J’ai trois ans quand je chante la danse des canards en remuant le bas des reins pour te faire rire.
J’ai cinq ans quand j’aligne avec toi les pions du jeu de l’oie.
J’ai sept ans quand j’ai peur si le film se passe un peu trop dans le noir.
J’ai sept ans quand je te vois dans ton tutu rose, perchée sur tes demi-pointes, une mèche folle s’échappant de ton petit chignon blond.
J’ai dix ans quand tu me racontes en chuchotant pour ne pas que tes soeurs l’entendent, que Jean-Kevin t’a encore dit nique ta mère dans l’escalier de l’école. J’ai envie de rire très fort et je pense tare ta gueule à la récré mais je te dis que c’est bientôt fini, vendredi les vacances.
J’ai treize ans quand ce joli garçon te regarde d’un peu trop près, et passe comme toujours depuis des années la main dans tes cheveux.
J’ai quinze ans quand nous hurlons comme des forcenées aux concerts où nous allons encore ensemble.
J’ai dix-sept ans quand tu fais des projets d’avenir, rêves fous de l’insouciante adolescence où tout est encore possible.
J’ai vingt ans quand je danse jusqu’au petit matin.
J’ai vingt-cinq ans quand on sort le soir et qu’on rentre trop tard, en oubliant qu’on a des enfants.
J’ai vingt-sept ans et le rose aux joues sous le regard de mon amoureux.
J’ai trente ans quand on taille une minijupe pour l’hiver aux blogueuses mode nounouilles avec les copines.
J’ai trente-deux ans quand je déjeune avec ma collègue qui me fait toujours des compliments.
J’ai trente-quatre ans quand je trouve que j’ai un peu pris, là, non?
J’ai trente-cinq ans quand je supprime les photos de moi qui ne me semblent pas très flatteuses (toutes).
J’ai trente-neuf ans quand je remplis les papiers du consulat. Et sur mon permis de conduire.
J’ai quarante ans l’année prochaine.
Je n’ai pas d’âge pour mes enfants.
Je n’ai pas d’âge pour mes parents.
J’ai cinquante ans quand je ne comprends rien au mode d’emploi du lecteur DVD.
J’ai soixante ans quand je repose mes fesses sur le vélo de mes dix-huit.
J’ai quatre-vingt-quatre ans quand le réveil sonne chaque matin à six heures.
J’ai cent ans, je danse une valse à mille temps.
Pour Shaya.
Tu auras 40 ans l’année de ma liberatioooooon du travail ! Coïncidence ? Je ne crois pas. Il va falloir faire une énormous fête mit limonade et gaufres et confettis et toussa et toussa.
🙂 ♥
C’est bien vu. Heureusement qu’on a des enfants pour rester jeune (et aussi nous rappeler à quel point on peut être vieille).
Ton écriture me touche beaucoup et je n’ai plus d’âge quand je lis tes billets, ils donnent toujours une manière d’être hors du temps.
Bonne valse !
J’adore ! Mon père me dis toujours que l’âge qui compte c’est celui que l’on a dans notre tête 😉
Du coup, moi j’ai vingt-sept ans tout le temps en ce moment…
Merci pour ce magnifique billet. Je crois qu’il est urgent de ne surtout rien changer et de continuer à valser.
C’est très beau. C’est si juste. Comme d’habitude (je n’ai jamais osé commenté jusque ici, mais là, je ne pouvais pas faire autrement). Merci pour ces jolis textes Mademoiselle Mentalo.
Tes mots ne prendront jamais une ride, ça, c’est sûr !
Encore un joli billet.
Sublime ta prose !!!!!!!
Très beau texte
Comme toujours, magnifique texte <3
Bordayl à queue de pipe, que c’est beau….
Tu crois que j’arriverai à écrire comme ça moi aussi un jour ?
Déjà va falloir arrêter les gros mots 😀
Très belle ode au temps qui passe. Je crois que ta plume n’a pas d’âge et tes lecteurs/trices non plus. Tous s’y retrouveront 🙂 BRAVO, magnifique.
J’ai 31 ans (et quelques rides en trop… mais chuuuttt ;-))
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Juste ♡
Je vais donc mettre chaque matin le réveil un peu plus tôt…
Et bien… dansez maintenant 😉