Petite leçon de communication à l’usage des grands de ce pays

On y revient.

Aux petits et grands arrangements avec la vérité.

Au sentiment qu’on éprouve quand on nous ment de manière éhontée.

 

« Nos » otages sont rentrés. (Comme si je les avais enfermés dans ma cave, aussi, mais passons sur cette sémantique douteuse.)Si bien sûr la joie et le soulagement priment, si bien sûr la vie n’a pas de prix, et encore moins celui d’une rançon, cher gouvernement, j’ai la vague impression que tu nous prends un peu pour des teubés, et franchement, ça m’agace.

 

 Nous n’avons pas payé de rançon pour leur libération.

 

Aurait pu se dire, tout simplement :

 

Nous n’évoquerons pas les conditions de leur libération, afin de ne pas encourager ce genre de pratiques (i.e. les enlèvements de nos compatriotes).

 

On aurait compris la même chose, le malaise en moins.

 

 


Unanimité

Il est des étés où on se laisse planer, l’esprit vacances atteignant aussi leur organisation mollassonne, contrastant forcément avec le reste de l’année. Et cela nous convient, étant dotés d’une frange infime de la famille ayant eu le bon goût de s’installer dans un cadre enchanteur, entre vignes et Méditerranée, depuis quelques années. C’est ainsi que nous avions prévu de prendre nos quartiers d’été chez Joli-Papa qui n’attend que ça. Depuis douze mois.

 

Mais parfois la vie est farceuse, autant que l’occasion fait le larron. Que ce gîte dont nous venons de rencontrer le propriétaire est miraculeusement libre une seule semaine en août, la nôtre, dans notre coin favori.

 

Un signe ? Un vote.

 

-Les enfants, qui veut partir à la montagne cet été là où il y a de la tarte aux myrtilles à tomber et aussi une mousse au chocolat blanc aussi légère qu’un nuage de beau temps ?

-Moi !

-Moi !!

-Moi !!!

-Voté !

-Ouééééééééééééééé !!!

 

Une belle unanimité, même si je soupçonne un tiers des votants de s’être rangé par ignorance à l’avis de la fratrie manifestement enthousiaste.

 

Moins de cinq minutes plus tard, l’affaire était conclue. Nous irons nous la couler douce quelques jours chez Joli-Papa, avant de crapahuter le caillou. La vie est parfois toute simple, et qu’est-ce que c’est reposant.

 

We ♥ caillou.


Le vide à travers les planches

 

J’aime aller à contre-courant. J’aime bien ne rien faire comme les autres, ça me donne l’illusion d’avoir gardé mon libre arbitre. Sauf que, bien évidemment, faire toujours le contraire de tout le monde, c’est autant un conditionnement, même inverse, que bêler avec le troupeau. Donc, en fait, je suis un pauvre mouton comme les autres, même si je tente de me la péter en prétendant le contraire.

 

Ce qui implique que quand tout le monde se lève à pas d’heure pour être la première à se manger le rideau métallique des Galaf’, moi, je répète à qui veut m’entendre que je n’irai pas faire les soldes, que je passerai quand ça me prendra, et que s’il reste un truc, j’y verrai un signe, c’est qu’il m’attendait.

 

C’est bien pour ça que jeudi dernier, avec ma copine Léa, on était trop jouasse d’avoir largué nos mômes pour deux heures de liberté, eh eh, sous le prétexte fallacieux de trouver un cadeau de fin d’année à l’instit’. Cette année, foin de panier gourmand, il aura un polo. Déniché en moins de trois minutes chrono. Ce qui nous en laissait 117 pour faire les connasses filles. Arpenter nos magasins de fringues préférés. S’indigner qu’une tunique-foulard à tomber soit encore toujours à 685 euros, et se finir de désespoir chez Esprit, à essayer tout et n’importe quoi.

 

Y compris une jupe à tomber, blanche à fines rayures bleu marine, juste parfaite, idéalement assortie avec un débardeur qui me donnait miraculeusement des seins de jeune accouchée, avec seulement un minuscule détail qui clochait : elle était hachement mini. Ou alors c’est moi qui ai de très longues jambes en plus des talons que je portais ce jour-là. Ceci dit, c’est vrai aussi. Après avoir fait ma kéké devant les miroirs, imaginé ma vie en mode bombasse, ma jupe et moi nous sommes séparées en bons termes. Je l’ai reposée soigneusement sur son portant, remerciée pour ces quelques minutes de bon temps, et j’ai quitté le magasin assez fière de moi, sans avoir acheté une jupe que je ne porterais pas.

 

Depuis, je l’ai oubliée. Enfin presque…


Le charme désuet

Certaines en rêvent depuis qu’elles sont hautes comme trois pommes. Bien que le Prince Charmant sente le crottin depuis un bon moment déjà, rien n’y fait, elles n’attendent que ce jour où telles Cendrillon elles enfileront la robe qui leur donnera pour une journée seulement l’illusion suprême, avant que la poussière du quotidien ne les rattrape dès le lendemain.

 

Caroline, elle, dit non, c’est tout à fait son droit*. Elle ne veut pas de Monsieur Son Mari. Elle ne veut pas se prendre la tête avec le plan de table, elle ne veut pas de robe blanche, tellement gnan-gnan. Elle ne veut pas de promesses illusoires. Très bien. Mais un peu réducteur, non ?

 

Et si le mariage c’était pas rien qu’une histoire de dentelles, et de petits-fours, et de tontons bourrés qui tombent de leur chaise dans l’étang (toute ressemblance avec la réalité de ma famille est évidemment absolument fortuite) ?

