D’elle nous n’apercevons que le front, elle porte la tête basse. Le visage, qu’encadrent des cheveux filasses et pas très nets, est fermé. Des boutons qu’elle refuse de soigner, et les bagues d’un appareil dentaire complètent le tableau. Elle n’est ni grosse ni maigre, n’aime pourtant pas ses jambes. Elle n’est ni moche ni belle, une ado, tout simplement. Se croit pourtant différente des autres, qu’elle ne comprend pas, et ils le lui rendent bien. Se croit à ce point exceptionnelle qu’elle ne veut pas aller à Paris : « tout le monde va me regarder ». Comme si…
Elle refuse toute proposition d’activité avec un soupir las tinté de mépris. Comment sa mère et moi avons pu imaginer un seul instant que cette promenade en forêt, cette escapade dans cette région qu’elle ne connaît pas auraient pu l’amuser, la distraire, l’intéresser ?
Elle a des problèmes à l’école. Déteste telle matière. Refuse d’y travailler, accentuant encore son échec. Se déclare éminemment choquée que ses parents l’aient inscrite à un stage de rattrapage, sans même lui demander son avis – qu’ils connaissaient d’avance. Elle se réfugie dans les livres, conspue ceux qui rechignent aux lectures obligées du collège. Ne comprend pas où est sa propre contradiction. Elle ne participe à rien, refuse toute suggestion avec une moue de dégoût éloquente.
Elle a décidé qu’on devrait l’aimer comme elle est. Ni lavée, ni coiffée, ni souriante, ni causante. Bordélique et pas serviable. Bougonne et râleuse. Si c’est le cas de ses parents et de ses très proches, elle ne réalise pas que si les autres doivent faire un pas vers elle, c’est à elle de faire le premier, de se rendre agréable.
Elle dit préférer sa solitude, n’avoir rien en commun avec ses congénères. Pourtant, si elle savait, qu’elle est d’une banalité affligeante, que tant de ses compagnons partagent son infortune. Pourtant, tout en elle crie le mal-être. Ses efforts démesurés pour paraître détachée ne parviennent pas à cacher son désarroi, son besoin d’amitié. Alors elle en fait des caisses, se butant toujours plus, se fermant à toute tentative. Par peur du rejet, elle se met hors de portée.
Adolescente en souffrance. Plus que jamais, génération no future.
une de mes filles serait en vacances chez toi ?
Tu as toute ma compassion, Radegonde 😉
Je n’en suis pas encore là avec les miens, et je n’ai pas été comme ça, ado. Je me demande donc souvent comment ce sera, à la maison, dans quelques années… Et surtout comment réagir en tant que parent pour essayer d’avoir un minimum de vie de famille « normale » ?
Je ne sais pas. C’est assez flippant d’en arriver là, je dois dire.
très belle description
Y en a chez toi aussi? 🙂
On a les mêmes avec un zizi.
On croit qu’un ado, c’est comme en ce moment, en juillet, que JAMAIS ça va se remettre au beau.
Et puis…
Ca me fait mal de les voir se faire du mal, en fait.
Encore un portrait criant de vérité ! Que j’aime tes mots…(je te laisse l’ado, chui en vacances ;-))
Je te raconte pas ce que je vais pourrir la mienne pour qu’elle prenne pas ce chemin 😀 😀 😀
Tout à fait d’accord avec Zette ! (même pour les zizi 😉 )
Zette a toujours raison, tfassons.
Ton texte est magnifique, plein de sensibilité.
Tu arrives à traduire avec poésie et avec des mots ce que moi j’essaye de
traduire avec de l’humour.
Elle m’a touchée, cette ado, pour une fois, j’avais pas du tout envie d’en rire…
Bon alors je me prépare pour dans 10 ans, même pas, et avec zizi aussi
Je sais pas si c’est un passage obligé, du moins à ce point…
C’est marrant, on dirait moi à 15 ans (sauf que je me lavais, mais tout le reste, c’est moi! ;))
Peut-être que du coup, tu auras l’avantage de mieux comprendre tes filles, si elles passent par là. Meiux que moi, qui n’ai absolument pas vécu mon adolescence aussi noire (au contraire).
Un joli texte en tout cas !
Je vais faire une tirelire à compliments, pour quand je serai nulle, je puiserai dedans 😉
Comme LMO ! Purée, mes parents ont dû avoir de sacrées envies de me baffer quand même…
😀 😀 😀
C’est beau la lucidité…
[…] de lire ceci afin de déterminer si yu es en présence d’un spécimen concerné. Avant que ceci ne te tombe sur le coin de la calebasse, au gré des jours, j’entreprends la réalisation […]