Quand je suis née, mes parents habitaient depuis trois ans la maison qu’ils habitent encore aujourd’hui. Tout autour d’eux a changé: les façades, les jardins, et surtout la plupart des voisins, le plus souvent partis les deux pieds devant. Ils sont aujourd’hui presque les derniers des Mohicans. Dans la famille, on n’a pas vraiment la fibre déménageuse, et finalement je suis celle qui est aujourd’hui le plus loin de mes bases, parce que jamais je ne reviens en arrière, et à petits bonds pourtant, je me suis éloignée des miens au hasard de la vie.
Mon tout premier vrai-faux déménagement eut lieu l’année de mes vingt ans, quand je décidai de partir étudier en Allemagne. Une chambre dans une résidence d’étudiants, une cuisine et une salle de douche partagées avec d’autres étudiants venus d’horizons divers, quel enrichissement. La chambre était spacieuse et donnait sur le jardin de la résidence, j’étais heureuse, ce vert en pleine ville me rappelait ma campagne. Il y avait un lit, une table, une chaise, un placard, une étagère, tout était blanc et impersonnel, et je ressentis immédiatement le besoin d’y apporter quelques affaires, quelques touches de moi. C’est ainsi qu’au bout d’un an, j’avais fini par accumuler une somme de choses incroyable, mais c’était chez moi.
J’avais récupéré un improbable fauteuil blanc qui pesait trois tonnes, mais dans lequel je pouvais bouquiner des heures. Lors de mon départ, bien sûr, je refusai catégoriquement de l’abandonner, il était si confortable, et puis, bêtement, je crois que je m’y étais un peu attachée. Indémontable, je ne me souviens plus comment il fut rapatrié à bord de la 205, mais au fil de mes déménagements suivants, il trouva toujours sa place dans le camion. Il trôna quelque temps dans ma maison actuelle, dépareillé, moche, encombrant, mais toujours aussi confortable avec son repose-pieds repliable.
L’an dernier, je me décidai enfin, au bout de près de vingt ans de vie commune, à m’en séparer… mais pas tout à fait. Je le confiai à mes parents qui l’emmenèrent dans leur maison de vacances, où il peut assumer sa mocheté en toute impunité, et offrir son confort aux vacanciers de passage, qui doivent se demander qui a pu décidément poser cette horreur là, jusqu’à un jour s’y asseoir, lui donnant à leur tour une seconde vie.
Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de Zette, MHF, Cathy, Papiluc, Cambroussienne, Lilith, Joufflette, l’Herbe folle, Laurent, Clem la matriochka, Cerysette des bois, Léia… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble sur la page du groupe Facebook dédiée. Rejoins-nous!
Belle vie pour ce fauteuil… Je comprend ton attachement.
C’est parfois dur de se débarrasser de certaines choses. Du coup là je crois que tu as trouvé le bon compromis !
Quelle belle histoire que celle de ce fauteuil !
Je l’imagine très bien… douillet comme un p’tit nid.
Ceci étant, quelle chance ça a du être que de partir vivre en Allemagne à l’âge de 20 ans!
Y’a des trucs comme ça qu’on a dans la peau…..moi c’était une horreur de gilet noir avec des croissants de lune verts, totalement sans forme après moultes lavages,…il a fini dans la caisse du chien. !
Oh c’est sympa ce « jeu des premières fois »! Peut-être que je vous rejoindrai à la rentrée tiens 🙂
Un fauteuil pour bouquiner c’est sacré ! 🙂
Je viens de déménager et voilà comment on a du mal à tout caser… je suis pire que toi. Excellent le billet !