J’ai envoyé une carte à la famille de Lucette, et, très émus, ils me disent que je devrais écrire, abandonner mon métier. Je reste vague, je dis que j’écris, parfois, des textes, j’aligne des mots quand ma tête explose, mais que je serais bien incapable d’en faire un récit.
J’ai fait des crêpes et les enfants étaient contents; je me suis aussi fâchée parce qu’ils ont inondé la salle de bains et oublié de ranger la salle de jeux. De mon côté, trop occupée, je n’ai pas pris le temps de jouer avec eux, ni de les emmener au marché de Noël comme prévu. Je me demande quelle mère ça fait, ça, dans leur tête, quand on fait l’addition.
Je suis venue au travail et j’avais dix minutes de retard, comme d’habitude en somme. Dans le journal j’ai préféré lire la page des faits divers plutôt que celle des statistiques économiques. Je fais mon boulot sans bavure, comme une technicienne, mais pas comme une spécialiste que je ne suis pas, arrivée là par hasard et sans doute pour de mauvaises raisons. La jeune génération bardée de diplômes de matheux nous pousse dans le dos, et j’en conviendrais aisément si la hiérarchie me le faisait remarquer.
Je crois que l’amitié sauvera le Monde et le mien, et je laisse tous les mauvais prétextes m’envahir et m’empêcher d’être là ou d’avoir les bons mots quand il le faut. Je n’ai pas appris les gestes tendres et hormis ceux qui n’ont pas besoin d’être enseignés mon cerveau a toujours un temps d’avance sur mon coeur et freine ma main.
Aussi jolies que soient mes chaussures je me demande parfois si je ne marche pas parfois à côté d’elles. Cette impression de n’être jamais là où je devrais, où on m’attend, de ne pas correspondre à la carte de visite que je présente ne me quitte plus. Schyzophrénie douce-amère où l’écart entre celle que je voudrais être, celle que l’on veut que je sois et celle que je suis par la force des choses se creuse chaque nuit un peu plus.
Il va falloir prendre le temps de remettre un peu d’ordre là-dedans.
(Merci Louise)

Dans les mêmes pérégrinations… Mais c’est plus qu’une impression, une certitude… D’ailleurs, mes chaussures ont une pointure de trop.
Tu crois qu’on peut mettre des demi-semelles à la vie?
moi non plus je ne me sens pas à ma place. Peut-être est-ce aussi à cause de notre âge? Les enfants grandissent et on se sent à nouveau un peu plus libres?
J’ai encore une toute petite moi (et je n’ai jamais eu si peu de temps libre qu’en ce moment en fait) 😉 Mais l’âge doit jouer, oui, certainement.
je ne dis pas que tu as plus de temps libre mais que tu ressens « mieux » le temps qui passe avec les enfants qui poussent. Et (enfin pour mon cas) ça amène un peu à faire le point. Et à se demander ce qu’on fait là 😉
Dans quel état j’erre, quoi 🙂 tout à fait!
J’ai beaucoup aimé ton message. Je me sens tout à fait comme ça avec surtout un décalage entre ce que j’aurais aimé être et que je ne suis pas surtout pour les trucs capitaux comme ceux que tu cites (la maternité, l’amitié, etc). Mon mari, à qui j’ai envoyé ton billet, me dit que lui aussi. Donc en fait on seraient nombreux!
Ce qui, en soi, est plutôt rassurant (ou pas), quelque part 😉
J’ai ce ressenti en permanence, cette impression de décalage, et celle de ne jamais être à ma place …
Et c’est « marrant » je te voyais plutôt sûre de toi, de tes choix, affirmée et toujours à ta place …
En tout cas, même si tu ne te sens pas capable d’écrire un récit, tu as un talent indéniable pour l’écriture sous forme de nouvelles (ou de billets de blog ^^) et pour faire ressentir des atmosphères, des émotions.
Je ne dirais pas que je ne suis pas sûre de mes choix, je dirais que la vie parfois m’empêche de les réaliser.
(Peut-on faire des nouvelles juste avec des émotions? pour l’instant, je ne pense pas)
Tu es tres bien a ta place, devant le brownie honteusement perissable. Avec le gros, c est a la vie a la mort, copains dedans comme dehors. Un amour aussi brillant, c est de la poussiere d etoile …
Aujourd’hui je recherche un job dans la branche qui a connu mes débuts, mais je sais que ce n’est pas la seule qui me conviendrait. Quoi d’autre ? Pas le temps de chercher. Pas encore.
Il faut mettre des talons, ça donne de l’assurance et des envies d’aller plus haut 😉 !
Ton billet m’a interpellée, dans le genre qui ne se sent pas à sa place, c’est bien ce que je ressens assez souvent et en même temps, pas de regrets, ce qui est fait est fait, je tente de composer avec et d’avancer coûte que coûte… la vie ne nous laisse pas toujours le choix mais on peut tenter de grappiller de-ci, de-là…
Bonne soirée
Beau.