Harcèlement ordinaire

Lison ouvre son casier pour y prendre quelques livres dont elle aura besoin cet après-midi-là. Soudain, sa tête est violemment projetée dans le casier par une main qui appuie sur sa nuque.

 

-Ca va, minus ?

-Arrête, elle est de mon village !

 

La Collégienne, ma vie, mon sang, qui accompagne son amie, se retourne, et du haut de son mètre quarante-trois (je crois, c’est pour les besoins de la narration), toise les malfaisantes :

 

-C’est pas parce que vous êtes des 3èmes qu’il faut nous traiter de minus. 
 
Vous touchez plus JAMAIS à Lison, ok ?

 

C’est beau, l’amitié. C’est beau, un petit bout de femme plein de tempérament et de détermination. C’est beau, à dix ans à peine, de détester à ce point l’injustice, au point d’en oublier les éventuelles conséquences pour soi-même.

 

C’est moche, d’envoyer ses enfants à l’école en tremblant.

 

Demain, à huit heures, ils auront une séance d’information sur le harcèlement.

 

Si elle prend ses pieds en photo, c'est pour se rappeler de pas se laisser marcher dessus.



Des livres et moi

Chaque soir, en rentrant à la maison, passé le bonheur des enfants qui se précipitent dans tes bras en hurlant de joie, avant de hurler de faim, de fatigue ou d’énervement sur tout ou partie de la fratrie, ne me tarde que le moment des retrouvailles avec mon lit.

 

C’est bien, lit, ça commence comme livre. Il paraît que si on veut dormir correctement, dans son lit, on ne lit pas. Moi, ça m’empêche pas. Au contraire. Parce que parfois, même tout Canard WC c’est un peu court. Parce que si je vis dans les chiffres, je me nourris de mots. Plus y a de chiffres, plus j’ai besoin de mots, pour équilibrer, sans doute.

 

Mademoiselle Louise posait l’autre jour la judicieuse question du choix de ses lectures. Je lui disais que si je suis depuis quelques années vaccinée du piège Prix Machin, je fais en général confiance à mon instinct suite à la lecture de la quatrième de couverture, d’où l’on peut en général déduire le thème abordé.

 

Une autre manière à peu près sûre de ne pas se tromper est de faire confiance à l’avis de ses pairs. C’est-à-dire, des gens comme toi et moi, qui lisent sous leur couette juste pour le plaisir des mots, des histoires, des vies. Ainsi, quand je lis « prix des lycéens » ou « prix des lecteurs de ELLE », je suis à peu près sûre du coup de cœur. Parce que derrière ces prix, y a des vrais gens. Sans en savoir trop, pour préserver intact mon plaisir de découvrir.

 

Ensuite, un petit tour chez George précise ma pensée, mets des mots avec talent sur mes impressions, m’aide à aller plus loin, fait revivre encore un peu les personnages sur qui je viens de refermer mon livre. (Si on me cherche, on a beaucoup de chances de me trouver pas loin de chez elle.)

 

Je pense que c’est George, justement, qui posait la question du livre virtuel. Ah mais non. Je me vois mal faire des piles de tablettes sur ma table de nuit. Ce serait nettement moins rigolo en cas d’écroulement nocturne. Puis, ça perturberait Féedulogis, qui prend un plaisir sournois à refaire la pile chaque semaine, mais dans le désordre. Et, si je ne corne ni n’annote aucun de mes précieux livres, j’ai besoin du contact physique, presque charnel avec les pages. Le poids du livre, son odeur. Je le hume, je le touche, je le sens, je parcours des doigts les petits creux laissés par l’impression. Quand je l’ai terminé, il reste encore un peu sur la pile, le temps que ses personnages encore m’habitent, le temps que je ne pense plus à ce qui aurait pu leur arriver ensuite, la dernière page tournée, à comment j’aurais préféré la fin, parfois. Avant de rejoindre ses petits camarades dans la bibliothèque.

 

Tout ça pour te dire que j’ai envie de causer de livres, ici. Oh, pas bien, pas scientifiquement, pas chirurgicalement. Pas comme les vrais blogs de livres. Mais comme je les aime. Comme je suis. Bientôt. Ou pas.

 

 


Résolution

Les copains de l’internet, l’heure est grave: je deviens vieille.

 

Passe encore que sur la newsletter de Voici, le seul nom que je connaisse est celui de Danielle Mitterand. Note on m’aurait demandé, j’aurais spontanément dit qu’elle était déjà momifiée. Mais on me murmure que c’est son état naturel depuis trente ans, et que non, non, elle est toujours vivante (faut le dire vite, ceci dit).

 

Non. Cette nuit j’ai rêvé que j’allais respecter les limitations de vitesse, partout, tout le temps. Même sur les chemins agricoles que j’emprunte pour aller au travail. C’est fou, hein. Ca m’a fait tout drôle.

 

Ca doit être l’excès de sommeil. Trois fois douze heures. En trois nuits. Oh, non, pas minuit-midi. Vingt heures-huit heures. Ca te remonte les cernes en moins de deux. Pas les seins, par contre. A moins d’envisager de dormir en position dite de la chauve-souris.

 

En me réveillant ce matin, je me suis dit que pour être tout à fait cohérente, fallait aussi que j’arrête de tweeter dans les bouchons. Ca demande un peu de concentration pour juste pas, par réflexe, céder à l’envie de se foutre les doigts dans le nez. Mais on y arrive très bien.

J’y ai juste foutu la musique à fond et je me suis mise à brailler. D’étonnement, le mec de la voiture d’à côté en a laissé son index prêt à l’action en suspens.

Après, j’allais beaucoup mieux. Résolution: j’prends plus d’résolutions.

 
  

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Chinois

C’est parti comme une traînée (de poudre). Toutes les copines s’y sont collées, mais notre Ibère nationale (si je veux) a remarqué que je me faisais discrète dans mon coin, attendant que l’orage initié par Nicolas passe.

Je t'en pose, moi, des questions?

Si j’étais un objet sexuel, je serais une paire de bas noirs

Si j’étais un plat cuisiné, je serais sorti de la mer

Si j’étais un moyen de transport, je serais une familiale, toujours pleine de gosses

Si j’étais un lieu de culte, je serais la table du dimanche

Si j’étais un bistro, je serais ma cuisine

Si j’étais une marque de bière, je serais une Hoegaarden

Si j’étais un sous-vêtement, je serais un Damart joli balconnet

Si j’étais un matériel électroménager, je serais mon fidèle Kenwood Titanium

Si j’étais une île, je serais Madagascar, évidemment

Si j’étais une autoroute, je serais  celle du sud, tout simplement

Qui s’y colle? Sabine? Zaza? La Mère à Titi Joie (ça risque de sentir le poney)? Cranemou?