Restera leur souvenir

On oubliera leurs visages mais ni leurs prénoms ni leurs calvaires.

On tournera la page mais restera le souvenir de l’horreur et l’estomac qui se serre.

Il y a ceux dont on parle dans les journaux aux détails sordides et puis tous ceux dont l’existence anonyme est déjà effacée, ceux pour qui on marchera ou couvrira la tombe de roses blanches, et ceux que personne ne pleurera, petits fantômes anonymes dans le ciel de l’indifférence.

Deux gosses par jour meurent sous nos yeux impuissants, deux innocences sacrifiées pendant que sous nos sapins s’amoncellent les cadeaux de nos enfants trop gâtés.

Dans ma tête le chapelet incomplet de leurs prénoms s’égrène tandis que je regarde mes enfants insouciants dormir, le goût amer dans ma bouche ne me quitte pas quand plus tard je descends éteindre la guirlande qui fait leur joie.

 

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Open bar

Certains blogs alignent des lignes de vide pendant que d’autres enfilent des perles ou avouent manquer d’inspiration – j’ai envie de leur dire de se taire et d’écouter, de fermer les yeux et de regarder (si), mais après tout, chacun fait bien comme il veut chez lui.

D’autres ces jours derniers se penchent sur ce que sont nos blogs devenus à l’ère du vite consommé, vite jeté, de la kleenexisation façon Twitter. Je suis persuadée que la cohabitation est tout à fait envisageable voire même souhaitable, on peut penser que les deux médias, très différents, puissent être complémentaires. Un peu comme un magazine papier serait la prolongation d’une émission de radio. Le durable versus l’éphémère. Prendre le temps de la réflexion nécessaire à la rédaction d’un billet évite certains raccourcis fumeux consentis à la limittion en 140 caractères.

Je lis aussi ce matin la lassitude de l’un de mes pairs, quand chaque endroit d’expression pacifique est sali, dégradé par la haine. Devons-nous baisser les bras? Abandonner l’espace aux fâcheux, parce que nous somme fatigués de tant de haine? Je ne le pense pas.  Ils sont la minorité braillarde, ne soyons pas la majorité silencieuse.

L’espace de dialogue s’est aujourd’hui déplacé. Sur Twitter on vitriole d’un bon mot, sur Facebook on se dévoile et s’offre aux quolibets, derrière nos écrans nous nous sentons les rois du monde, nous avons le clavier vengeur et le clic radical.

Sur les blogs, qu’on visite souvent d’une tablette, on ne prend plus le temps de saluer. On réclame son dû. On hurle avec les loups, l’effet de meute a toujours le même effet, celui de transformer les moutons en créatures sanguinaires. Si on est plus courtois, on ose peu avouer son opinion discordante, ou proposer une autre piste de réflexion, un autre point de vue, extérieur. Je suis très fière que certains sachent qu’ici, toutes les opinions sont bienvenues*, on prend un verre et on discute, comme au bistrot. On s’en retourne ensuite chacun chez soi, on n’a pas forcément changé d’avis, ce n’est jamais le but, mais on a appris des choses, découvert une autre manière de penser.

Un mojito?

eolienne

Néo-moulin à vent.

*entendons-nous, pas celles basées sur la haine de l’autre, quel qu’il soit.


Etain

Ce matin là je me suis levée à six heures, comme tant d’autres matins. C’était un vendredi. Nous avions espéré de la neige, et c’est un brouillard gris qui nous accueillit.

J’ai séché mes cheveux très courts après la douche, j’ai maquillé mes yeux, j’ai enfilé des bas clairs, un bustier parme brodé de perles. J’ai noué soigneusement les rubans de mes chaussures en velours noir sur mes chevilles.

La Collégienne était belle comme le jour dans sa robe en soie blanche, son petit bouquet d’orchidées à la main.

Je suis montée devant, dans la 307 qu’il conduisait. Peu après douze heures, j’ai dit oui.

Nous sommes rentrés à la maison quelques minutes plus tard, et, un verre de champagne à la main, il m’a tendu une bague que je porte depuis à l’annulaire gauche.

J’ai ôté mes chaussures et j’ai mis les magrets de canard au miel et au romarin au four.

Dans le bonheur et dans les épreuves.

Dix ans.

etain

Imposture

J’ai envoyé une carte à la famille de Lucette, et, très émus, ils me disent que je devrais écrire, abandonner mon métier. Je reste vague, je dis que j’écris, parfois, des textes, j’aligne des mots quand ma tête explose, mais que je serais bien incapable d’en faire un récit.

 

J’ai fait des crêpes et les enfants étaient contents; je me suis aussi fâchée parce qu’ils ont inondé la salle de bains et oublié de ranger la salle de jeux. De mon côté, trop occupée, je n’ai pas pris le temps de jouer avec eux, ni de les emmener au marché de Noël comme prévu. Je me demande quelle mère ça fait, ça, dans leur tête, quand on fait l’addition.

