J’en ai oublié des sacs de sport à la maison les matins d’école („Si ton nez n’était pas si bien attaché, tu l’aurais déjà oublié!“ me serinait mon père, pas content content).
J’en ai oublié, des classeurs dans le train, tu te rappelles, c’était la mode de porter son classeur sous le bras, dans les années 80. De toute façon, il ne rentrait pas dans nos sacs Paquetage. J’avais fini par mettre mon nom et mon numéro de téléphone dedans. Je les ai toujours retrouvés.
J’en ai oublié, des parapluies glissés sous le siège du bus, pas ma faute, il ne pleuvait plus à l’arrivée. J’ai sans doute fait des heureux lorsque le temps changeait à nouveau.
J’en ai oublié des anniversaires, dont celui de ma propre mère, l’an dernier. J’ai pas osé l’appeler pendant un mois. Celui de ma belle-sœur, chaque année, systématiquement (pardon). Le premier de ma nièce, la semaine dernière (honte).
Il m’est arrivé une fois d’oublier d’aller chercher ma grande à l’école, j’avais de sérieuses circonstances atténuantes (aka un bébé de six semaines en train de mourir).
Mais tout cela n’a finalement pas trop porté à conséquence : on vit très bien sans sport, j’ai réussi mes études sans trop de peine, le frisotis n’a jamais tué personne, ma famille me parle toujours, le maître d’école n’a pas appelé les services sociaux (et mon bébé a survécu).
L’oubli qui restera à jamais gravé dans ma mémoire, je n’en suis pas l’auteur. J’avais treize ans et nous étions en vacances en Bretagne, chez des amis de mes parents. Raymonde, qui avait un drôle de prénom, mais était la plus dévouée, accueillante et énergique des femmes, le tout dans un micro format de poche, mettait comme toujours les petits plats dans les grands pour nous recevoir. Jamais je n’ai tenté de refaire son far breton, pour ne pas gâcher le souvenir divin.
Le jour où nous décidâmes d’une journée à la plage, elle nous prépara un pique-nique de rois, au prix de nombreuses heures dans la cuisine. Dans un joyeux brouhaha, la troupe se mit en mouvement, les voitures furent chargées, les maillots trempés, les estomacs affamés, quand soudain retentit un cri, du fond du panier en osier où elle avait la tête :
Léon, ne me dis pas que tu as oublié le riz ???
Si, Léon avait oublié le riz. Ce fut le drame de la journée. Le presque divorce. Avec mes parents au milieu qui tentent de dédramatiser, mais un peu morts de rire quand même. Pendant des années ensuite, on en a ri, de l’histoire du riz.
A ses enfants qui l’avaient perdue depuis peu, assise sur la même plage, comme en pèlerinage, avec leur père, j’ai raconté l’histoire du riz de leur maman, et de papa qui l’avait oublié.
Et depuis plus de vingt ans, avec mes frères et mes parents, des fois, quand l’un de nous a oublié un truc, on se regarde, et on dit :
Léon, ne me dis pas que t’as oublié le riz ?!
Et chaque fois, la frêle silhouette de Raymonde s’immisce entre nous. Et nous lui envoyons nos sourires, là où elle est.

J’oublie aussi les anniversaires et comme toi, celui de ma mère l’an dernier. Inconscient ou pas, je ne l’oublie pourtant jamais, mais le climat a été un peu frais entre nous à cette période, et j’ai tout simplement omis de l’appeler. Je le regrette depuis, et je crois qu’elle ne m’a pas tout à fait pardonné cet écart. Si tu veux je te fais du far breton, en bonne bretonne, je le réussis. Mais il ne vaudra sans doute pas celui de Raymonde pour toi (top l’histoire du riz).
PROVOCATION! (j’ai faim!)
Ta nièce m’a dit: » elle est pas très cool la marraine de ma soeur, elle a oublié mon premier anniversaire… »
T’inquiète, je lui ai répondu, j’oublie le sien chaque année aussi… 🙂
Je pense qu’on est quitte sur ce coup là:-)
Plein de bisous de part ici quand même….
Le pire c’est que j’y ai pensé, mais que c’était pas le moment d’appeler, et puis… mais on rattrape ça, un bon gâteau quand vous venez!
C’est bien bon de se souvenir de ce qu’on a oublié, ça laisse un petit arrière goût de far breton. C’est encore meilleur quand c’est aussi bien raconté, Merci Emma.
Merci Papiluc!
Quel merveilleux hommage que tu lui rends une fois de plus .
Ah le far breton quel délice !
Très bel article, toujours aussi bien écrit, j’adore!
Oublier le riz… C’est moche quand même! 😉
Ouais, c’est moche. Parce qu’est-ce qu’on fait avec les oeufs durs?
(j’ai faim)
On les laisse aux mouettes? :p
C’est mimi comme tout ça, des oublis pour ne pas oublier les personnes, les figures mémorables.
Finalement, voilà qu’on s’en souvient, de nos oublis!
Le riz faut pas l’oublier… 😉
Chouette souvenir en tout cas
Ca me fait penser que j’oublie toujours d’en acheter!
Moi aussi j’oublie tout (mais jamais le riz, faut pas deconner :D)
Ah non, pas le riz! (surtout pour la plage)
j’adore ta plume 😉