Relou

Au Knast, si j’ai à peu près réussi à éradiquer le problème Miss Camping en obtenant la scission de nos activités, et donc en gagnant une dizaine de mètres d’éloignement, il n’en reste pas moins que, comme dans tout open space normalement constitué, y a au moins un collègue relou. Voire plusieurs.

 

Le collègue relou bien bien relou de base, t’as vite fait de l’identifier, de le mettre en quarantaine autant que la bienséance et tes fonctions te le permettent, bref, t’es prévenu.

 

Puis y a le mec bien sous tous rapports dont tu ne te méfies pas. Enfin, pas trop. Ou plutôt, pas assez. Des blagues relous, il en fait bien, mais en même temps, il est loin d’être le seul (t’ai-je déjà dit qu’au Knast, j’ai des collègues, pas des amis ?), donc tu laisses couler.

 

Il pose des questions un peu indiscrètes sur ta vie privée – faut dire que c’est une vraie gonzesse, qu’il veut toujours tout savoir, et que toi, tu leur dis rien et moins que rien, donc forcément, ils sont un peu frustrés. Parce que eux, ils te racontent, même si en gros t’en as rien à foutre. Tu leur racontes rien pas parce que tu veux rien dire, mais parce que encore une fois, les collègues, c’est pas tes potes. De la même façon que t’es bien choupi, mais jamais tu liras ici un récit d’accouchement, parce que ça te regarde pas, c’est tout. Et qu’en vrai, tout au fond de toi, tu t’en fous un peu, voire beaucoup, avoue.

 

Bon bref le collègue relou, à force de revenir à la charge toutes les deux heures, de guerre lasse, tu te fais avoie et tu finis par lui filer de l’info, en lui précisant qu’il a pas besoin de l’afficher sur le mur de la cantoche teutonne, merci.

 

Grave erreur. GraveS erreurS. Premièrement de lui avoir filé de l’info, deuxièmement de lui avoir demandé de fermer sa gueule. Forcément, ça l’excite.

 

Parce que moins de deux heures plus tard, t’as la collègue-qui-si-elle-était-pas-collègue-serait-presque-une-copine qui vient gentiment aux infos. Et t’as l’autre collègue qui est pas méchante mais que bon elle a un très gros cul elle est blonde qui demande à un autre qui te demande si tu serais pas concernée par l’info –banale, au demeurant- qui circulerait.

 

Du coup, tu files un mail à collègue relou. T’es moyen gentille. Lui, il joue au con, prétend qu’il ignore de quoi tu parles.

 

Forcément, il est relou.

 

Et pire qu’une meuf.

 

A moins que…. Me demande si je vais pas demander à Truc qu’il demande à Machin si Relou serait pas en fait une gonzesse… Ca devrait les occuper un moment.

 

Mais qu’est-ce que ça me fatigue.

 


A la montagne

 

A la montagne, t’as pas besoin de te justifier pour manger de la raclette tous les trois jours. En alternant avec tartiflette et fondue. Et saucisson pour faire bonne mesure. Le tout, local, va sans dire.

 

A la montagne, tes poils (de partout) poussent plus doucement. A moins que ce soit le fait qu’ils soient planqués sous douze épaisseurs de thermolactyl, que du coup tu les vois pas ?

 

A la montagne, t’as toujours le brushing impeccable. Du moins, c’est ce que tu prétends, et les copains n’ont aucune chance de vérifier, sous ta chapka.

 

A la montagne, quand t’es un peu fatigué ou mou du genou, tu dis que tu as froid ou que tu ne supportes pas bien le changement d’altitude / de météo soudain, et tu te finis au viennois sur une terrasse au soleil. (J’ai dit au viennois, pas au Viennois, nuance. De taille.)

 

A la montagne, tu passes plein de temps avec la Pili-Pili, quand le Jules arrive à s’échapper sans qu’elle lui réclame une piste verte à descendre en hurlant de joie. Ce qui te permet de constater qu’elle a étendu son vocabulaire à « C’est quoi ce bordel ? », « J’ai besoin de pisser » et « t’as des crottes dans ton nez » (quand tu mesures 1m70, se méfier globalement de tout qui mesure moins d’1m50).

 

A la montagne, tu peux faire une étude sociologique comparée des prénoms en vogue sur les cimes enneigées par rapport au Carrefour de la vallée. Au-delà de 2000 mètres d’altitude fleurissent les Clovis, Elia, Pollux et Bertille. Avantage social futur certain sur les Donovan et autres Deborah de la France d’en bas.

