Pour la jolie Willow ♥♥♥
Pour la jolie Willow ♥♥♥
Il me semble qu’on râle moins sur ces pages ces derniers temps, non? Me serais-je laissé prendre à l’insu de mon plein gré par ce foutu esprit de Noël que je réfute ?
La vie n’est certes pas plus douce chez les Mentalo ces dernières semaines. Pas plus dure non plus, mais plus compliquée, avec des choses qui empêchent parfois de dormir – et aussi des microbes et virus en tout genre. C’est la fête du ganglion, en résumé. Tous les docs du coin, y compris les tweetdocs, sont en alerte maximale. Le pharmacien nous aime d’amour. L’avantage d’une famille nombreuse, c’est qu’on peut faire tourner. Comme là on a chacun le sien, ça promet encore pour les prochaines semaines.
Est-ce que je me suis résignée, est-ce que j’ai réalisé que râler est vain ? Je ne crois pas. Peut-être que je suis simplement anesthésiée par les antibiotiques. Trop fatiguée pour m’indigner.
Peut-être que quand ça chahute au dehors, je me réfugie dedans, je ferme la porte, et je me blottis dans le doux cocon de l’amour des miens.
Je ne peux pas être sur tous les fronts, ai-je dit hier à ma Collégienne.
Je sais. Tu fais de ton mieux, et c’est super, a répondu cette grande fille décidément très sage.
Voilà. Trêve des confiseurs. Qui, si ça tombe, ne m’empêchera pas de sortir de ma torpeur demain.
Ils s’aimaient d’un amour tendre. Leur idylle avait débuté un jour d’Epiphanie, autour de la galette à la frangipane. Elle avait trouvé la fève, il était devenu son roi.
Elle lui envoyait des lettres enflammées, où elle lui contait son amour, lui promettant de l’aimer toujours, de l’attendre toute sa vie s’il le fallait : elle avait deux ans de plus que lui.
Il était heureux de sa présence, et répondait à ses lettres de son écriture mal assurée, même quand la distance des vacances les séparait. A tous ceux qu’il rencontrait, il ne parlait que d’elle.
Ils s’arrangeaient toujours pour se retrouver seuls afin d’échanger quelques baisers timides et purs. Ils avaient toujours l’un pour l’autre des petites attentions, des petits signes de complicité tendre, des petits cadeaux qu’ils fabriquaient le plus souvent de leurs mains.
Puis elle s’enticha d’un bad boy et s’éloigna imperceptiblement d’abord, plus franchement ensuite, le rejetant presque. Plus de lettres, plus de missives glissées en douce sous la porte qui faisaient autrefois sa joie.
C’est alors que mon Moelleux de pas encore sept ans connut son premier chagrin d’amour et que ses yeux bleus devinrent des océans.
Le meilleur moyen de contraception, le plus fiable, ce n’est pas l’antenne TNT que ton gynéco te fiche au fond de la chatte et qui coûte une blinde à la Sécu. Le moyen le plus efficace, il est gratuit (façon de parler), il est naturel, garanti sans hormones, il est à ta disposition H24. Et il est doté de la parole.
C’est dimanche matin et les miettes du petit déjeuner jonchent encore la table. Les grands ont disparu dans les étages ; dans la salle de jeux, la Pili-Pili est occupée avec sa famille nombreuse en plastique qu’est fantastique. La voie est libre.
Jules et moi échangeons quelques propos salaces, quelques regards équivoques, quelques gestes bien placés.
-Mamaaaaaaan ? T’es où ? T’es oùùùù ? Aaaaah, t’es là. Mon bébé il a soif !
-L’eau est interdite dans la salle de jeux, mais tiens, pour une fois…
Jules et moi échangeons quelques propos salaces, quelques regards équivoques, quelques gestes bien placés.
-Mamaaaaaaan ? T’es où ? T’es oùùùù ? Aaaaah, t’es là. Je veux quelque chose !
-Tu veux QUOI ?
-Quelque chose !
-Un vélo ? Un iPhone ? un bifton ?
-Naaaaaan, mon bébé il a faim !
-Tu veux des pâtes ? Tiens, je te mets des pâtes dans ta casserole, va vite les faire cuire !
Jules et moi échangeons quelques propos salaces, quelques regards équivoques, quelques gestes bien placés.
-Mamaaaaaaan ? T’es où ? T’es oùùùù ? Aaaaah, t’es là. Je veux quelque chose !
-Mais… ENCORE ?
-J’ai faim moi aussi.
-Tiens, je te file du chocolat, tu pourras partager avec tes bébés, ils aiment ça, les bébés le chocolat, c’est booooooon le chocolat.
Jules et moi échangeons quelques propos salaces, quelques regards équivoques, quelques gestes bien placés.
-Mamaaaaaaan ? T’es où ? T’es oùùùù ? Aaaaah, t’es là. Cacaaaaaa !
Je refais un café à Jules. Il me fait un thé au citron. Je me demande pourquoi j’ai facturé un stérilet à la Sécu toutes ces années.
Monologue matinal de la Collégienne:
-Cantine… blablabla… horaire… blablabla… prof de techno à nouveau absent…. blablabla…. et tu sais RoRo, elle s’embête pas, elle est allée manger à onze heures puis elle est rentrée chez elle. RoRo, c’est Rolande, une copine de 5ème.
-Oui je sais, puisqu’elle a dormi ici il y a pas six mois, pour ton anniversaire.
-Ah mais je savais pas si tu te rappelais, je sais pas si tu t’y retrouves, j’ai tellement de potes !
J’entends bien, jeune fille, ta vie c’est Beverly Hills 90210, la chirurgie esthétique en moins, mais quand même, bordayl, elle a dormi ici et je l’ai ramenée chez elle y a pas six mois, je vieillis mais point ne gagatise, encore !
Elle m’achève, cette enfant.