Bananée!

L’autre jour, j’ai acheté des bananes à Carouf (oui, je sais, chéri, on dit « chez Carrefour » quand on cause bien comme il faut).

Bon je les prends bio parce que 1. c’est impossible de les avoir mûres sans passer directement de la case « vertes » à la case « noires » , et 2. quand tu sais le nombre de saloperies qu’ils te pulvérisent sur tes trois malheureuses bananes pour pas qu’elles pourrissent au fond de la cale d’un cargo mal famé piraté au large des côtes somaliennes, t’as un peu peur.

De toutes façons tu te poses un peu un tas de questions sur le véritable aspect bio du truc, mais tu fermes les yeux, parce que sinon, à part des pommes et des poires, ta progéniture a peu de chances de connaître le plaisir régressif de faire « pan pan! » en la brandissant comme un pistolet, toute arme réelle ou factice étant prohibée à la casa, et c’est moi qui décide, ho.

(Toi, si tu fais « pan pan » avec tes bananes, à propos de plaisir régressif, je veux pas savoir comment, et j’espère qu’elles sont vachement bio, mais passons, tu fais ce que tu veux, je veux pas savoir j’ai dit.)

Donc là mon oeil averti (qui en vaut deux, parce que l’autre, il me sert à surveiller les mômes, et notamment la n°3 jamais avare de conneries, à croire qu’elle a tellement peur que je m’ennuie qu’il faut qu’elle fasse le GO en permanence) voit un logo* avec un tas de petites mains bien mignonnes et lit « solidaire ».

Qué? J’ai acheté des bananes révolutionnaires polonaises?

Ah ouais. Va pas me faire croire, eh, banane, que je participe au grand sauvetage de la planète avec mes trois pauvres bananes qui finiront en milk-shakes destinés à engraisser le n°2 sans qu’il s’en aperçoive – « mais avec des billes, maman » (les perles colorées en sucre, tu vois? on a les arguments de vente qu’on peut).

Enfin, certainement plus que la bouteille en plastique vide balancée par la fenêtre de la voiture du gros dégueulasse à ma droite dans le bouchon sur l’autoroute samedi après-midi, et qui a quand-même réussi à faire un doigt d’honneur à ma fille de neuf ans qui manifestait à haute voix sa désapprobation.

Connard.

*Sinon, oui, je sais que le logo « solidaire » c’est parce que ce sont des bananes estampillées « commerce équitable Max Havelaar ». Ou comment payer ses bananes trois fois plus cher pour que Carouf s’en mette plein les poches sur le dos de la ménagère qui veut se donner bonne conscience. Je suis une consommatrice lambda. Soupir.


Faites des gosses (réminiscences de vacances)

Qui a dit que c’était la rentrée?

Moi j’ai encore la tête en tongs à défaut des pieds bleus de froid,  des traces de bronzage improbables dans le dos et du sable dans le moindre de mes sacs – et dans la housse de mon portable avec les traces de dents de ma fille pas assez nourrie apparemment.

Je te dis ça, c’est juste pour te faire bisquer d’être partie en vacances alors que toi t’étais revenu depuis longtemps. Eh eh.

Bon, comme je suis pas foncièrement mauvaise, je te laisse avec deux trois mots de ma progéniture que je te soupçonne de payer en Kinder bonbons pour nous humilier.

  • Gros câlin du Petit d’Homme au coucher de soleil sur la terrasse. Soupir d’aise de la môman débilitante.

Môman: Qu’est-ce que tu deviendras, hein, Petit d’Homme?

Petit d’Homme: Quand je serai grand? Je serai un papa.

L’Homme: Mais tu voudras pas toujours rester avec moi?

Petit d’Homme: Mais toi tu seras mort!

 

  • Un hamman, un gommage? Pourquoi faire? Tu prends ta micro sur la plage, elle se fait un plaisir de te faire un gommage maison à base de sable, de crème solaire, de restes de compote et de gâteaux, une recette ancestrale et imparable, un bonheur pour la peau de ton dos grillée! (ouais, l’Homme est un peu feignasse du passage de crème dans mon dos. Sans doute qu’il me préfère de face?)

 

  • En voiture,  en plein centre de Marseille, le Petit d’Homme croise un camion de pompiers, son passion, son bonheur du jour, sa joie.

Petit d’Homme: -WUWUWUWUWUWUWUWUWU

Môman: -Eh, la sirène, tu fais pas un peu du bruit pour le plaisir, là?

Petit d’Homme: -wuwuwuwuwuwuwuwu

Môman: -…

 

 

Et je reviens demain matin avec un bon coup de gueule, un vrai. (Bonjour le suspense insoutenable, moi.)


Chaud derrière

Chez moi c’est pas vraiment le Club Med.

Ou plutôt si : on, enfin surtout l’Homme, trouve toujours une super idée de merde activité ludique et enrichissante pour se la jouer McGyver se niquer la manucure pour pas un rond s’occuper le dimanche, histoire de pallier au manque de famille dans un rayon de cinq cents kilomètres chez qui aller s’empiffrer dépecer le gigot hebdomadaire, médire à souhait sur les absents et finir par s’assoupir sur le canapé devant Drucker à force d’avoir trop mangé, puis finir devant Vidéogag – quelle déchéance – , tu reprendras bien une part de tarte, mon chéri ? (c’est Belle-Maman).