 

A la montagne, tu trimballes un barda qui pèse quatre tonnes, qui finit toujours par te péter les doigts, les ongles ou les oreilles, mais bizarrement t’es heureux. Ca doit être parce que tu paies cher pour ça.

 

A la montagne, 18 heures c’est tout à fait une heure décente pour l’apéro. 17h55 aussi, d’ailleurs. Rapport que tu te couches à 21 heures maxi : le grand air, le sport, tout ça.

 

A la montagne, t’es au courant de rien. Je veux dire, encore moins que d’habitude. A la montagne, point de campagne, point de rubrique chiens et gens écrasés, le seul bulletin qui t’importe vraiment, c’est le météo. Local. Que tu constates en levant le nez et en y repassant une couche de crème solaire avant qu’il ne pèle.

 

A la montagne, y a toujours un tas de beaufs qui croient que parce que tu avances tout doucement avec une Pili-Pili d’à peine un mètre qui ripostera pas, ils peuvent la bousculer / décapiter avec leurs skis / éborgner avec leurs bâtons / dépasser sans vergogne. Ils finissent souvent par se rendre compte que, contre toute probabilité scientifique, le yéti existe vraiment : c’est sa mère.

 

A la montagne, quand il tombe trente centimètres de neige en une seule journée, tu pousses des cris de joie en imaginant la neige moelleuse qui accueillera ton fessier le lendemain. A la différence de la vallée, ou tu enfiles les jurons comme les perles du chapelet de Bernadette, rapport au trajet pour le taf.

 

A la montagne, tu constates que ton fils est en fait le fils caché de Jean-Michel Apeuprès. Pour lui, un « assortiment de fromages », c’est le truc pour le gratter, là (aka une râpe, pour les lents). C’est aussi le roi du bruitage digne du cinéma pour raconter ses exploits dans la télécabine. Récit assez obscur par ailleurs, traduit en simultané par sa sœur, heureusement.

 

A la montagne, tu te rends compte que ta Collégienne a grandi. Pas parce qu’elle skie désormais nettement mieux que toi. Mais plutôt quand, après l’avoir laissée pour son slalom géant nocturne (elle a fait un temps de ouf, ndlr), tu la retrouves deux heures plus tard au bar d’un hôtel : elle allait pas se les cailler en attendant que tu viennes la repêcher. (Tu fêtais l’anniversaire de son frère dans un autre resto.)

 

A la montagne, il y a une loi bizarre qui autorise le Jules à toujours choper la meilleure place en terrasse, pile poil face soleil. Ce qui fait qu’au retour il est buriné comme un berger corse, alors que toi t’es restée plutôt formage de brebis.

 

A la montagne, le temps n’est pas suspendu au fil du télésiège, malheureusement.

 

 

 

 

 

La blanche.


Docteur Rose

On lit des blogs de docs pas comme les autres. Parce qu’ils portent en eux tellement plus d’humanité que d’égocentrisme communément propre au blogueur de base, et que ça repose du jogging autour de son nombril. Puis c’est autant d’histoires de nos semblables, voyeurisme glam’ non coupable au regard de l’anxiogène trash Doctissimo….

 

On se prend à rêver soudain qu’on vivrait dans un monde où ces médecins différents existeraient vraiment, alors que nous, les seuls qu’on ait rencontrés dans la vraie vie, semblaient n’avoir ni d’oreilles ni de cœur, mais une montre, pressée, évidemment, bien trop pour le fardeau qu’on avait envie quelques instants plutôt de déposer dans leur cabinet.

 

Et puis on passe de longues, trop longues minutes d’attente sur une chaise pourvue d’un joli coussin violet. On se rongerait bien les ongles, mais c’est dégoûtant. Alors on attend, comme les autres.

 

Et puis notre tour vient et elle apparaît, prononce notre nom sans l’écorcher. Nous sommes ses derniers patients de la journée. Elle a près de deux heures de retard, mais nous gratifie d’un sourire chaleureux. Elle explique qu’elle a eu une journée difficile, trop de rendez-vous, trop de cas compliqués, qu’elle est désolée. C’est pas grave.

