La langue de Goethe et les ors de la République

De temps en temps il est de bon ton, quand on est un parent d’élève bien éduqué, d’aller montrer sa motivation à suivre son enfant dans sa scolarité, afin qu’il s’y épanouisse et ressente l’osmose parfaite entre les équipes éducative et parentale. (Parent, ici, tu as le droit de rire.) 

Et pas rien qu’en poussant une bonne gueulante des familles quand le carnet de notes craint du boudin, alors que t’as pas ouvert le cartable depuis octobre. (Toute ressemblance avec des personnes connues serait bien sûr pure fiction et affabulation certaine.) (Ahem.)

 

Parfaitement, même s’il est en CM2. En fait, non, surtout s’il est en CM2 MAIS que tu en as d’autres qui suivent. Sinon tu t’en tapes, on est bien d’accord.

 

C’est donc pleine d’enthousiasme que je me portai volontaire, pour la troisième année consécutive, pour accompagner une petite vingtaine d’élèves de sept à onze ans en Teutonie, à la rencontre de leurs cousins correspondants germains, et leur faire profiter de ma totale maîtrise de la langue de Goethe.

 

Alors je ne vais pas être mesquine et dire qu’il a flotté tout la journée, on dirait que je suis médisante, alors que c’est même pas vrai, en fait il a (vraiment) flotté toute la journée. J’en ai profité pour choper ma sixième cystite de l’année, j’ai bien cru que j’allais me décevoir et faire baisser ma moyenne depuis les derniers antibios, mais non.

 

Alors en sortie scolaire, t’apprends plein de choses. Notamment pourquoi les profs ont besoin de deux mois de vacances d’affilée, oui.

Et aussi que Louis XIV était surnommé le Roi Soleil parce qu’il aimait beaucoup l’or et qu’il en mettait partout (je cite), que nous ne sommes pas européens, que les beffrois sont des tours de la peur et puis, surtout, que les Gobelins sont des petites créatures aux oreilles pointues qui tissent les tapis la nuit…  

 

Pour éviter que leur instit’ ne saute par la fenêtre de la très belle salle de réception de l’hôtel de ville où nous étions reçus (sous les ors de la République, mais l’autre, et du Roi Soleil en personne), on a filé aux gamins des sandwiches au fromage et au concombre germanique, suite à un petit bug organisationnel côté teuton, qui a donc mis à mal la réputation de nos voisins. Ils ne se sont doutés de rien, trop occupés à tenter de comprendre l’hilarant

 

Magst du Sex ?

Ja, sieben und acht auch…

 

C’est qu’à dix ans  y a du level des deux côté de la frontière, faut pas croire…


Dix

 

Elle a dix ans.

Je crois que c’est pas vrai, mais elle a dix ans.

Laisse moi réaliser qu’elle a dix ans.

Ca me paraît bizarre mais ça fait dix ans

Que je suis maman

 

 

Ma Grande,

 

Je t’ai pas rendu la vie facile. D’abord tu as essuyé tous mes plâtres, mes tâtonnements, et c’est pas pour te faire peur, mais c’est loin d’être fini.

 

Puis, dès avant ta naissance, je t’ai privée de ton père, parce que j’ai décidé arbitrairement que ce serait mieux pour nous deux. Après, comme j’étais jeune et belle encore, je t’en ai collé un autre, sans vraiment te demander ton avis.

 

Toi, t’as fait comme t’as pu avec ça. Et tu t’en es vachement bien sortie. T’as mis un pied dans un continent, un pied dans l’autre, et t’as géré la fougère. Sans jamais m’en faire le reproche. Puis, je t’ai filé un frère et une sœur, et comme tu dis si bien : « est-ce qu’ils ont une tête de demis ? ». Je t’ai reconstruit une famille, avec mes mains et avec mon cœur. Et toi, tu leur as ouvert le tien, de cœur, à tous. Sans poser de questions.

 

Tu as toujours eu une longueur d’avance sur moi, de toute façon. Tu es libre comme le vent, fluide comme l’eau, insaisissable, toujours en mouvement. Et moi, je te cours derrière, tant bien que mal, du mieux que je peux, j’apprends chaque jour à être un peu plus ta mère. Même si parfois je m’essouffle, même si parfois tu vas bien trop vite pour moi, même si parfois je suis grave à la bourre.

 

Tu as dix ans, et en écrivant ces lignes, je te revois ouvrant tes yeux sur les miens, le pacte muet de ta naissance, et tu me fais pleurer, je suis une vraie gonzesse, bordel, et je te vois, là, ça te fait marrer, comme d’habitude. Comme à chaque fois que j’ai été si fière de toi, et finalement, si fière de moi et du chemin parcouru toutes les deux.