C’est ainsi que l’autre jour je faisais – pour des raisons obscures qu’il serait impossible à t’expliquer ici, j’ai déjà assez de mal à comprendre moi-même – l’entretien de la chaudière encrassée à en suffoquer et qui donc en avait rudement besoin.

Pinaise, t’as vu, que je dis à l’Homme, t’as vu ? On dirait la foufoune de Jeanne Calment !

Comme ça maintenant toi aussi tu sais à quoi ressemble

l’intérieur d’une chaudière cracra.

On dit merci qui?

L’idée me donna de l’ardeur à la tâche, à moins que ce ne fût la perspective d’avoir chaud cet hiver. J’en oubliai la besogne ingrate, le noir sur mes mains malgré les gants blancs (je suis snob, tu peux le dire) et mes vêtements, et pis que tout, ma lampe frontale et me mis à gratter, frotter, aspirer, astiquer.

Elle passa une tête par la porte, suivie par une autre tête du même âge, un peu plus blonde, celle de sa copine qu’elle avait invitée pour l’après-midi et que j’avais complètement zappée.

Je vis dans le regard de la blondinette une grosse inquiétude et lus une question muette que je ne parvins pas à identifier complètement, mélange de

Heu, elle est pas un peu dingo ta reum ?

et de

heu, c’est toujours comme ça chez vous ?


Une toile dans la main

J’aime pas les concours.

Enfin, si, j’aime quand je découvre un concours, parce que je rêve toujours de gagner, je rêvasse sur les plus jolis prix.

Puis je me rappelle que je gagne jamais, du coup je participe pas. Mais je me régale de découvrir les productions des autres, dont j’admire l’imagination sans borne.

Mais, là, c’est différent, parce que la Mère Joie, de mon blog de maman qui dépote préféré, m’a dit « tu participes, ou tu peux rêver que je t’envoie encore des caramels mous dans les Converse pour ta fille ».

Devant de tels arguments, évidemment, tu penses que j’ai cédé, sans me demander si oui ou non une impression de ma photo préférée sur toile ferait bon effet dans mon chez-moi douillet. On va dire que oui, on a toujours eu mauvais goût dans la famille.  Et puis là  comme je suis pas allée courir ce soir (t’as vu le temps qu’il faisait dehors, oui, m’aurait pas fallu un ciré breton, mais un canoë-kayak, bonjour la pagaille!), j’ai fouillé dans mes photos.

Y en a des tas trop trop belles, mais je peux pas te les montrer.

Y en a des tas trop trop rigolotes, mais pas sûr que j’aimerais les voir sur le mur de mes toilettes, ça déconcentre.

Y en a des tas trop trop chouettes, mais je suis pas sûre que ça aurait plu à Mademoiselle Commandante.

Alors j’ai choisi celle-ci.

Mademoiselle Commandante, je vais te soudoyer dire pourquoi.

Parce que cette photo est pleine de soleil et de ciel bleu.

Parce qu’elle t’aveugle tellement que tu peux plus penser à autre chose.

Parce que du coup, t’as une patate d’enfer, puisque soudain, la vie, c’est aussi joli qu’un bout de ciel bleu et quelques rayons de soleil.

Parce qu’on dirait un dessin d’enfant, aussi simple et évident.

Parce que je me souviens du moment où je l’ai prise, et c’était un grand moment de bonheur.


Je suis vraiment pas aidée

Les repas à cinq, dont trois mineurs, frisent souvent le surréalisme, entre anecdotes scolaires, revendications salariales sexuelles alimentaires diverses, regards entendus, voire médusés, sourires dissimulés et éclats de rire sonores (voire larmes, mais on va pas chipoter là).

Sans avoir parlé de mes bonnes résolutions à ma famille bien-aimée (pas folle, faudrait que je les tienne, d’abord), force est de constater que je suis franchement pas aidée.

Petit d’Homme: Maman, tu vas pas aller au sport, demain soir?

Moi: ah ben si!

Petit d’Homme: Mais j’aime pas quand t’y vas!

Moi: Ca fait deux mois que j’y suis pas allée, c’est un soir par semaine, j’en ai besoin pour être une maman super canon comme ta maîtresse bien dans sa peau et c’est pas un machin de cinq ans et demi qui va m’en empêcher nanmého, espèce de petit macho en herbe.

L’Homme, intervenant: ben je suis là aussi, moi!

Petit d’Homme: Oui, mais tu vas devoir faire la cuisine!

L’Homme: Et?

Petit d’Homme, désespéré: Et tu sais faire que des omelettes!

Moi: rire de hyène en rut ayant craché ses harengs aux pommes partout sur la table (oui j’assume. Et je sais que ce sont ces détails qui plaisent à certaines de mes lectrices.)

L’Homme: Groumpf. (ou à peu près)

Petit d’Homme: Et moi j’aime pas les omelettes.

 

Pour rendre justice à l’Homme, j’ajoute juste que j’ai précisé au Machin que certes, il ne fait que les omelettes, mais ce sont les meilleures du monde, et que donc il est préposé omelettes à la maison. Le reste, je fais mieux,  c’est les enfants qui l’ont dit, chéri!