Certaines en rêvent depuis qu’elles sont hautes comme trois pommes. Bien que le Prince Charmant sente le crottin depuis un bon moment déjà, rien n’y fait, elles n’attendent que ce jour où telles Cendrillon elles enfileront la robe qui leur donnera pour une journée seulement l’illusion suprême, avant que la poussière du quotidien ne les rattrape dès le lendemain.
Caroline, elle, dit non, c’est tout à fait son droit*. Elle ne veut pas de Monsieur Son Mari. Elle ne veut pas se prendre la tête avec le plan de table, elle ne veut pas de robe blanche, tellement gnan-gnan. Elle ne veut pas de promesses illusoires. Très bien. Mais un peu réducteur, non ?
Et si le mariage c’était pas rien qu’une histoire de dentelles, et de petits-fours, et de tontons bourrés qui tombent de leur chaise dans l’étang (toute ressemblance avec la réalité de ma famille est évidemment absolument fortuite) ?
Le mariage n’est pas une preuve d’amour. Attendre que Chéri-Chéri mette le genou à terre en nous passant un diamant au doigt ne veut rien dire au regard d’une vie. Il veut juste peut-être dire que Chéri-Chéri a enfin compris que tu avais envie d’une robe à douze mille brozoufs, d’un chignon alambiqué, et d’une valse les yeux dans les yeux – le tout te paraîtra affreusement meringue et ringard dans moins de temps qu’il te faudra pour faire un gosse. Ou que Chéri-Chéri, t’aime, effectivement, à cet instant T, au point de se prêter à ce cérémonial dégradant, puisque hautement sexiste (je me demande comment ça gueule pas autant que pour Petit Bateau ou les pubs de lessive, tiens).
Parce que faut bien ouvrir les yeux sur un truc : on réfléchit rarement (moi itou, et j’ai comme qui dirait toute légitimité pour parler de ça) à ce que veut vraiment dire se marier avant d’en avoir connu les affres. Quand tout est beau, même l’idée d’embrasser Tata-Georgette-qui-pique nous paraît absolument insignifiant au regard de cette méga teuf qu’on va se faire, avec un coussin à alliances assorti aux boutonnières de ces messieurs du cortège (l’abus de forums Doctissimo nuit gravement à la santé – mentale).
Mais le mariage n’est pas qu’une cérémonie. Le mariage n’est pas une histoire d’un soir. Le mariage est l’histoire d’une vie. Qui comme toutes les vies, aura ses lignes droites et ses virages dangereux, ses détours et ses voies sans issue. Ses promesses non tenues peut-être, pas toujours, pas forcément, mais sa possibilité de pardon, toujours.
C’est quand ça devient dur, quand on ne sait plus trop pourquoi on est là ni ce qu’on a encore à se dire et à se faire, si ce n’est du mal, que le mariage, pour moi, prend tout son sens. Quand tout se délite autour de nous, le mariage est ce fil ténu qui nous tient encore ensemble, que nous hésitons à défaire, et qui nous permettra de trouver le courage, l’envie, la volonté de construire ensemble.
Alors bien sûr, s’endetter ensemble sur trente ans, ça crée aussi des liens. Faire des enfants, c’est l’assurance de devoir se coltiner l’autre à vie, aussi. Mais ce ne sont que des éléments extérieurs au couple : de bonnes excuses, en somme. Le mariage, lui, n’engage que ses protagonistes. En toute (in)conscience.
Il est faux de dire qu’on se marie pour le meilleur et pour le pire : le meilleur, on l’a déjà. Le pire ne manquera pas de venir, et il sera bon à ce moment là de se rappeler qu’on s’est engagés à l’affronter ensemble, quoi qu’il arrive.

- Photo de Louise Petticoat, avec son aimable autorisation, mais de toutes façons on s’en fout, elle est en vacances. (Reviens, Louise, c’était pour rire!)
*Base de réflexion pure. Je n’ai d’ailleurs pas lu les commentaires, n’y ayant pas accès. Aucun jugement de valeur de ma part.