Délice réprouvé par la morale écologique, ce qui ne l’en rend que meilleur grâce à ce subtil mélange de sentiment de transgression (je suis pas une chieuse écolo, mais une jouisseuse mégalo) et de lâcher-prise (voire de lâcher de grappe de la marmaille), le bain est devenu un événement célébré par moi seule et ma baignoire balnéo, presqu’annuellement, bien à l’abri derrière la porte verrouillée.
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Si du temps de notre fougue dispendiaire d’eau chaude par hectolitres, nous aimions, Jules et moi, nous donner rendez-vous parmi les bulles, tous les vendredis soirs, une fois notre progéniture couchée (deux précautions valent mieux qu’une, le bruit de la balnéo couvrant de toute façon tout appel intempestif), il a bien fallu calmer nos ardeurs – nous avions l’impression d’être de trop sous la mousse, Eva Joly et Nicolas Hulot en guests non-invités, ça jette un froid quand même. Du coup, la baignoire XXL est devenu le repaire du dimanche soir des spécialistes ès éclaboussures jusqu’au plafond et autres bateaux Playmobil et toboggans Hello Kitty (argh).
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Le bain est donc devenu un plaisir aussi solitaire que rare. (Il paraît que c’est comme dans le lit, je prends toute la place. Mauvaise foi éhontée caractérisant la portion masculine de la famille, je dirais.) Une cérémonie du bain antique, presque. Les jours de grande fatigue, de moral raplapla ou de muscles qui se rebellent. Choisir l’huile qui va bien, longer dans l’eau brûlante jusqu’au cou, brancher la balnéo, et ne plus penser à rien qu’à soi… à part une bonne sieste crapuleuse, je crois qu’on a rien trouvé de meilleur.
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Jusqu’au moment d’en sortir, où ça pèle, qu’on voit plus rien dans les miroirs, et qu’on a oublié de poser la carpette au pied de la baignoire. Non, je n’avais pas oublié mon peignoir, eh.
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