Je le croise tous les matins, quand je traverse son village, peu avant huit heures. Toujours au même endroit, sur le même trottoir. Toujours chaussé de grandes bottes en caoutchouc ; sa ferme est juste à côté. Il est très grand, il doit approcher des deux mètres. Ou alors c’est le contraste. Dans sa main droite, chaque matin, deux cartables, un tout petit rose, et un moyen bleu. Au bout de sa main gauche, deux enfants, parfois souriants, parfois un peu endormis encore.
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Le long de la route, un petit vieux tout racrapoté, tout rétréci par les années, avance doucement, béret sur la tête. Sur son visage, on peut lire son bonheur et sa fierté. Car dans chacune de ses mains, il tient celle d’un de ses petits-enfants, à peine plus petits que lui, oh, pour quelques mois à peine encore. A les voir, on ne sait pas bien qui tient, qui soutient qui.
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La voiture démarre. Sur le seuil de sa porte, la femme au t-shirt rouge éclatant révélant son ventre rond plein de vie réchauffe ses épaules sous un cache-cœur noir. Son bras se lève, et sa main dessine un au revoir. Monsieur part pour sa journée de travail, accompagné d’un baiser confié au vent léger.

