Tout est ici

J’avais repoussé cette minuscule corvée de rien du tout depuis des mois, depuis avril, parce que c’est loin, parce que le temps passe trop vite, aussi. Mercredi, entre deux rendez-vous médicaux que j’avais repoussés, eux aussi, depuis trop longtemps (il faudra que je me penche sur ma propension à vivre depuis quelques temps comme si les jours m’étaient comptés, et donc à aller voir la mer plus que de raison), mercredi donc, on m’a glissé dans la main quelques chevilles de bois nécessaires au remontage de ces fameuses bibliothèques suédoises à compartiments carrés avec un sourire qui m’a traversée de part en part.

J’ai rejoint ma voiture sur le bitume du parking, allée B comme Bougie, B comme Bienveillance, moi que ce mot énerve tant il est galvaudé.  Si j’ouvre les yeux, si je desserre les dents, pourtant, à côté des fidèles de toujours qui me sont si précieux (leur dit-on jamais assez ?), tant de sourires inconnus sur mon chemin, tant de petits rien qui font tout, qui font oublier les indélicats, les impatients, les exigeants, les grincheux sur lesquels je bute forcément, comme tout le monde.

Il y a ce technicien qui prend des nouvelles de mon réseau téléphonique catastrophique. L’infirmière de la Croix-Rouge qui pique sans que ça pique et puis sans faire de bleu.  Les pancakes de S. et puis la pastèque, dans sa cuisine fraîche, après toutes ces années de relation virtuelle. Les mots de sagesse des copines, tout aussi virtuelles, un soir de doutes et de noir. La complicité de S. qui rend l’impensable réalisable et la fête si jolie. La patience de V. pour une facture que je laisse un peu traîner. Les heures de retard qui filent comme des minutes à l’aéroport grâce à P. dont je fais la connaissance en la complimentant sur sa si jolie robe. Les cartes postales dans la boîte aux lettres puis sur mon frigo. Le « je suis ravie de t’avoir rencontrée » de M. ,  ou le « ça m’a fait très plaisir de te revoir » de A. La dame du cabinet médical qui se souvient de mon nom. Le voisin qui pense à sortir les poubelles le vendredi (et à m’avertir de la naissance des chatons dans le jardin). Le plaisir de partager la joie de S. qui a retrouvé du boulot. La bonne humeur de mes passagers BlaBlaCar. La conversation avec Loïc Demey, et ses mots à l’encre bleue, écriture adolescente : « Le reste et l’avant, tout est ici ! »

Le reste et l’avant, tout est ici.

 

Les commentaires

DoMi

J’aime toujours autant vous lire (et serais ravie de vous rencontrer à l’occasion d’une virée parisienne) !

Réponse
Celia Cruz

Moi je suis pour, vivre les jours en ayant conscience qu’ils sont comptés, et aller voir la mer souvent 🙂 Pour le reste, oui, c’est si doux, d’ouvrir les yeux et le cœur aux petites grandes attentions et aux belles rencontres… Merci pour ces mots qui font du bien!

Réponse
Clau

Tellement de cœur et de poésie dans tes mots, toujours. Merci, tellement merci.

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