Je dévalai les volées d’escalier de marbre mat du Knast, poussée par la faim et surtout par l’envie d’une pause bien méritée.
Trois étages, beiges, blancs, immaculés. Il y en a huit en tout, quatre sous terre, quatre à l’air libre.
Au premier sous-sol, je la croisai, penchée, scrutant les marches. Je ne vis rien, la dépassai, et arrivée en bas, me retournai.
De ses deux doigts tendus, elle inspectait les coins à la recherche de poussière laissée par ses équipes de fourmis silencieuses et invisibles, qui commencent leur travail à l’heure où nous le quittons, précieuses fées de nos vingt mille mètres carrés de vitres et de marbre clair.
Le pire c’est que c’est la même technique pour les chiottes : deux doigts passés sous la cuvette. Beurk.
Non mais je plains les filles qui font ce boulot, franchement.
et si au lieu de plaindre les filles qui font ce boulot on pensait plutôt à les valoriser ces filles???? sans elles…. imaginez ce que serait les bâtiments sans elles…. elles sont essentielles et je suis souvent triste de voir le mépris que beaucoup de gens ont pour elles… je me dis souvent que le monde tournerait mieux si on valorisait ces métiers si difficiles et ingrats, j’aimerais que dans notre entreprise les femmes de ménages soient aussi importantes que les médecins, parce que dans le milieu du soin et de la santé, sans personnel d’entretien tout deviendrait catastrophe… j’aimerais que l’on apprenne à chacun à respecter le travail de ces dames. Je voulais les présenter dans notre journal d’entreprise mais il paraît qu’elles n’intéressent personne… c’est dommage on marche et on s’assoit sur leur travail tous les jours 🙂
Je ne sais pas si cela transpire de mon billet, mais c’est effectivement un hommage à elles, d’où l’emploi du mot « fées ». J’ai été choquée en fait que vu la taille du bâtiment, leur supérieure hiérarchique passe ses doigts dans les coins du sous-sol pour vérifier la poussière, alors qu’elles abattent un boulot de dingues, elles sont discrètes, souriantes, adorables… et je dois être une des seules à les saluer quand je m’en vais.
je n’avais pas bien lu la dernière phrase, j’ai été happée par ta réponse au commentaire du dessus!… 🙂
je suis toujours choquée par l’attitude condescendante des autres… et je suis heureuse du rapport privilégié que j’ai avec certaines 🙂
et si la chef n’a rien d’autres à faire que vérifier… enfin….!
J’ai travaillé un temps dans les services généraux d’une grande société. Tous ne s’estiment pas à plaindre, pour certains d’entre eux laisser un bureau nicket était, outre l’amour du travail bien fait, une question d’honneur.
Mais clair. C’est le cas ici. Que leur chef checke les recoins du sous sol, je trouve ça limite, alors qu’on voit bien que les km de couloirs vitrés sont nickels chaque matin…
T’inquiète, cela transpire de ton billet. Et tu as bien raison. Ici, c’est pareil. Administration étrangère. Quasiment pas un diplomate ne leur dit bonjour.
Quel dommage. C’est gratuit, un « bonsoir », un sourire, un « attendez je tiens la porte, avec le chariot ce sera plus facile ». Dix secondes de perdues.
je rejoins complètement Marie. Merci pour ce billet!
Quand je travaillais à la Défense, je prenais soin d’interrompre mon travail, me lever et me pousser, pour les laisser faire le leur lorsque je restais tard le soir. Et je prenais le temps de leur parler, d’être douce et attentive. Et surtout de bien les remercier. Je crois que ça ne leur arrivait pas très souvent dans cette tour…Elles font un travail essentiel à tous que l’on doit considérer avec beaucoup de respect.
Merci pour ce texte très doux.
Oh oui oh oui. Ou leur laisser un bout de gâteau. Et elles te le rendent bien. Comme de te rapporter ta bague Chopard oubliée sur le lavabo des toilettes.
Faut lire Quai de Ouistreham de Florence Aubenas, ce peuple invisible y est visible de l’intérieur. C’est un travail d’enquête, de journaliste, mais ça se lit comme un roman à l’eau de vie.
Je l’ai sur ma liste de livres à lire un jour…
Ca se lit très vite, une heure tout au plus. 🙂
Pas lu l’ Envie non plus et toi (Sophie Fontanel) ?
Si je l’ai lu, il faut que j’en parle d’ailleurs. Très troublant, une recherche de l’absolu en fait.
J’avais beaucoup aimé Grandir. J’aime bien le blog aussi, même si je ne suis pas dans cette futilité du vêtement je trouve qu’elle a une écriture et une élégance cette femme qui me touche. L’ Envie je l’ai eu dans les mains plusieurs fois. Mais… je ne sais pas, la pudeur, la reserve, peut être, me l’a fait reposer à chaque fois.
Et stop spam Madame B. Enfin sont-ce des manières ! 😉
Fonce, vraiment. Il est mille fois plus pudique que ce qu’on l’a obligée à détailler dans les médias. Ce livre est une recherche de l’absolu, le refus de la médiocrité… exactement la démarche de son blog. Je conseille, vraiment. Faudrait que j’arrive à écrire dessus, faudrait.
Je trouve ça très mesquin de la part de leur responsable, de chercher la poussière dans les coins. J’ai trouvé que ton billet leur rendait hommage, pour rééquilibrer un peu la balance…
Mais n’importe quoi, dans un coin du sous sol en plus! Faut arrêter deux minutes!