L’art de la sieste

Je te réveille?

 

J’ai jamais été une siesteuse. Pas parce que l’envie me manquait. Plutôt le temps. Jeune maman, je préférais généralement profiter du temps de calme généreusement offert par la marmaille conciliante pour repeindre le plafond (véridique).  Parce que va repeindre un plafond avec un morpion de quelques mois dans les pattes, hein.

Puis, j’ai toujours mieux à faire que dormir.

Sauf quand la Sécu me dit que ça va bien une trentaine d’années, là, mais qu’il suffit, et me paie pour me reposer. Dingue. Fantasme pas, j’ai pas eu droit à un congé d’hibernation, mais à cinq jours de quille. (La Sécu est généreuse quand tu réponds à toutes ses questions par « grmblll fatiguée zzzz ».)

 

Du coup, fallait que je m’entraîne. Et au bout de cinq jours, j’avais mis une technique infaillible au point. Ce qui est ballot, vu que j’ai dû retourner travailler.

 

  • Exceptionnellement, fermer sa voiture devant la maison. Pour avoir la conscience tranquille.

 

  • Exceptionnellement, fermer la porte d’entrée. Pour éviter d’avoir la voisine qui rentre après avoir sonné sans obtenir de réponse, et déplace tes meubles pour attester de son passage. Effet de surprise garanti au réveil. Des fois que ses appels ne t’aient pas encore réveillée. (Toute ressemblance avec des faits ayant réellement eu lieu ce vendredi est purement volontaire.)

 

  • Programmer le réveil quinze minutes avant de devoir récupérer ta marmaille à l’école. Pour dormir sans crainte d’être dénoncée à la SPA.

 

  • Prévoir une marge large. J’ai besoin d’une heure, et pas des vingt minutes communément recommandées.

 

  • Débrancher le téléphone. Je sais pas faire. Enfin si mais j’oublie tout le temps de. Gros gros fail.

 

  • Choisir son heure, et s’y tenir de façon à créer un rythme, même si le sommeil ne vient pas immédiatement. Au besoin, lire ou twitter des conneries le temps que Morphée refasse une tournée. Et si on dort pas, c’est pas grave, on se sera au moins obligé à se poser.

 

  • Se mettre à l’aise, pour pas dire à poil, sous les plumes. Le Jules il fait la sieste trois fois par an, sur le bord du canapé, les chaussures aux pieds qui dépassent du bord. N’importe quoi.

 

  • Dé-cul-pa-bi-li-ser. Je crois que c’est le plus dur. Après tout, si la Sécu te paie pour ça, hein?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Crise

Quand tu restes à la maison aux frais de la Sécu, t’as beau être inscrit sur toutes les listes oranges du monde, faut toujours que le téléphone sonne quand tu fais la sieste / quand tu te brosses les dents / quand t’as déjà un pied dehors, over-pressée d’aller récupérer ton loupiot à l’école avant qu’il ne transforme la maîtresse en bonhomme de neige.

-Madame Mentalo?
-Moui… (sentant la poisse)
-Bonjour, c’est Gilberte, de Orange, vous êtes bien la décisionnaire du numéro 06…
-Si vous voulez dire par là que c’est mon numéro, et que donc c’est moi qui paie, je suis ravie d’être décisionnaire de quelque chose d’aussi crucial… Vous avez un joli accent du sud lointain, Gilberte.
-Vous regardez parfois vos factures?
-Non (la bourde!)… je les paie!
-Ben vous devriez!
-Oui, c’est ce que ma maman me disait toujours aussi. Mais sachant que j’ai un forfait, et que vous m’envoyez chaque mois un petit SMS pour me dire que le montant de mon forfait va être débité sur mon compte aux Bahamas…
-Eh bien justement! Vous le dépassez, votre forfait!
-Moi? mais pas du tout! -Ah si, j’ai des preuves! Vous payez en moyenne watmille boules mensuellement, ces douze derniers mois. Donc vous dépassez.
-Ah bon ? Ravie de l’apprendre. En général je ne dépasse pas.
-Ah si, ah si. Ce mois-ci, vous dépassez d’un euro.
-Arghhhh.
-Moi ce que je vous propose, c’est de souscrire une extension de forfait de 4 euros mensuels (hors taxes, donc 5), ce qui vous donne  3 heures d’appel supplémentaires avec un réengagement de 24 mois et…
-Mais je ne vous ai rien demandé! Il est hors de question que je passe 5 heures par mois pendue à mon portable qui ne me sert qu’à tweeter des conneries quand je m’ennuie au bureau pas beaucoup, en fait.
-Mais Madame Mentalo, c’est une offre unique!
-Mais… j’espère bien qu’elle est unique, et que je vais pouvoir pioncer en paix, là.

-Mais, Madame Mentalo, en ces temps de crise et de combat pour le pouvoir d’achat, je pense qu’il est intéressant de…
-Alors là c’est le pompon. Laissez la crise tranquille, et vous savez ce qu’il vous dit mon pouvoir d’achat?

-Vous avez tort de le prendre comme ça!

-Dites moi, c’est rentable, en temps de crise, de vous faire téléphoner du Maroc pour ça, Gilberte ?

-…

-Bonne journée, Gilberte.

 

Tout ça, c’est la faute à Pacitel, qui hier encore, m’écrivait: »nous vous remercions de cliqueZ ici. » On est bien, au ministère.

 

 


Delete

Les copains,

 

je sais qu’il est midi et que tu n’as pas encore eu ta lecture quotidienne ici-même.

 

Je t’explique. Je suis occupée à une mission de la plus haute importance – pour ma survie psychologique, il va de soi.

