Avant l’avent

Si le 1er décembre, t’as pas ton calendrier de l’avent, home made de tes dix petits doigts agiles évidemment, même si tu crois en rien, on dirait bien que t’as raté ta vie,

ai-je tweeté de manière un peu provocante ce matin, je dois bien avouer. Olympe m’a répondu, avec raison,  qu’il n’y a pas besoin de croire pour s’empiffrer de chocolat, elle marque un point, mais je me sers à la tablette, merci.

 

Il y a longtemps, j’attendais Noël. J’allumais, dimanche après dimanche, une bougie rouge de plus sur la couronne en houx et en sapin.

 

Et puis j’ai plus rien attendu. J’étais trop grande pour croire au Père Noël, trop lucide et cynique pour croire au petit Jésus. Je n’ai plus allumé les bougies. J’ai avalé mon foie gras et mes huîtres me restaient en travers de la gorge, me demandant le sens profond de tout cela.

 

J’ai quand-même acheté un calendrier de l’avent, quand la Collégienne n’était pas plus haute que trois oranges piquées de clous de girofle, au nom de la transmission des traditions aux enfants. Le 30 novembre, avec Jules, on a passé la nuit à monter ce putain de calendrier de l’avent en kit de Playmobil. Je déteste les Playmobil. Je déteste monter des trucs de toute façon. J’ai dit que plus jamais on ne m’y prendrait.

 

Aujourd’hui, j’ai trouvé la paix. Un compromis à base de réveillon tous les cinq, chez nous, sans parcourir des milliers de kilomètres en un week-end pour se sentir étranger à la fête. Pour le bonheur de prendre le temps d’être ensemble, de mettre une jolie nappe, sans doute y parsemer des étoiles. Et de les regarder dans nos yeux.

 

Tout ceci dit, je fais juste une exception (contradiction n’est pas raison, dit mon proverbe favori) pour le calendrier de l’avent de Griottes. Allez-y voir, vous comprendrez.


On avance

 

Je n’avais plus de tonalité sur mon téléphone fixe depuis un mois. Délai respectable mais néanmoins nécessaire à un passage à l’action et à l’appel du Grand, du Terrible, du Maudit Service Technique. (Le fait de ne plus avoir de nouvelles de ma mère depuis plus d’un mois n’entrant absolument pas en considération.)

 

J’appelai. La dame était gentille. Patiente. Elle m’a pas prise pour une idiote. Je me gardai bien de lui dire que je vis dans la maison de l’épouvante, où les appareils électriques lâchent les uns après les autres (en moins de deux semaines, nous devons constater les décès inopinés de la chaîne hi-fi, le chauffe-eau, la bouilloire, quelques ampoules…) et des phénomènes pour le moins étranges (lumières impossibles à éteindre, ou l’inverse, réveils qui s’emballent, grésillements suspects…).Je n’étais que joie. Je ne fus bientôt que déception, parce qu’après avoir raccroché, il me fallut bien constater la vanité de ses conseils.

 

Je rappelai. Le monsieur, fort sympathique au demeurant, me fit répéter tout ce que j’avais expliqué à sa gentille collègue. J’ai dit que c’était pas bien, que c’était une fille mais que c’était pas une raison. Il me demanda mon numéro de portable. Je déclinai donc mon 06 à un parfait inconnu. Je lui dis que je n’étais pas une fille facile.

 

Il en fit lui-même l’expérience.

 

Vous voyez le bouton « démarrer » à gauche tout en bas ? Il est comment ? Rond avec quatre couleurs dedans ?

 

« Et ma main dans ta figure », j’ai pensé, mais j’ai rien dit, parce que le monsieur il était gentil, il avait mon numéro de portable,  puis il a dit :

 

On avance, on avance.

 

Alors j’ai pensé que j’allais bientôt avoir de nouveau le téléphone, même si j’appelle jamais et qu’en fait je m’en fous. Alors j’ai vécu une expérience hors du réel, une séance d’hypnose à distance.

 

Vous allez regarder votre livebox. (J’ai les yeux revolver, mais quand même !) Vous voyez votre livebox ? (je ne vois que ça, mon mignon)  Vous voyez le bouton 1 de votre livebox? Quand je vous le dirai, vous allez appuyer sur le bouton 1 de votre livebox pendant 3 secondes. Puis, vous allez la débrancher é-lec-tri-que-ment (je te dis que je suis pas blonde, mec) TOUTE EN GARDANT VOTRE DOIGT SUR LE BOUTON 1 (oui, maître, je baise vos pieds, maître) et PUIS vous allez la rebrancher é-lec-tri-que-ment. Ne faites encore rien. Etes-vous prête?  (Long silence, je retiens ma respiration) Allez-y, Madame.

 

Il me faisait un peu peur, alors j’ai tout bien fait comme il a dit. Je suppose que ça l’occupait, au lieu de jouer au pendu (c’est pas moi qui ai écrit cette phrase). Surtout que quand j’ai eu fini cette étape difficile, il a dit :

 

On avance, on avance.

 

Alors j’ai pensé que ce soir pour m’endormir j’allais pouvoir écouter la tonalité de mon téléphone (c’est un la), et j’ai continué à avoir de l’espoir, et à bien écouter le monsieur qui me prenait pas du tout pour une poire mais qui était gentil et sympa.

 

-Alors ça dit quoi ?

-Impossible de se connecter.

-C’est bien ce que j’espérais !

 

La logique de ces techniciens m’échappe toujours.

 

On avance, on avance.

