Décadence

Vendredi soir m’incombait comme toujours la corvée, que dis-je, la plaie, de marcher en crabe derrière un caddie qui a toujours une roue défectueuse, quel que soit le magasin, en vue du remplissage hebdomadaire du frigo de famille nombreuse moyenne. Avec cependant le petit plus d’avoir pu m’échapper avec une heure d’avance du bureau et m’éviter le pire du pire : me taper cette corvée le samedi.

 

Je déteste ça. Demande pas, je déteste ça. Pis en plus, je suis fatiguée. Ca me gave. Alors j’erre comme un âne qui peine dans les rayons. Je les fais tous, ça m’évite de faire une liste. Mais je fais une liste quand même. Parce qu’on ne sait jamais. Je la consulte quand j’ai tout bien fini. Pour m’apercevoir que j’ai oublié les Kleenex à l’autre bout du magasin et retraverser tout avec le caddie plein. Du coup, j’achète des Kleenex à chaque fois, par précaution. J’en ai 218 boîtes.  

 

Bon vendredi, comme j’avais le moral inversement proportionnel à ma facture de CB suite à l’achat compulsif de vernis, j’ai chougné à l’homme dans son téléphone portable que ce serait bien qu’il vienne me filer un coup de main. Nan en vrai, je suis bien plus fine. J’y ai dit que ce serait trop bien qu’il me fasse encore rigoler avec son remplissage de caddie façon Tetris, allez, viens, ça me ferait trop trop plaisir de me promener main dans la main, toi au fromage, moi au Mr Propre, dans les rayons de Carouf, que ce serait tellement romantique et que ça nous ferait une sortie rien que tous les deux, sans notre panoplie de chiards d’enfants (si je dis chiards, il vient pas) pour pas un balle de babysitter.

 

-J’arrive, c’est bon t’as gagné ma chérie. T’es où ?

-Aux céréales, mon amour.

-Bouge pas.

 

Quand je te dis que c’est romantique, Carouf : ça rime avec ouf.

 

Alors j’ai tourné. J’ai jeté des céréales dans le caddie. Puis d’autres.  Et encore d’autres. J’ai fait demi tour, repris l’allée dans l’autre sens, et puis encore. Genre, vingt minutes. Le temps de me péter cinq fois les orteils dans ces saloperies de roues de caddie, et de me faire repérer par la sécurité, j’imagine. L’Homme a le « j’arrive » assez aléatoire, en fait. Puis j’ai entendu :

 

Vingt dieux (l’homme châtie bien)! Il était temps que j’arrive!

 

Pas faux.

 

 

Me demande pas si c'est mangeable, j'en sais rien.

 



Les cahiers de vacances, quelle pénitence

Là, comme je te parle, j’ai trois agendas en main. Ceux des vacances de mes enfants. Si pour la Pili-Pili l’équation reste a priori assez simple – mais je ne me fais pas d’illusions, en voyant les deux autres, elle risque fort bien d’avoir envie de faire elle aussi son baluchon (son frère nous a fait le coup au même âge), pour les deux autres, ça tourne au vrai casse-tête niveau 27 de Tetris.

 

Les vacances seront, comme chaque année, un savant jonglage de désir de liberté, soif de découverte, besoin de repos, envie de glandouille, retrouvailles familiales, chouchoutage (grand-) parental, voyage initiatique (ou pas). Histoire d’arriver à la rentrée la tête au frais, mais bien pleine de souvenirs d’aventures inoubliables et de moments gravés.

 

Mais certainement pas de cahier de vacances. Ce truc qui dans son nom même porte l’antinomisme. Déjà, l’année pas encore tout à fait terminée, toutes les ondes de France nous bassinent avec les entreprises de cours de rattrapage, dès le plus jeune âge.

 

Si je tolère les devoirs quotidiens, qui ne sont pourtant pas sensés être donnés, j’exècre les professeurs qui collent en douce Les Misérables à s’enfiler sur les vacances de Pâques. Sachant que chaque prof fera pareil dans sa matière, ça te donne une idée de ce qu’on appelle vacances. C’est moche. Travailler, en principe (sauf exceptions notoires dont je tairai les noms…), ils le font toute l’année.

 

S’aérer la tête, ça fait aussi partie de l’apprentissage. Parce qu’à côté des devoirs, il y a tellement de choses de la vie à apprendre. S’aérer la tête, c’est permettre d’autres expériences. Des fois, ne rien faire, c’est aussi prendre le temps de laisser venir, de faire une autre expérience, celle de l’immobilité. S’aérer la tête, c’est arriver à nouveau vierge à la rentrée. Prêt à reprendre sans être dégoûté d’avance. S’aérer la tête, c’est grandir aussi.

 

Il n’y aura ici pas de cahiers de vacances, pas de travail forcé, juste la jouissance du temps retrouvé. Vivent les vacances. Les vraies.

 


Sept

Bon, il paraît que j’ai été taguée, ce truc du paléolithique de la blogologie. Comme tout le monde, j’ai fait semblant de pas voir, de pas avoir mes lunettes (alors que je n’en porte pas), d’avoir oublié, de pas savoir ce que c’est. Mais comme Raquel, la Mère Bordel et Madame Frimousse insistent, va bien falloir que je me colle à te révéler sept choses sur moi.

 

1.    Avant celle-ci, j’ai eu une autre vie.

 

2.    Je vis en France depuis moins de dix ans.

 

3.    Je me considère au pire comme apatride, au mieux comme européenne.

 

4.    Je suis migraineuse et sujette aux cystites depuis l’âge de cinq ans. Au moins.

 

5.    Je fais un métier traditionnellement réservé aux hommes, dans un univers macho masculin.

 

6.    Enfant, j’étais maladivement timide. Ca s’est arrangé depuis que j’ai des enfants moi-même. Bien obligée.

 

7.    Le Mime Marceau m’a DIT que j’avais des yeux magnifiques. Menthe à l’eau. Forcément. Avant de me faire un baise-main.

 

Des volontaires ? Qu’elles se dénoncent.

Bon, t’avise pas de remettre ça, je serais sûrement à nouveau frappée de cécité diplomatique.

 

 

La photo est toujours de Louise Petticoat, évidemment.

 
(Sinon, oui, j’ai toujours mal à la tête, je suis au stade où j’envisage de la couper.)
 

Très brève

Revendication syndicale

Mentalo fait savoir qu’elle n’écrira plus rien tant que cette putain de bordel de migraine qui lui scotche au crâne depuis jeudi ne lui lâchera pas la grappe.