On avait mis nos jolies robes et nos sandales neuves ce dimanche-là. Il était tôt pour un dimanche mais nous étions grimpés de bon coeur dans la voiture. Sur le parvis les invités s’attroupaient déjà, s’embrassaient en riant, heureux de se revoir. Nous avons attendu les retardataires, copieusement applaudis à leur arrivée. Nous avons écouté les discours, les remerciements, les mots d’amour et d’engagement. Il est des couples dont l’amour rayonne tellement qu’il en éclabousse leur entourage. Oh bien sûr, la vie ne les a pas gâtés plus que d’autres, loin de là. Mais chaque jour qui passe ils ont à coeur de faire le bonheur de l’autre. Et c’est très très joli à regarder. Nous avons écouté Louise jouer la Comptine d’un autre été au piano, et j’ai pleuré, découvrant à cette occasion que non seulement je pleure quand mes enfants jouent, mais je pleure aussi quand les enfants de mes amis jouent. J’ai l’âme en crue, moi aussi, que voulez-vous. Nous avons tenté de nous serrer tous, pour rentrer dans le cadre d’une photo souvenir, dans un joyeux brouhaha.
Ils nous avaient donné rendez-vous dans ce lieu si cher à notre adolescence à tous. Devant le point de vue, nous tentions désespérément de raconter la légende du Géant et nos exploits peu recommandables de l’époque à nos enfants, qui eux, avaient surtout faim. Mais pour nous, les jours heureux de l’insouciance étaient là, devant nos yeux. Le temps d’avant, le temps des possibles, le temps des équations à mille inconnues.
Ce dimanche-là, on riait un peu devant nos photos d’il y a vingt ans, qu’elle avait disposées en noir et blanc tout le long de la grande table nappée de blanc. Nous avions bien un peu vieilli, tous, échangeant sur les affres de la gravité, la sournoiserie des cheveux blancs et des grossesses qui grignotent les attributs et nous laissent des réserves que nous jugions disgrâcieuses. Nous mesurions cependant notre chance de nous voir vieillir réciproquement, vingt-cinq ans après notre rencontre, et de reprendre nos dicussions là où nous les avions laissées, juste après les présentations de nos derniers-nés.
Dans l’après-midi le tonnerre se mit à rouler, les éclairs à zébrer le ciel, mais l’orage s’en fut sans entacher la perfection de la journée. Sur la terrasse à l’étage, juste avant de nous quitter, nous parlions du sourire qui caractérise cette famille, cette chaleur, cette attention à l’autre qui se fait si rare, leur porte toujours ouverte. La quarantaine nous avait certes un peu volé de notre fraîcheur, mais elle nous avait, à tous, apporté cette capacité de se concentrer sur l’essentiel.
Magnifiques et émouvants souvenirs, paysages, texte…
Ouah, je n’ai pas entendu le piano, mais j’ai la larme à l’oeil aussi …Cette prose toujours aussi riche en émotions
Flûte, mon commentaire a disparu. En gros je disais merci de partager ce moment.
Zut, WP doit l’avoir mangé, parce qu’il n’est pas dans les spams.
Mais pourquoi je n’ai pas découvert ton blog plus tôt? Il a fallu que La Grosse Blonde ferme son blog pour que je me décide à aller voir ce qui se passe chez les habituées du rade. Et tel le saumon remontant la rivière, je remonte le fil de ton blog et m’émerveille de la beauté de ta plume.
Cet article en particulier me touche. La photo prise à Botassart m’à renvoyé près de 15 ans en arrière, lorsque mon copain de l’époque m’avait emmené là-bas pour une promenade romantique. Des années et des dizaines de miliers de kilomètres me séparent de ce souvenir, et pourtant j’en suis toute émue…
Bienvenue chez moi, Zéphine. Heureuse de t’avoir émue.