Elle a couru vers son père dès qu’elle l’a aperçu dans l’encadrement de la porte et s’est jetée dans ses bras. Elle était si fière. Il était si fier. Il a signé la décharge, puis ils sont sortis main dans la main. Elle a cligné des yeux sous le soleil, le vent était frais encore.
La musique médicale, c’est quand la fermière regarde si on peut aller au CP, avait-elle déclaré un soir de grosse fatigue.
L’infirmière n’était plus toute jeune, et pourtant, elle l’a trouvée très belle : elle avait de longs cheveux blonds, comme elle, et puis elle avait du bleu sur ses yeux. Les yeux de cinq ans sont de magnifiques lunettes roses pour les adultes.
Elle s’est pliée de bonne grâce aux examens. Des jeux, des dessins, des questions, la colonne vertébrale, la latéralisation. Les vaccins, le vocabulaire, les oreilles, les yeux. Le pouce qu’elle suce un peu trop encore, dernier bastion d’enfance.
Mon bébé d’hier encore est donc apte au CP.
Dans son lit, le soir, son index gauche court sur la feuille blanche où elle a exigé qu’il lui écrive les syllabes, et inlassablement, elle répète : la, le li, lo, lu, da, de, di, do, du, ra, re, ri, ro, ru,…
Bientôt. Une question de jours.
Elle ne peut, elle ne veut plus attendre.
Lire.
Grandir.
Coin-coin aussi entre au CP en septembre ! Lui, excusé par sa naissance en fin d’année, inlassablement à la bourre les années précédentes, pour écrire son prénom, compter jusqu’à trois, tracer des lignes droites… a commencé à apprendre à lire tout seul à partir de fin août. Impossible de l’arrêter, il était parti. Maintenant, il sait lire comme un CP du mois de mars, mais lui n’y voit rien d’extraordinaire. Il dit qu’il ne sait pas lire parce qu’il n’arrive pas à lire tous les mots, ni les gros livres de sa soeur. Et il a raison.
Je suis maîtresse de CP, et à chaque fois qu’un élève a le fameux déclic de la lecture, ça me colle une larmiche. Vingt-cinq larmiches dans l’année, c’est beau comme un petit poney. Je n’échangerais mon boulot pour rien au monde.
Ca m’émeut aussi toujours, cette histoire particulière et toute personnelle du déclic et du rapport à la lecture. C’est vraiment symbolique de la fin de la petite enfance je trouve.
Chez nous aussi, il est apte. Je suis moins sûr que nous soyons apte à l’y laisser aller.
Ah ah ah. Ici, ça va, j’ai même plutôt hâte: j’en ai un peu marre de tapisser mes chiottes avec les chefs-d’oeuvre de maternelle. Mais c’est sans doute parce que j’ai une petite derrière encore.
Très joli texte ! Ça donne des frissons cette soif, cette frénésie, cette fureur d’avancer, à 300 à l’heure. Plus ça va, plus je me dis que tu as intérêt à avoir le coeur bien accroché quand tu es parent !
Chaque âge est fabuleux (enfin, jusqu’à l’adolescence *siffle*).
Tu lui diras que je suis fière d’elle, hein ? 🙂
Promis! Comme elle est partie, cet été, elle te lit l’histoire du soir! 😉
ça veut tellement grandir vite, ces petites bêtes la!
Grandir je ne sais pas, mais lire, oui!
Pinaise, que c’est loin tout ça….. Le mien passe son bac cette année, vient de passer un entretien pour ses études d’après, où il est allé tout seul en voiture.
Je me rappelle lorsqu’il est entré en CP. Il avait l’air si petit, pas très assuré et pourtant, il savait lire « à Noël », selon la formule consacrée. Joli souvenir
Non non non ça s’arrête de grandir au collège, jamais ça apprend à conduire! MES BAYBAYS!
Ha c’est fou comme les enfants ont des envie de grandir, de s’épanouir, bon courage à toi dans cet apprentissage ! 🙂
R
http://linconstance.blogspot.fr
Un article tous les jours, naïvetés et futilités au programme,
Viendras-tu ?
Bon, et ils en font quoi des « pas aptes » vu que le CP est absolument obligatoire l’année des 6 ans ? Ils les mettent au CP avec un tampon rouge sur leur dossier qui va les suivre toute leur scolarité ?