Chaque soir, en rentrant à la maison, passé le bonheur des enfants qui se précipitent dans tes bras en hurlant de joie, avant de hurler de faim, de fatigue ou d’énervement sur tout ou partie de la fratrie, ne me tarde que le moment des retrouvailles avec mon lit.
C’est bien, lit, ça commence comme livre. Il paraît que si on veut dormir correctement, dans son lit, on ne lit pas. Moi, ça m’empêche pas. Au contraire. Parce que parfois, même tout Canard WC c’est un peu court. Parce que si je vis dans les chiffres, je me nourris de mots. Plus y a de chiffres, plus j’ai besoin de mots, pour équilibrer, sans doute.
Mademoiselle Louise posait l’autre jour la judicieuse question du choix de ses lectures. Je lui disais que si je suis depuis quelques années vaccinée du piège Prix Machin, je fais en général confiance à mon instinct suite à la lecture de la quatrième de couverture, d’où l’on peut en général déduire le thème abordé.
Une autre manière à peu près sûre de ne pas se tromper est de faire confiance à l’avis de ses pairs. C’est-à-dire, des gens comme toi et moi, qui lisent sous leur couette juste pour le plaisir des mots, des histoires, des vies. Ainsi, quand je lis « prix des lycéens » ou « prix des lecteurs de ELLE », je suis à peu près sûre du coup de cœur. Parce que derrière ces prix, y a des vrais gens. Sans en savoir trop, pour préserver intact mon plaisir de découvrir.
Ensuite, un petit tour chez George précise ma pensée, mets des mots avec talent sur mes impressions, m’aide à aller plus loin, fait revivre encore un peu les personnages sur qui je viens de refermer mon livre. (Si on me cherche, on a beaucoup de chances de me trouver pas loin de chez elle.)
Je pense que c’est George, justement, qui posait la question du livre virtuel. Ah mais non. Je me vois mal faire des piles de tablettes sur ma table de nuit. Ce serait nettement moins rigolo en cas d’écroulement nocturne. Puis, ça perturberait Féedulogis, qui prend un plaisir sournois à refaire la pile chaque semaine, mais dans le désordre. Et, si je ne corne ni n’annote aucun de mes précieux livres, j’ai besoin du contact physique, presque charnel avec les pages. Le poids du livre, son odeur. Je le hume, je le touche, je le sens, je parcours des doigts les petits creux laissés par l’impression. Quand je l’ai terminé, il reste encore un peu sur la pile, le temps que ses personnages encore m’habitent, le temps que je ne pense plus à ce qui aurait pu leur arriver ensuite, la dernière page tournée, à comment j’aurais préféré la fin, parfois. Avant de rejoindre ses petits camarades dans la bibliothèque.
Tout ça pour te dire que j’ai envie de causer de livres, ici. Oh, pas bien, pas scientifiquement, pas chirurgicalement. Pas comme les vrais blogs de livres. Mais comme je les aime. Comme je suis. Bientôt. Ou pas.