 

Je suis venue au travail et j’avais dix minutes de retard, comme d’habitude en somme. Dans le journal j’ai préféré lire la page des faits divers plutôt que celle des statistiques économiques. Je fais mon boulot sans bavure, comme une technicienne, mais pas comme une spécialiste que je ne suis pas, arrivée là par hasard et sans doute pour de mauvaises raisons. La jeune génération bardée de diplômes de matheux nous pousse dans le dos, et j’en conviendrais aisément si la hiérarchie me le faisait remarquer.

 

Je crois que l’amitié sauvera le Monde et le mien, et je laisse tous les mauvais prétextes m’envahir et m’empêcher d’être là ou d’avoir les bons mots quand il le faut. Je n’ai pas appris les gestes tendres et hormis ceux qui n’ont pas besoin d’être enseignés mon cerveau a toujours un temps d’avance sur mon coeur et freine ma main.

 

Aussi jolies que soient mes chaussures je me demande parfois si je ne marche pas parfois à côté d’elles. Cette impression de n’être jamais là où je devrais, où on m’attend, de ne pas correspondre à la carte de visite que je présente ne me quitte plus. Schyzophrénie douce-amère où l’écart entre celle que je voudrais être, celle que l’on veut que je sois et celle que je suis par la force des choses se creuse chaque nuit un peu plus.

 

Il va falloir prendre le temps de remettre un peu d’ordre là-dedans.

 

gap

(Merci Louise)


Bulles

Les bulles, c’est rond, c’est doux, c’est le meilleur ami de la femme (après le diamant, évidemment). Mais c’est souvent un amour contrarié.

Les premières bulles auxquelles tu renonces quand tu décides de devenir une adulte responsable d’un micro organisme autre que Fred le hamster (il faisait des claquettes) dont tes parents inconscients t’avaient donné la responsabilité (il dormait dans un cochon tirelire rose) et, plus tard, Vichy le Tamagoshi que tu as laissé crever dans un tiroir (de l’importance de l’accord du participe passé dans les phrases à rallonge), ce sont bien évidemment celles du champagne.

D’abord t’as pas le droit, c’est marqué sur la bouteille, enfin si un peu, mais bon il vautmieux ne pas prendre de risques, et d’ailleurs si j’arrêtais carrément de sortir, de manger, de respirer et de vivre pendant neuf mois pour être sûre ? Ensuite, t’es tellement crevée et sevrée qu’à la moindre lèvre trempée dans une coupe tu es pompette, et que donc au choix ou tu pleures ou tu dis des conneries sur ta belle-mère en riant trop fort, si possible en présence de ta belle-mère justement, donc c’est un tout petit peu gênant dans les deux cas. Donc exit les bulles de champagne. Principe de précaution.

 

Après, y a les bulles du bain. A ne pas confondre avec les bulles de savon, grâce auxquelles tu penseras toujours bien à acheter les bouteilles de liquide vaisselle par deux, au rythme où ta progéniture te les vide dès les beaux jours. Non, les bulles du bain, si tu exclus celles qui sentent la fraise et qui tapissent tout le sol de la salle de bains, et qui accessoirement sont occupées au milieu par un apprenti Jacques Mayol, fesses qui dépassent et visage n’émergeant que pour te demander son temps, et un apprenti Cousteau qui teste la nourriture de poissons inexistants à grands coups de gâteau qu’il n’a pas voulu lâcher avant d’entrer dans la baignoire, tu y renonces assez vite. Tu prends une douche rapide, tu déploies des ruses de sioux pour être discrète (DVD, largage en forêt, bouclage des portes, engagement du Jules pour faire diversion), et tandis que l’eau coule, tu prends les paris pour savoir lequel des quatre viendra interrompre tes ablutions pour une urgence (où est ma DS, je peux manger du chocolat, y a Ultime qui pue de cucul, t’inquiète pas maman on fait de la peinture, je vais faire un tour à vélo, y a le facteur, y a un certain Mr Edéhef Bleuciel au téléphone,… l’éventail des possibles est infini). Alors un bain, n’y pense même pas, ce serait gâcher une boule Lush.

thalasso-maldives

 

Alors bon, la seule solution, c’est la délocalisation de la bulle. Partir loin, ou pas trop. En thalasso. S’accorder quelques heures ou quelques jours. Confier les enfants, au Jules ou aux grands-parents. Emmener une copine, parce que buller, c’est bien, mais buller à deux, c’est mieux. Emmener un bus de copines 2.0, il y en aura bien une qui aura caché une bouteille de champagne dans sa valise, si tu choisis bien. Lâcher prise. Se faire chouchouter. Dire beaucoup de bêtises, parce que ça repose d’être intelligente. En un mot: profiter.

 

 

A bientôt…