Troy Davis est donc mort cette nuit, exécuté par injection létale dans l’état de Géorgie, pour le meurtre d’un policier il y a plus de vingt ans, qu’il a, également pendant plus de vingt ans, nié avec la même constance.
De ce côté-ci de l’Atlantique, tout le monde fait des oh et des ah d’horreur, et se félicite que, quand-même, nous au moins vivions dans un pays civilisé où la peine de mort est abolie depuis trente ans (hier, quoi) grâce à Robert Badinter.
Je suis bien d’accord.
Mais il est tellement facile de s’indigner quand c’est loin et sans risque.
Et il est tellement fréquent d’entendre réclamer la peine de mort pour nos Emile Louis, Francis Heaulme et autres tristes sires qui courent nos rues et – heureusement – nos prisons.
Alors, notre bonne conscience, notre révolte justifiée, la bouche en cœur et la main dessus (le cœur), face à l’exécution de cette nuit est-elle pur opportunisme, ou réelle conviction, quel que soit les crimes commis et la personnalité du condamné ?
Je crains de connaître la réponse.
Je ne nie pas que souhaiter la mort d’êtres parfaitement abjects soit une réaction humaine. Je ne nie pas qu’espérer une once de rédemption chez ces personnes soit d’un optimisme crasse et le plus souvent vain.
Je dis juste que notre supériorité d’humains est d’avoir la capacité de dépasser nos réactions humaines de base.
Je dis juste qu’étant donné que nous n’avons aucun moyen de mettre une limite concrète et précise entre ce qui mérite la mort et ce qui ne la mérite pas, et que de plus nous n’avons aucun droit de la donner, je suis soulagée de vivre dans un pays abolitionniste où nous n’avons même pas à nous poser la question.
Bien au chaud dans nos mules à pompons.
Mais je tue les araignées qui ont l’outrecuidance de pénétrer dans mon logis. Délit de sale gueule, sans doute.