 

Tu as dix ans, et la vie devant toi. Qu’elle soit aussi belle que ces dix dernières années, mais en mieux encore.

 

 


Bébé 3.0

 

A la maison, au gré des arrivées des bébés, les nôtres et ceux de notre entourage, se sont naturellement posées certaines questions qui ne s’expliquent plus depuis longtemps par des abeilles lutinant butinant des petites fleurs.

 

Le sujet semblait donc acquis et maîtrisé par tout le monde, le Petit d’Homme proposant régulièrement de me prêter des petites graines, il en aurait plein dans les boules en dessous de son zizi (depuis que je lui ai dit de faire gaffe à ses coucougnettes quand il roulait à vélo, il connaît également ce vocable – non sans avoir hurlé à travers le jardin : « Mais c’est quoiiiiiiii les coucougnettes, maman ? » , demande à ton père, « papaaaaaaa, c’est quoiiiiiii les coucougnettes que maman elle dit ? ») au cas où son père aurait tout dispensé au Sofitel serait en panne nous refuserait un petit frère.

 

Quel ne fut donc mon étonnement quand l’autre soir, il me racontera que sa sœur et une copine avaient donc commandé un bébé sur l’ordinateur cet après-midi là.

 

Tu choisis si tu veux un frère ou une sœur, tu choisis ses habits, tu cliques, et après tu vas le chercher à la maternité et voilà.

 

Je m’empressai, mi-horrifiée, mi-amusée,  de lui rappeler qu’avant d’aller à la maternité chercher sa petite sœur, j’avais légèrement l’air d’une grosse baleine, même si j’étais toujours la plus belle à ses yeux, et que, peut-être, cette excroissance abdominale était due à ce que le bébé avait grandi DANS mon ventre, tiens donc.

 

Ah oui, il s’en rappelait, effectivement. Mais il avait encore un point technique à clarifier.

 

-Mais alors, on fait comment pour choisir la couleur ?

-…

-Mais oui, si le bébé il est brun, ou rose comme moi !

On choisit pas, et c’est tant mieux, je vais te dire. Les bébés, c’est comme les Kinder Surprise : des fois t’es content, des fois pas, mais tu les aimes quand-même.

 


A l’heure où blanchit la campagne

A l’heure où certains philosophent, je suis comme d’habitude en train de râler. Râler, pester, tempêter, pour ne surtout pas paniquer.

 

Je suis la mère indigne, parce qu’au travail, de trois enfants fiévreux et toussant depuis des semaines. Depuis des semaines, je tire sur la ficelle, en me disant que ça va forcément aller mieux, c’est pas la peine de passer quatre heures dans une salle d’attente pleine des miasmes des autres en espérant passer la ligne d’arrivée avant que ne vienne l’heure fatidique du « je suis désolé, revenez demain », tout le monde dit que c’est viral, et qu’il n’y a rien à faire qu’à attendre que ça passe. Ca ne passe pas. Du moins pour deux d’entre eux. Ca prend même des proportions qui me rappellent douloureusement des couloirs de réanimation, quand j’entends leurs quintes enchaînées sans qu’elles puissent reprendre leur souffle.

 

Mais là, c’est pas de bol, je suis à soixante kilomètres d’elles. Une heure de route. Que je pourrais faire au mépris des limitations de vitesse, peu m’importe. Si au moins je trouvais un médecin. Si au moins l’un des dix que j’ai essayé de joindre dans un rayon de quarante kilomètres depuis plus d’une heure daignait me répondre autrement que le pas très poli :

 

Vous êtes en communication avec un répondeur téléphonique. Veuillez rappeler plus tard.

 

Je demande juste un créneau, peu m’importe l’heure. Mais quelqu’un qui se penche sur les poumons de mes filles.

 

Crevez, campagnars, crevez.


Américain

 

Pour d’obscures et sombres raisons, et à quelques petites exceptions, je n’ai pas le droit de vote en France. Tu m’en vois fort marrie. C’est que j’aime bien donner mon avis sur tout.

 

Avant, on avait sept ans pour remettre le sujet qui fâche, qui divise et qui ridiculise sur le tapis. Bon après, les rigolos d’en haut ont réalisé qu’il n’y avait qu’un fauteuil, et que tous les cinq ans, ce serait pas mal, vu le nombre de prétendants au trône suprême.

 

On a donc bien dit cinq ans. Que quelqu’un m’explique alors pourquoi, mais pourquoi là, on fait rien que nous causer de ça depuis deux ans, et que là, ça prend des proportions de fous, avec émissions spéciales, candidats de tout poil (et à poil…) et de tous bords, et bourrage de crâne qui fait mal va bien ? On va encore subir ça toute une année ?

 

On se croirait aux States. Où la campagne commence à mi-mandat.

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