 

J’ai eu envie de rire, les nerfs, mais j’ai pas ri trop fort pour pas le vexer. Je reprends espoir, puisque lui il y croit toujours. Je crois qu’on les met sous psychotropes, les employés d’Orange, maintenant. Ca doit être diffusé dans les open-spaces à l’insu deleur plein gré.  

 

J’écoute encore tout bien, je fais douze manipulations tout bien comme il dit.

 

-Alors ça dit quoi ?

-Impossible de se connecter.

-C’est bien ce que j’espérais !

 

Ah. La logique de ces techniciens m’échappe encore davantage. Le monsieur il rit toujours, il me prend toujours pour une poire, je n’ai plus internet, et toujours pas le téléphone.

 

-On va en rester là, qu’il me dit le monsieur.

-QUOI?

 

Je ris plus du tout mais je repense au pendu alors je fais hi hi pour pas lui faire de peine. Mais il me promet une nouvelle livebox qu’elle est plus jolie que la vieille (Ouais oh je suis une fille mais pas complètement abrutie, mec !) et qu’il va me rappeler mercredi, vu qu’il a mon numéro de portable. Tard le soir, qu’on puisse parler.

 

J’ai hâte.

 

 

 

Tu le vois le bouton 1?


Bombe H

Tu te rappelles, quand, assise sur ta bouée à la maternité, tu découvrais le contenu de la fameuse Boîte Rose avec la joie d’un enfant de moins de six ans déballant ses cadeaux au pied du sapin le matin de Noël ? Aveuglée par les hormones sur les arrière-pensées marketing de la dite boîte, tu étais toute à ta joie de te voir ainsi fêtée, félicitée, chouchoutée par des échantillons de 1 ml de crème Lansinoh pour les crevasses de mamelons dont tu n’imaginais pas encore la souffrance ?

 

Tu te rappelles, quand, fraîche accouchée, il y a une dizaine d’années, tu t’es inscrite fièrement sur le site de Pampers pour recevoir des bons de réduction parce que ça faisait trois mois que tu bouffais plus que des pâtes pour pouvoir coller au cul de ta Merveille la crème de la crème de l’absorbance anti-fuite?

 

Tu t’en rappelles plus ?

 

Eux, oui.

 

Et banco, dix ans après, qui reçoit un échantillon de Pampers pour jeune fille plus communément et pudiquement appelées Protections Périodiques ? Des fois que t’aurais oublié, si des fois vraiment c’était possible, hein, que t’as une bombe H (comme hormonale) en puissance qui vit sous ton toit ?

 

C’est beau le marketing made in Procter & Gamble, quand même.

 


La répartie

Je vénère les auteurs de fulgurances que j’aurais émettre moi-même. Seulement, il faut bien le constater, je manque cruellement de répartie. Plus exactement, je ne suis atteinte du syndrome de répartie différée. C’est-à-dire que si un malotru m’invective dans la rue, c’est une fois rentrée dans le chaud de mon chez-moi que la manière de lui clouer le bec avec élégance et sans appel m’illumine. C’est super ballot.

 

Bon, comme c’est pas tous les jours que je croise des malotrus, ça me fait pas trop mal au trou je survis très bien. Et puis, je m’entraîne, le dimanche après-midi quand j’ai rien à faire qu’à rassembler  deux par deux les putains de soixante-dix chaussettes familiales hebdomadaires – plus deux orphelines.

 

Mise en situation : En mai 2011 (tu vois le niveau de différé), le Légionnaire de mon amie Mère Joie, maître ès pince sans rire et but en blanc, déclare :

 

Dis-moi, ton fils porte toujours des T-shirts à messages en anglais ?

 

Réponse de Mentalo, mai 2011 :

 

Euh, bah, euh, ah oui, euh non, euh, hi hi, pas fait exprès, euh…

 

Pour briller en société, pour faire carrière sur Twitter, pour m’assurer une réputation de fille qui sait aligner deux mots sans « euh » au milieu, j’aurais pu me la jouer plus fine…

 

  • Mère pouffe :

-Effectivement. Nous pensons, Jules et moi, que c’est une manière indolore de lui inculquer précocement une culture bilingue et simultanément historico-pacifiste en effaçant ainsi l’héritage de la Guerre de Cent Ans.

 

  • Pouffe mère :

-Ah c’est de l’anglais ?

  

  • Mère ultra-pouffe :

-Absolument. Jules et moi parlons russe à notre aînée, anglais au second, et serbo-croate à la plus jeune. L’an prochain, nous passons au japonais / chinois / polonais. Culture, ouverture !

 

  • Ultra-pouffe mère :

-Ah y a marqué kékchose ?

 

  •  Mère réaliste :

-Vu les âneries qui sont inscrites sur les T-shirts, autant que ça soit en anglais, y a toujours moins de chances qu’on comprenne.

 

  • Mère anarchiste :

-Ouais. « Fuck the system », ça l’effectue !

 

  • Mère protectionniste :

-Ah, toi aussi, tu as remarqué ? J’ai justement envoyé ce matin même une lettre recommandée au Ministère de Contrôle des Impressions sur Textile pour les sensibiliser à cette incongruité. Après on s’étonne que nos enfants aient une orthographe déplorable ! Aaaah perfide Albion !

 

  • Mère outre-manche :

-Yes my dear. Amazing, don’t you think?

 

  • Mère sur le manche:

(là je peux pas, j’aurais déjà reçu une tartignolle de sa régulière)

 

 

J'espère que j'ai pas de lecteur prénommé Martin.