Ce matin

Ce matin j’ai vu les yeux vert clair d’un chat et ceux réjouis de mes filles qui lui avaient trouvé un prénom. J’ai vu, et entendu, l’eau du ruisseau jouer à saute-pierres.

J’ai vu mon reflet dans le miroir et j’ai pensé à la colère d’hier soir.

J’ai vu une petite fille levée trop tôt, un adolescent levé trop tard. Des moustaches de chocolat et des miettes de pain abandonnées sur la table. Des cartons empilés dans un coin du salon, et puis le carré de soleil qui entrait par la fenêtre de la cuisine. J’ai oublié les cartons. J’ai vu une pie traverser la rue en sautillant sur le passage pour piétons (je me suis arrêtée). Une voiture de luxe en vert pomme, et j’ai pensé quelle faute de goût.

J’ai vu un groupe d’hommes en tenue orange se préparer à réparer ma route abîmée par l’hiver trop long, trop froid, trop humide. J’ai vu un de ces hommes régler la circulation, enlever brièvement son casque pour se gratter le front. J’ai vu la brume se lever sur la vallée, les naseaux d’un cheval fumer. J’ai vu les avions décoller en reflétant les premiers rayons du soleil de printemps. J’ai vu des arbres en boutons comme des promesses, des canetons à la queue leu leu.

J’ai vu des hommes en bras de chemise, mais personne encore assis dans l’herbe. J’ai vu des mots d’injustice et de rancoeur,  et puis d’autres plus gentils. J’ai vu des robes légères et des grosses écharpes pour les couvrir encore aussi.

Ce matin j’ai vu des choses insignifiantes mises bout à bout qui font la vie jolie.

 

 

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