 

Le mariage n’est pas une preuve d’amour. Attendre que Chéri-Chéri mette le genou à terre en nous passant un diamant au doigt ne veut rien dire au regard d’une vie. Il veut juste peut-être dire que Chéri-Chéri a enfin compris que tu avais envie d’une robe à douze mille brozoufs, d’un chignon alambiqué, et d’une valse les yeux dans les yeux – le tout te paraîtra affreusement meringue et ringard dans moins de temps qu’il te faudra pour faire un gosse. Ou que Chéri-Chéri, t’aime, effectivement, à cet instant T, au point de se prêter à ce cérémonial dégradant, puisque hautement sexiste (je me demande comment ça gueule pas autant que pour Petit Bateau ou les pubs de lessive, tiens).

 

Parce que faut bien ouvrir les yeux sur un truc : on réfléchit rarement (moi itou, et j’ai comme qui dirait toute légitimité pour parler de ça) à ce que veut vraiment dire se marier avant d’en avoir connu les affres. Quand tout est beau, même l’idée d’embrasser Tata-Georgette-qui-pique nous paraît absolument insignifiant au regard de cette méga teuf qu’on va se faire, avec un coussin à alliances assorti aux boutonnières de ces messieurs du cortège (l’abus de forums Doctissimo nuit gravement à la santé – mentale).

 

 

Mais le mariage n’est pas qu’une cérémonie. Le mariage n’est pas une histoire d’un soir. Le mariage est l’histoire d’une vie. Qui comme toutes les vies, aura ses lignes droites et ses virages dangereux, ses détours et ses voies sans issue. Ses promesses non tenues peut-être, pas toujours, pas forcément, mais sa possibilité de pardon, toujours.

 

C’est quand ça devient dur, quand on ne sait plus trop pourquoi on est là ni ce qu’on a encore à se dire et à se faire, si ce n’est du mal, que le mariage, pour moi, prend tout son sens. Quand tout se délite autour de nous, le mariage est ce fil ténu qui nous tient encore ensemble, que nous hésitons à défaire, et qui nous permettra de trouver le courage, l’envie, la volonté de construire ensemble.

 

Alors bien sûr, s’endetter ensemble sur trente ans, ça crée aussi des liens. Faire des enfants, c’est l’assurance de devoir se coltiner l’autre à vie, aussi. Mais ce ne sont que des éléments extérieurs au couple : de bonnes excuses, en somme. Le mariage, lui, n’engage que ses protagonistes. En toute (in)conscience.

 

Il est faux de dire qu’on se marie pour le meilleur et pour le pire : le meilleur, on l’a déjà. Le pire ne manquera pas de venir, et il sera bon à ce moment là de se rappeler qu’on s’est engagés à l’affronter ensemble, quoi qu’il arrive.

http://www.flickr.com/photos/louisette_/5600419734/
Photo de Louise Petticoat, avec son aimable autorisation, mais de toutes façons on s’en fout, elle est en vacances. (Reviens, Louise, c’était pour rire!)

*Base de réflexion pure. Je n’ai d’ailleurs pas lu les commentaires, n’y ayant pas accès. Aucun jugement de valeur de ma part.


Menteuse

 

Enfant, j’étais assez solitaire. Pas vraiment par choix, je crois. Affligée d’une timidité maladive, je préférais souvent passer inaperçue que risquer qu’on m’adresse la parole. Les occasions pourtant n’étaient guère nombreuses, mes parents ayant décidé que la maison et le jardin fermé me suffiraient amplement comme terrain de jeux. Dans la solitude de ma chambre, ma vie me semblait d’un ennui et d’une banalité affligeants, terne et sans couelurs, particulièrement au regard des milliers de pages que je dévorais alors avidement, pour passer le temps.

 

Tellement banale sans doute m’apparaissait ma vie que je finis par me raconter des histoires d’une autre vie, faites de rires et de chants je suppose. Puis que je commençai à les raconter à l’école, ces histoires. Ainsi, je m’inventai une petite sœur. Qu’on avait dû rendre, bien sûr, quand les questions se faisaient plus pressantes. Je m’inventai des vacances, des amis, des histoires d’amour, je m’inventai ma vie.

 

Aujourd’hui, même si comme j’aime à le répéter avec un sourire, Mentalo est grave marseillaise et a une tendance poussée à l’exagération comique, dans la vraie vie, ça m’est passé depuis longtemps. Mais il en reste toujours quelque chose, de la même manière que les meilleurs chasseurs sont en fait  les braconniers : il m’est resté le flair pour détecter les raconteurs d’histoires. Qu’ils se les racontent à eux-mêmes ou qu’ils tentent de les faire avaler aux autres et finissent par y croire eux-mêmes, à force.

 

Alors à l’intérieur, je bous. Pas plus tard qu’hier encore, il me démangeait d’écrire au bas d’un billet quelque part sur la Toile un laconique « pourquoi  (se) raconter des histoires, alors qu’il suffirait simplement d’assumer ses gestes pour n’avoir pas à se justifier?». Je me suis abstenue. Je n’aime pas bien mettre le nez des gens dans leurs propres contradictions (j’ai assez à faire avec les miennes, et aprüs tout, hein…).

 

Mais qu’est-ce que je n’aime pas ça, quand on me banane en plein visage. Parce que je ne suis jamais assez courageuse pour dire à mon interlocuteur que  je sais qu’il prend de petits ou de grands arrangements avec la vérité. Parce que j’ai l’impression que l’autre me prend vraiment pour une demeurée. J’aimais à croire que c’était un trait d’enfant désœuvré. A moins qu’il y ait encore beaucoup d’enfants désœuvrés dans les adultes de tous âges, virtuels ou réels, que je croise quotidiennement…

 

Sans couleurs, c'est joli aussi, après tout.