 

C’est pas grave parce qu’elle va prendre son temps pour nous. Poser quelques questions qui font qu’on n’est plus un rendez-vous, mais un humain, avec une histoire propre, et elle s’y intéresse. Elle est joyeuse, légère comme une bulle, pleine d’humour malgré les heures de consultation à son compteur ce soir-là.

 

Sa voix est douce, rassurante. Ses gestes sont précis, sûrs. Elle nous demande si elle ne nous fait pas mal, alors qu’elle nous effleure à peine. Peu à peu nos mains se dénouent, l’atmosphère se détend et on se laisse aller à une plaisanterie un peu limite. Elle pouffe :

Celle-là, je dois avouer qu’on ne me l’avait encore jamais faite !

 

Elle a deux heures de retard mais elle prend le temps. De faire son travail mieux que bien, au moins aussi humainement que techniquement. De nous soigner le corps et l’âme. D’en faire plus que l’acte prescrit. Quand nous sortons, nous avons l’impression d’avoir rencontré une personne formidable, certainement pas d’avoir croisé la route d’un médecin ordinaire.

 

Peut-être qu’elle a un blog, qui sait ?

 

C'est la couleur des murs de son cabinet. Rose.

 


Itsy bitsy teenie weenie mini

Vingt dieux!

laissa échapper le Jules quand il me vit sortir du dressing ce matin.

 

Sans doute avais-je la dernière fois lavé ma robe pull doudou un peu trop chaud, ou un peu trop souvent…(Ca me rappelle furieusement une pub de lessive, ce truc: « t’as pas un peu grossi? non, c’est mon pull qui a rétréci! » – passons) Malgré les chaussettes rayées remontées jusqu’au dessus des genoux, quelques dizaines de centimètres de collants épais étaient tout de même encore visibles. Mais j’avais chaud, eh!

 

Tu as peur pour ma vertu, ou que je prenne froid ?

lui demandai-je, sans toutefois lui laisser le loisir de la réponse. C’est que ce matin, certes il faisait moins huit degrés, mais c’était toujours dix de plus qu’hier à la même heure. Joie. (Et quelques instants plus tôt, j’avais cru qu’on m’avait liftée par surprise dans mon sommeil, juste avant que la crème au karité de l’Occitane rende à nouveau vie et mouvement à mon visage. Re-joie. Comment font les botoxées ?)

 

Jusqu’à ce que je mis le pied dehors, et me demandai si l’arrière de ma robe n’était pas coincé dans mon collant -un classique de la lose-, rapport au courant d’air atteignant soudainement ma partie la plus charnue.

 

J’avoue, elle n’est pas courte, elle est mini. J’ai encore l’âge où ce n’est pas encore tout à fait pathétique, j’en profite. Juste, je me concentre pour rien laisser tomber et devoir me baisser pour ramasser. J’ai une vie compliquée, moi, t’imagines même pas.

 

Heureusement que de temps en temps la radio me rappelle qu’il y a des gens qui dorment dehors, là,  (ALORS QUE MOI, MEME SOUS MA COUETTE JE FRIGORE) pour que je remette les choses à leur juste place.

 

J’ai fait une commande Damart.

 


Gibier, à peu près

Dans la famille Mentalo, c’est pas qu’on est obsédés bouffe, c’est qu’on parle que de ça estime que manger c’est la vie.

 

Alors en gros, au repas du soir, on parle du repas de midi, que chacun prend individuellement, sauf les deux petits, et on échange sur le sujet : la cantine dégueu du collège, la cantine en vitesse du Knast, le resto-boulot, ou le festin de Babette. Hier soir, par dessus nos courgettes farcies:

 

La Pili-Pili : chez Babette, il y a aussi du riz, comme ici.

Mentalo : ah bon ? Fantastique.  Tu as mangé du riz à midi ?

La Pili-Pili : nooooon, des friiiiiiiiiiites ! Et de la viande.

Le Moelleux : oui, du… du… du hérisson !

La Collégienne, le Jules, et Mentalo, en chœur : DU HERISSON ???

 

(Crrr, crrr, crrr grattent les disques durs de la maisonnée…)

 

Mentalo, s’étouffe de rire : euh, ce serait pas plutôt du SANGLIER ?

Le Moelleux : ah oui, c’est ça, du sanglier ! C’est Bofils qui l’a chassé. C’est quoi, un sanglier ?

Le Jules : un cochon sauvage.

La Collégienne, précise : un truc comme Pumba, quoi, à peu près. Mais qui pète moins. Et sans Timon.