Une dernière fois

Une dernière fois j’ai pris mon thé, les cheveux encore mouillés et les pieds sur la chaise d’à côté, dans  la maison à nouveau silencieuse après le départ en fanfare des grands. Comme chaque matin j’ai sûrement lu les dernières nouvelles des internets. Une dernière fois, je suis montée réveiller les petits, doucement, puis plus fort, ces marmottes. Une dernière fois j’ai pris le temps de faire un câlin, et une tresse alambiquée dans ses cheveux blonds. Le petit-déjeuner avalé, j’ai pris sa petite main chaude dans la mienne et je l’ai serrée fort comme elle aime, et nous sommes allés tous les trois jusqu’à l’abribus. Une dernière fois j’ai sorti un mouchoir pour essuyer un coin de bouche, un petit nez qui coule. Peut-être avons nous joué à un, deux, trois, câlin! en attendant le bus, en retard comme souvent, pour ne pas avoir froid.

Une dernière fois je l’ai aidée à gravir les marches du bus plus hautes qu’elle, j’ai reculé de quelques pas, fait au revoir de la main, puis me suis retournée pour rentrer à la maison tandis que le bus qui les emportait démarrait. Une dernière fois, j’ai rangé la table du petit déjeuner, mis de l’ordre dans la cuisine, vaqué.

Une dernière fois ils sont rentrés comme un tourbillon de vie, affamés, échevelés. Ils ont salué leur soeur, il a mis la table, elle a ronchonné pour se laver les mains. Ils ont fait les sots à table, ça fait tellement rire la petite. C’était un peu jour de fête, alors j’ai fait du poisson rose, le saumon ils oublient toujours son nom. Après on a mangé des glaces, il ne faisait pas chaud, mais c’était le dernier jour du mois de mai, alors on disait que.

Une dernière fois ils ont quitté la maison en courant, grapillé quelques minutes pour jouer dans le jardin avant de se précipiter pour le bus qui arrivait. Une dernière fois j’ai accroché du linge au jardin, profitant du soleil d’après-midi. J’ai entendu le glas sonner, c’est aussi ça la vie d’un village, et  nous nous sommes roulées dans les fleurs des cerisiers du Japon qui parsemaient le sol, j’ai eu les yeux un peu mouillés, je crois.

Une dernière fois nous sommes allées toutes les deux la chercher au collège, elle termine plus tôt le vendredi, pour aller murmurer à l’oreille de son cheval.

Une dernière fois elle a sauté de tout en haut des marches du bus dans mes bras, il a traversé la rue sans regarder, trop pressé de dévorer le brownie du vendredi qui l’attendait encore tiède.

Une dernière fois, un dernier jour de congé parental, une parenthèse de mère au foyer pas toujours enchantée, mais souvent, et cette chance chaque jour savourée de les avoir vus grandir vraiment.

Et une autre vie qui recommence, le coeur plein de jolis souvenirs.

porte coeur

 

Les commentaires

Mag

C’est dur, hein, je sais. Du coup j’essaie de profiter de tous ces jolis instants comme s’ils étaient les derniers.Au moins je SAIS que je ne serais pas passée à côté d’elles. Bisous Mentalo

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Maman à l'Ouest

Cette nouvelle vie sera différente, demandera des adaptations. Je pense comprendre ce que cela peut représenter.
Pour ma part, je n’ai jamais vécu de congé parental, non souhaité. Je n’ai pas non plus l’impression de ne pas voir grandir les filles.
Comme quoi, chaque situation est vécue différemment. Toute situation choisie plutôt que subie est forcement plus aisée à vivre.
Bon courage pour ce nouveau bout de vie !

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adelles2011

C’est un très joli texte, qui m’a rappelé grandement un certain 19 février 2012….
J’espère que les premières fois qui ont suivies n’ont pas été trop difficiles 😉

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Valerie

Ohhh nostalgie et excitation mélangées!!! J’ai peur que ce jour arrive mais j’ai hate aussi… Bon courage!

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Val Làô sur la Colline

Très joli texte. Bonne reprise !
(je m’aperçois à cette photo que par hasard je te suis sur IG, sans avoir fait le lien ! Mais au secours, ton pseudo IG ne me revient pas !)

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AnneClaireBCN

Oooh que c’est beau <3 J'avais pris 2 petits congés pour mes enfants, respectivement 6 et 5 mois. C'était peu mais si bien et comme toi, le même sentiment d'avoir profité et de le réaliser surtout. C'est une chance de pouvoir partager tous ces moments avec nos bébés. Même si le retour à une autre vie, moins consacrée, est difficile. Difficile au départ en tout cas car comme tu le dis si bien, une autre vie revient vite au galop.

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Anonyme

J’adore, tellement que moi, je prends un congé parental a retardement. En septembre, quand mes enfants rentrent en cp, j’arrête de travailler. J’ai pas osé avant, j’ose maintenant….. Il me tarde

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la bruxelloise

J’avais lu ce billet il y a quelques temps, je l’avais trouvé joli. Demain, c’est mon dernier jour, alors j’ai fouillé dans le blog pour le retrouver. Demain, je leur ferai une jolie journée, je me ferai une jolie coupe de cheveux, comme si j’avais encore du temps pour faire tout ce que je m’étais promis de faire (les albums photos, la déco de la nouvelle maison, des petits gateaux, et gérer ce problème capillaire, aussi), j’ai rien fait, pour la tignasse, c’est la dernière chance, parce que le temps a filé je sais pas où pendant que je faisais rien d’autre que d’être vivante et heureuse avec ma marmaille, j’ai même pas pris le temps d’aligner tous ces bonheurs dans un cahier… Je sais pas ce que c’est, si c’est ta joli plume, la peur au ventre, les hormones qui déconnent avec la fin de l’allaitement, ce soir, j’ai la larme qui dégouline… Il est chouette, ton blog, tu as bien raison d’écrire, tu le fais très bien !

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