Un lundi

La journée avait mal commencé. C’était lundi et il y avait non pas un, mais deux nœuds dans le câble d’alimentation de mon sèche-cheveux. Je déteste les nœuds, depuis que, du temps des mouchoirs en tissu de mon enfance, je ne me rappelais déjà plus pourquoi j’avais fait un nœud dedans. Alors pourquoi aurais-je bien pu vouloir faire non pas un, mais deux nœuds dans le câble d’alimentation de mon sèche-cheveux ?

 

Ensuite, si la veille j’avais retrouvé avec de petits cris presqu’orgasmiques mon lit bien-aimé après deux jours d’infidélité, nous n’avions pu lui et moi consommer notre union passionnée guère plus de cinq heures.

 

J’avais passé le week-end en altitude, et le retour sur la terre ferme faisait un petit pincement là, du côté gauche. La mariée était jolie, elle rayonnait. Et nous tous, autour d’elle et lui, nous étions heureux de leur bonheur.

 

Une fois de plus, cette envie tenace de figer le temps au beau fixe.

 

C’était un lundi. Ou était-ce aujourd’hui ?

 

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de la Mère Joie.

 

 


Fashion fail #1 : les tongs

 

 

Tu ne porteras point de tongs.

 

Tongs en plastoc: -10 points. Vernis assorti: +10 points.

 

La tong a un nom idiot, ce qui lui convient très bien.

 

La tong ruine tout effort d’élégance, de la jolie robe d’été au jeans retroussé, c’est un désastre pur et simple.

 

La tong te fait le pied plat et le mollet avachi, alourdissant la silhouette, ramollissant la fesse qui a donc tendance à s’écrouler légèrement, voire à dégouliner carrément sur la cuisse. La tong révèle le talon calleux et crevassé et le syndrome « pied qui s’étale comme une méduse à marée basse ». Un  schlap schlap des plus élégants accompagne chaque pas, te faisant passer complètement inaperçue… dans un groupe de castagnettos.

 

La tong met en valeur tes superbes orteils knacki-like : gaffe à ne pas croiser un teckel à poil dur ou autre basset artésien affamé. La tong ne pardonne pas une manucure approximative : elle la révèle avec cruauté. Tu regagnes cependant quelques points fashion si tu as le bon goût de choisir un vernis qui ne jure pas avec la couleur de tes tongs.

 

Le niveau maximum du fashion fail est bien sûr atteint avec la tong en plastique à trois balles achetée au marché. (Si tu l’as payée cher, c’est un fashion fail chic, ça existe aussi, mais c’est nettement plus subtil à obtenir.) Heureusement, celle-ci ne te fera pas l’été, te permettant de récidiver l’été suivant.

 

A la semaine prochaine pour un autre fashion fail !


Dépassée

 

Je ne sais plus de quoi on parle, tant le début de la conversation est passé dans le flot des autres. Le Petit d’Homme, aka Moustache, tient absolument à m’entretenir d’un truc méga super trop important.

 

-Tu sais maman, le monstre bleu…

-Euh, Monstres & Cie ? Un dessin animé ou un film ?

-Un dessin animé. Qui passe souvent chez Marie-Cunégonde du Berceau (nounou de son état, ndlr) mais pas chez nous…

-Forcément, on regarde jamais la télé. Aladdin ?

-C’est pas un monstre.

– Oui mais il est bleu, aaaah !

-Il a une copine…

-Shrek ? Mais il est pas bleu Shrek !

-Mais non, tu sais la fille elle a des cheveux longs, là…

-Les Schtroumpfs ?

-Nooon, avec des poils !!!!

-Hulk ?

-Noooon, avec un œil là au milieu du front et quatre pattes, et…

– ???

 

Il aurait au moins pu attendre les histoires de logarithmes et de fonctions dérivées avant de me faire comprendre que je suis bonne au recyclage. Y a plus de jeunesse, ma bonne dame.

 

Tu gagnes un truc si tu trouves. Parce que nous, on en est toujours là. Quand ça lui reviendra, il désignera le gagnant parmi vos propositions…

 

 

 


Errance

Il me prend aujourd’hui une douce flemme, comme un jour d’avant les vacances, à ceci près qu’elles devront encore attendre plus de trois semaines. Une envie de rien faire, qui fait que je me tue les yeux depuis ce matin sur un fichier Excel contenant plus de cinq mille lignes de données – mon travail entre début janvier et fin juin, afin d’établir des statistiques et autres analyses découlant de mon activité. Et que je tourne en rond, installe des filtres, tire des graphiques, tente de discerner des tendances qui, à leur tour, parleront en reflétant des courbes…

 

Si j’ai toujours prétendu que le métier s’apprend sur le terrain et non sur les bancs de la fac, comme conduire s’apprend sur les centaines de milliers de kilomètres parcourus après l’obtention su sésame rose, force est de constater que la théorie a ses limites. J’arrive en effet au bout de ce qu’il m’est permis d’apprendre de mon métier sans y mettre de gros moyens humains et financiers. Je travaille certainement dans un domaine très particulier où le partage gratuit d’information s’associe encore aujourd’hui à du suicide professionnel. Il est des informations qui ne se passent que sous le manteau, entre initiés. Il est aussi des informations qu’on ne prendra jamais la peine de te donner, des fois que le petit nouveau en sache plus que le vieux briscard.

 

De plus, trouver les formations adéquates fait revenir au point de départ : on n’apprend pas (tout) sur les bancs de l’école. Néanmoins, il va sans doute me falloir repartir en Teutonie du Grand Nord. Ou aller faire swinger London. Voire même les deux. Dans quelle mesure l’enseignement prodigué sera applicable à mon travail quotidien est à chaque fois un mystère. Il est assez épuisant de tenter de comprendre des choses dont les bases me manquent, tout en sachant parfaitement que j’ajouterai une ligne de théorie, mais rien de pratique à mon parcours, mis à part quelques exceptions anecdotiques.

 

Alors, je trouve tout mou, moi y compris, et je regarde en haut, dans les arbres qui bordent mon nouveau lieu de travail.

 

 


Les vases non communicants

 

Il était une fois l’Europe aux poches trouées, qui allait à la fontaine avec un seau percé. La fontaine crachait des zéros, venus d’on ne sait où, mais il fallait à tout prix éviter le naufrage du bateau pour continuer à danser sur le pont.

 

Il était une fois la corne de l’Afrique aux terres asséchées, aux fontaines taries. Le bruit assourdissant des danseurs à l’étage au-dessus couvrait les cris de faim. La marche reprit, il fallait à tout prix éviter de se faire remarquer et se débrouiller pour faire reculer la mort.

 

 

L’amorale de l’histoire, en somme.