 

Depuis ce matin, 8h37, heure de mon arrivée tonitruante (j’ai tambouriné sur la porte du parking qui ne voulait pas s’ouvrir, j’ai imaginé que personne ne trouve mon cadavre avant 2017, ça m’a un peu pété les nerfs) au Knast, je traque le mail indésirable, le truc qui me pourrit la vie et la touche delete de mon clavier bien trop de fois par jour.

 

Non mais t’as remarqué qu’on te met des filtres à tout, contre tout, et surtout officiellement contre la perversité de l’univers entier, mais que dalle on te protège contre les Madame Irma intempestives qui font sans cesse irruption dans ta vie pour te promettre au choix du flouze ou de la lose, ou plus généralement, comme elles s’avancent pas trop, les astres sont pas très coopératifs en ce moment, « un grand événement ».

 

Bref depuis ce matin, telle une pêcheuse de crevettes avec son petit filet, je chasse le bulot pas frais, je traque le petit lien écrit en gris tout pâle tout en bas, et je me désabonne de tout ce que j’ai jamais demandé.

 

Y compris Voici et Gala, tu te rends compte ?

Y a juste, je me demande s’il est corporately correct de bloquer les mails de BigBoss, ils me saoulent ceux-là aussi. Pis y a même pas de lien pour se désinscrire, en plus. Pffff.

 

J’y retourne, v’là TV Magazine.

PARCE QUE J'AI PAS LA TELE ET QUE TU M'EMMERDES, LÀ!


Féedulogis #2

Féedulogis (c’est ma femme de ménage), je l’aime bien.

 

Bon, d’accord, j’ai envie de l’étrangler avec le tuyau de son aspirateur XXL des fois. Genre chaque semaine. Parce que le grand truc d’une femme de ménage, même si elle vient chez toi depuis presque trois ans, et que tu ne changes pas les meubles de place toutes les lunes, c’est de jamais remettre les trucs à leur place. Pas loin, mais jamais à leur place, comme ça tu vois bien « qu’elle est passée », qu’elle a fait son job. Genre, si le bib du matin se casse la gueule dans le micro-onde, c’est parce que le plateau a été mal remis, mais au moins t’es sûre qu’il a été lavé. Oui, ça va jusque là. Si ça s’arrêtait à foutre le bordel dans mes armoires deux fois par an, finalement, ce serait vivable.

 

Trois ans que ma cuisine est sens dessus dessous chaque semaine. Trois ans que la déco de ma salle de bains est refaite chaque semaine. Pour le reste, je vois pas : j’y suis pas.

 

Mais je l’aime bien. Pire, elle m’est indispensable. Genre, je tremble souvent qu’elle démissionne, comme ses douze collègues avant elle, rapport au foutoir chronique chez nous. Les gamins l’adorent, elle nous dépanne souvent quand on est en rade, et c’est la fête à la maison quand ses enfants viennent babysitter les miens. Puis elle a un lapin nain qu’elle nous prête quand elle part en vacances, comme ça je peux démontrer aux gosses que c’est chiant, un lapin, faut nettoyer la cage. Ouais, c’est mignon aussi. Mais faut nettoyer la cage.

 

Puis surtout, quand Féedulogis part en vacances, elle rapporte des souvenirs. Et comment te dire, Féedulogis et moi, on n’a pas DU TOUT les mêmes goûts.  Et c’est encore pire que quand ta belle-mère que tu vois une fois toutes les années bissextiles t’offre une suspension de plante en macramé, là, tu peux même pas les planquer, puisqu’elle peut vérifier chaque semaine que la chose est toujours bien à sa place, dans la chambre des enfants (oui, je suis lâche).

 

Mais je l’aime bien, Féedulogis. Vraiment.


Mystère de l’enfance

Prends deux enfants lambda, aka pour l’expérience un Moelleux de presque sept ans et une Pili-Pili d’un peu plus de trois ans, par ailleurs pas trop mal constitués au niveau du gêne marmotte.

 

Tente, du lundi au vendredi, de les réveiller entre sept heures et sept heures et quart, voire plus tard. Tu obtiens ?

 

Au mieux rien, au pire, une grève générale, assortie de rébellion domestique.

 

Attends le samedi. Tente de grappiller quelques minutes de sommeil jusqu’à un indécent huit heures, accord pris la veille avec la Marmaille : SOUS AUCUN PRETEXTE TU RAMENES TA FRAISE AVANT QUE LE LAPIN DU REVEIL SE LEVE, OK ?

 

Bingo, à exactement six heures et cinquante-quatre minutes, la Pili-Pili a un besoin urgent. Et braille dans ton oreille : « MAMAN JE DOIS FAIRE CACAAAAAA ». Comme ça, au moins, c’est clair. Ta grasse mat’ pue du cul. Surtout que son frère l’a suivie, au cas où il manquerait un épisode palpitant de la vie familiale, qui bat son plein à cette heure, c’est bien connu.

 

Attends le dimanche, croyant encore naïvement à un raté intestinal fâcheux. Profite que ton amoureux est exceptionnellement encore sous les plumes pour lui susurrer des trucs qui vont le réveiller tout à fait.

 

Bingo, à exactement sept heures et dix minutes, le Moelleux a soif, va chercher de l’eau, et chuchote à 45 décibels qu’il va voir si par hasard son père serait pas dans la cuisine ou dans la salle de bains, si ce serait pas l’heure de grailler, suivi de sa sœur qui braille QUE NON ILS FONT ENCORE DODOOOOO VIENS VOIR. Dans ta face. Et ajoute que t’es toute décoiffée et que tu sens pas bon.

 

Attends le lundi. Déboule dans la chambre à sept heures tapantes, constate que tout le monde dort à poings fermés, petits salopards, ouvre les volets et braille qu’hier à la même heure, ils jouaient déjà aux agents trotte-menu dans la maison.

 

Savoure ta revanche.

 

Jusqu’au week-end prochain.