Ne pas déborder. Garer sa voiture entre les lignes, comme chaque matin, sans dépasser. Parcourir les kilomètres de couloirs gris, le carrelage sable sans faire résonner trop les talons. Les portes vitrées, les entrées sécurisées, les bureaux de verre.
Rien ne doit transparaître. Ne pas faire de vagues. Aquiescer, toujours. Protester mollement, parfois, pour la forme. Ne rien montrer. Ne pas se laisser atteindre. Ne pas dévoiler qu’on est atteint tout de même, parfois. Sourire impassible collé aux lèvres, même quand les cils battent trop vite. Regarder dehors et respirer. Donner le change.
Entrer ses mots de passe, justifier son identité protégée. Etre une autre, pour quelques heures. Etre celle qu’on me demande d’être. En mission commandée – rétribuée. Les doigts sur le clavier en pilote automatique. Ne pas flancher, ne pas pleurer, ne pas rire trop fort, ne pas s’énerver, ne pas s’emporter, ne rien raconter, ne rien laisser échapper, ne rien dévoiler au dehors. Se taire, toujours. Ne jamais se révolter.
Regarder parfois par la fenêtre les avions s’envoler et la vie continuer, irréelle. Les tenues légères, les enfants qui courent, les couples qui s’embrassent à l’heure des retrouvailles, alors qu’au dedans tout est climatisé, aseptisé. Chacun sa place et que rien ne dépasse.
Je ne suis rien d’autre qu’un bon petit soldat, huit heures par jour, dans ce monde parallèle.
Chaque jour à dix-huit heures, je fais ma révolution.
Sentiment maussade pour un texte au ton parfait ! La révolution a du bon.
Contente d’avoir quitté ce monde là, pour un autre plus joyeux, plus vivant
Quelle justesse !
Je n’ai pas su être une autre. J’ai été licenciée… Maintenant, je deviens maman au foyer. Enfin épanouie. A quelque chose malheur est bon.
Bon courage et vive la révolution !
J’adore ce texte, on dirait du « Fauve ». J’espère que tu le prendras bien, de ma part c’est un vrai compliment! Ton texte me fait le même effet…L’envie d’avoir 15 ans de monter sur les barricades et de tout faire péter!!!!
Je suis d’accord avec Eva, c’est comme les paroles d’une bonne chanson…ta révolution, elle donne le frisson !
Te voilà bonne pour écouter Sainte-Anne (de Fauve, et oui) venceremos !
J’étais dans un milieu de ce style… et j’ai décidé de me lancer dans une aventure différente. Un domaine qu’on pourrait croire aseptisé…. le monde de la finance. Et pourtant mon équipe à le droit de venir au travail en jeans basket si ils ont envie. Ils ont le droit de rire et de parler fort si ils ont envie… car plus jamais je ne voudrais me retrouver dans ce milieu… La révolution a du bon, quelle soit brève ou plus brutale. Bravo pour ton billet, qui m’a rappelé des souvenirs…
Elle est belle la photo de ta prison de 8 heures…
Les mots, eux, ne peuvent être emprisonnés. Merci de ce joli texte.