ta gueule, maintenant).

 


Con(sternante)

Les grandes personnes sont bizarres. Elles demandent à leurs enfants d’être raisonnables, et elles, elles prononcent des fois des phrases totalement dépourvues de sens, sous prétexte de prendre soin d’eux.

 

Petits, avec mon frère, nous caricaturions souvent notre mère :

-Ne tombe pas dans la cave !

-Non Mamaaaaaaaaaaan ! (bruit étouffé d’une chute du douzième étage)

Evidemment, nous nous trouvions très drôles. Elle faisait la grimace.

 

Puis, l’autre jour, j’ai réalisé que c’est plus fort que moi, moi aussi j’abreuve mes mômes de ces phrases débiles, et que j’ai même pas besoin d’eux pour me foutre la honte, je passe très bien pour une conne toute seule.

 

Au Moelleux qui étrennait sa trottinette toute neuve samedi, je demandai de chausser ses vieilles baskets et d’enfiler son casque. Normal, tu me diras. Ce qui l’est moins, c’est que j’ajoutai alors :

 

Et essaie de faire attention à tes dents au prix où je paie l’orthodontiste !

 

Consternant. Il a eu la bonté de ne pas relever. Parce qu’en principe la marmaille n’est jamais en retard pour te faire sentir que la maison de retraite est proche.

 

Ainsi, rentrant samedi midi d’une matinée de courses diverses, je m’enquis toute joyeuse auprès de la Pili-Pili :

 

-Alors ma puce, qu’as-tu fait ce matin ?

-Cacaaaaaaa !

 

Evidemment. Tant de spontanéité est certes émouvant. 

Mais depuis, je fais une cure d’abstention.


Trou noir

Y a un trou noir dans les couloirs.

 

Y a un lutin dans les petits coins.

 

Y a un sorcier dans le grenier.

 

Y a une pie voleuse dans la lessiveuse.

 

Sinon, comment expliquer la disparition mystérieuse ces derniers jours

 

  • du doudou jumeau de la Pili-Pili ?
  • du doudou triplé de la Pili-Pili ?
  • du bébé échangé de la Pili-Pili ?
  • des chaussons de la Pili-Pili ?
  • de mon passeport périmé à renouveler?
  • du câble de l’appareil photo ?
  • de la montre Swatch du Moelleux ?
  • du courrier super important de l’Urssaf qui me menace des pires sévices, contre quelques milliers d’euros ?
  • de la carte de mutuelle 2012 ?
  • du sacro-saint micro timbre vert de l’assurance voiture ?
  • de l’extrait de compte numéro huit ?
  • de mon couteau de cuisine préféré ?
  • de la trentième pièce du puzzle, pile sur le nez de Mimi la Souris ?
  • de la dernière tablette de chocolat au lait ? (ah bon, dans ma table de nuit, la boîte vide, t’es sûr ?)
  • d’une dizaine de chaussettes ?
  • du bonnet de la Collégienne ?
  • d’une demi douzaine de sticks à lèvres ?

 

Grosse rançon offerte.

 

 

 


Graou, le Gruffalo!

Chez les Mentalo, quand le Jules est absent le samedi soir, y a une tradition „famille formidable mais pas modèle“ que les enfants adorent, et font de moi une mère ultra coolos et vénérée à leurs yeux: on mange dans le salon à l’étage, devant un DVD (que JE choisis, faut pas pousser non plus).

 

Du coup, on se fait une junk food maison : pizzas, hamburgers ou hot-dogs, des plateaux, un demi rouleau de Sopalin, et c’est l’éclate.

 

Samedi soir, j’avais choisi Le Gruffalo, que j’avais reçu pour test dans la semaine.

 

Alors c’est rien de te dire que de 3 à 36 ans, le public-échantillon de quatre personnes sur canapé au ketchup fut emballé.

 

Une petite souris se promène dans un bois très sombre. Elle rencontre un renard, un hibou et un serpent qui la trouvent bien appétissante et l’invitent chacun leur tour à déjeuner dans leur demeure. Mais la petite souris, très maligne, prétexte un rendez-vous avec… un Gruffalo ! Mais au fait, c’est quoi un Gruffalo ?

 

 

Le Gruffalo, selon les Mentalo, c’est

 

  • Vingt-cinq minutes d’une jolie histoire. Juste parfait pour un DVD d’avant dodo (c’est le mal, on est d’accord, mais tu fais ce que tu veux). Ou pour un intermède sans abuser de l’écran. Comme j’étais jouasse, on l’a regardé deux fois de suite, ça fait toujours moins d’une heure de télé.

 

  • Une histoire de monstre pas si vilain, pas si méchant, qui fait frissonner mais pas vraiment peur. Et surtout, une histoire où une toute petite souris, super maligne, a le dessus sur les autres personnages, bien plus grands, bien plus effrayants qu’elle. Ou comment un tout petit peut être bien plus fort que le monstre caché sous son lit ou dans son armoire (perso, chez nous, y en a pas: on ferme la porte à clé la nuit, comment tu veux qu’il rentre, hein?!)

 

  • Un graphisme presque à l’ancienne, avec un vrai travail sur les textures et les couleurs douces. Mention spéciale aux mouvements des yeux, drôlissimes.

 

  • Un humour permanent, tant dans les dialogues que dans le graphisme (notamment la position assise du renard, qui m’éclate).

 

  • Une histoire qui ne va pas trop vite, et au concept répétitif : les petits ont le temps d’accrocher. Ils suivent tout, ils comprennent tout, ils anticipent, et ça, ils adorent. Le film est destiné aux 2-5 ans, mais le Moelleux, et la Collégienne ont complètement craqué. La Pili-Pili était à fond dedans, à finir les phrases avant la souris. Collector.

 

  • C’est poétique, tendre et doux. Chez les Mentalo, on est rien que des gonzesses, Babar nous fait pleurer quand il perd sa mère, alors tu penses si y a du level on a aimé. Puis quand c’est fini, tu dis à ta Pili-Pili que les petits écureuils vont faire dodo, eux aussi. Forcément, si t’habites au quarantième étage d’une tour de cité, ça parle un peu moins à ton lardon, ok. Mais chez nous, c’est top.

 

  • Un bémol ? Ca dure que vingt-cinq minutes de bonheur. Mais j’ai dit que c’était aussi un avantage.

 

Un vrai coup de cœur, donc. Un film primé au Festival d’Annecy en 2010 et nommé aux Oscars 2011. Adaptation de la fable familiale par Jakob Schuh.

 

 

 

 

 

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